Baptiste Reybier de Fermob : “rester compétitif en produisant localement”
Baptiste Reybier, nous présente son parcours chez Fermob, leader du mobilier premium et durable, dont il est le Directeur Général. Des ateliers de maréchal-ferrant d'autrefois au mobilier du Jardin du Luxembourg, le savoir-faire se conserve.
La Fabrique d’avenir : Baptiste, tu aurais pu être musicien professionnel et avocat et finalement te voilà directeur général de Fermob, une belle ETI, familiale, à la renommée internationale et aux produits quasi collector. Après une solide formation et encore en duo avec Bernard Reybier, toujours président, que retiens-tu de tes bientôt 18 ans de parcours dans l’entreprise et de ta liberté d’entreprendre ?
Baptiste Reybier : Effectivement ! J’ai eu cette grande chance d’avoir pu faire beaucoup de choses au sein de Fermob avant d’en devenir Directeur Général, d’explorer via huit postes différents toute la chaine de valeur de l’entreprise. J’ai débuté avec les ventes en magasin dans notre showroom parisien et déjà du management, puis je me suis tourné vers des fonctions autour du commercial et du marketing, sur des secteurs comme celui du retail puis à l’international, sur des zones de chalandises très différentes en Europe puis en Asie.
Dans une entreprise familiale, il y a à la fois, cette très grande responsabilité qui nous oblige, mais aussi un énorme privilège, celui de la liberté naturelle de pouvoir, de façon très saine et responsable, progresser en ayant accès à chaque fois à des leviers supplémentaires. Cette grande diversité et liberté d’action ont été très agréables et intéressantes pour construire mon parcours de dirigeant.
Tu as quelquefois dit que « un bon leadership, c’est une organisation qui se passe de leader» : Fermob en a aujourd’hui deux, et se développe toujours plus à l’international : quelle est ta vision du management d’une entreprise, au management par nature bi-culturel et de fait également bi-générationnel ?
J’ai envie de reformuler : certes, il est important d’être un bon leader pour l’entreprise, mais il faut qu’il soit à sa juste place. Le « bon leader » pour moi, c’est celui qui favorise l’autonomie et l’engagement, l’implication des équipes.
L’avantage pour Fermob d’avoir, en ce moment de l’histoire, une organisation inter-générationnelle, offre un équilibre évident pour conjuguer au mieux stratégie et opérationnel, en croisant nos styles de management différents. C’est intéressant pour les équipes, ce n’est pas pour elles « mono-bloc » dans la manière dont s’exerce le leadership.
On est, avec mon père, tous les deux assez expérimentés sur l’international et très alignés sur la connaissance des différentes cultures des pays où Fermob est présent.
Pour Fermob, une entreprise internationale qui à l’ambition de continuer à se développer encore, il nous faut conserver ce bon et juste niveau d’expertise pour que les marchés exports soient traités presque nativement et naturellement.
Même si sa zone de chalandise est mondiale, Fermob, reste très attachée au « made in France » ou plutôt à la question de la proximité, celle notamment de la production locale de ses sous-traitants, dans un petit rayon de 70 kms autour de ses sites de production et de son siège : c’est donc possible ! Quels avantages vois-tu et pourquoi pour toi c’est essentiel ?
Clairement pour nous, il ne s’agit pas du « made in France » pour le « made in France ». Il faut surtout avoir l’humilité de dire qu’on est sur des produits premiums sur lesquels on a un environnement concurrentiel moins fort que d’autres à l’international. Aujourd’hui, certaines entreprises industrielles ne peuvent plus exister en produisant localement en France ou en Europe; et ce n’est par défaut de volonté. Chez Fermob, on a encore cette possibilité d’être compétitif en produisant localement ici en France et en Europe, en proximité de nos zones de chalandises. Tout est bien corrélé : nous fabriquons des produits de très grande qualité (esthétique, fonctionnelle, responsable) et nous maîtrisons notre chaîne de valeur de la conception à la fabrication. Cette cohérence est rendue possible par nos process de fabrication, avec un degré renforcé d’expertise. Et comme la promesse client c’est de vendre un produit très premium, très « confortable », très durable, avec un rapport qualité de long terme (certes, avec un prix d’entrée qui peut paraître élevé, mais pour une durée de vie qui se chiffre en décennies), cela vaut le coût pour nous d’investir et de sécuriser la maîtrise des process en interne et de conserver nos sous-traitants en proximité. C’est à la fois une question d’efficacité et de bon sens.
