Bioburger : de plaisir coupable à responsable !

En 2011, Anthony Darré co-fonde Bioburger avec la volonté d'offrir une première alternative 100 % bio, durable et responsable aux géants de la fast-food. Depuis, 27 restaurants ont été ouverts, et ce n'est qu'un début !

 

La Fabrique d’avenir : Vous avez lancé Bioburger en 2011, vous étiez étudiant, avec un premier restaurant et un projet : Créer un fast food avec 100% de produits BIO. Pourriez vous revenir sur les étapes de cette jeune saga ?
Anthony