Conscient de l’incertitude permanente et des effets du dérèglement climatique (qui peut même venir impacter les ventes du mobilier extérieur, votre cœur d’activité) comment as-tu choisi de jouer ton rôle en matière de RSE et quelles sont les actions concrètes que Fermob a mis en place en matière de soutenabilité ?
Avant toute chose, je rappelle que notre savoir-faire du travail du métal est hérité des anciens ateliers de maréchal-ferrant devenu aujourd’hui nos ateliers de production. Notre matière première, le métal, nous permet certes de traduire la créativité d’un trait de crayon pour donner vie à notre imagination, mais est aussi issue du recyclable et est recyclable à l’infini. Le métal est robuste, durable et résistant dans le temps, façonnable également à l’infini et facile d’entretien.
En synthèse notre politique RSE existe depuis plusieurs décennies, à une époque où ce n’était pas à la mode ! Nous avons choisi de la résumer ainsi : « Avant-gardistes, responsables et engagés depuis 35 ans, et au-delà !». Elle est fondée sur 5 piliers :
- Créativité et innovation au service de la durabilité de nos produits
- Fermobilisation pour maîtriser nos impacts et contribuer aux enjeux de la transition écologique
- Epanouissement professionnel et personnel au cœur de notre réussite
- Confiance réciproque, socle de nos relations avec l’ensemble de nos partenaires
- Partage de nos progrès et co-contruction d’une démarche RSE, dans la transparence et l’intégrité
Et sur 140 actions qui nous permettent d’agir en responsabilité.
Pour citer trois exemples en particulier à propos de notre trajectoire résumée dans notre tout dernier rapport RSE, je peux vous dire que :
– nous avons mené l’analyse du cycle de vie (ACV) de l’ensemble de nos produits, ce qui nous permet d’avoir une vision très précise de toute l’équation qui nous occupe et nous engage,
– nous avons créé Re-Paint pour redonner une nouvelle vie et réinventer le mobilier Fermob,
– nous avons contribué aux travaux de l’Ameublement français pour élaborer une matrice de double matérialité sectorielle. Cet outil permet d’identifier, hiérarchiser et prioriser les enjeux de durabilité, à la fois du point de vue de la matérialité financière (impact sur nos activités) et de la matérialité d’impact (impact de nos activités). Il constitue un repère essentiel pour définir et orienter une stratégie RSE pertinente.
Engagé dans le Club des ETI d’Auvergne-Rhône-Alpes (tu en es le co-président aux côtés de Véronique Degottex, directrice générale adjointe du Groupe Cheval), quelle est votre intention pour le territoire et comment entendez-vous la réaliser ?
Nous rassemblons et mobilisant les ETI du vaste territoire qui est le notre pour qu’elles puissent partager, échanger entre elles sur leurs enjeux et problématiques. La catégorie ETI est très spécifique : ce ne sont plus du tout des PME, elles ont des enjeux avec 7 ou 8 chiffres, mais elles ne disposent pas nécessairement de la structure et des moyens de grands groupes. C’est une catégorie d’entreprise complexe, très riche et très dynamique.
Nous faisons en sorte qu’elles puissent faire entendre leurs voix à l’échelle régionale et nationale pour mobiliser les acteurs publics en vue d’une règlementation adaptée à leur contexte particulier.
Et nous facilitons enfin leurs interactions à l’échelle du bassin local : Lyon, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand, Annecy, Chambéry, Grenoble, etc.
Et pour conclure, si tu te projettes en 2050, qu’est-ce qui t’anime et comment entends-tu contribuer à faire bouger les lignes, à la fois pour Fermob et son écosystème mais aussi pour les territoires où Fermob agit ?
En projetant Fermob en 20250 je la vois comme une entreprise qui a gardé sa belle image de marque et qui a très sensiblement élargi ses territoires d’action, sur un plan géographique, en matière de typologie de produits et de marchés.
Et je constate que nous avons agit en responsabilité en suivant notre feuille de route définie dans le cadre de notre parcours de la CEC en 2023, notamment avec notre écosystème avec des projets menés pour la préservation de la biodiversité et du vivant sur notre territoire. Parce que nous n’avons dans tous les cas plus le choix. J’entends donc tout mettre en œuvre pour répondre à cette exigence.
Des propos recueillis par Coryne Nicq • mars 2026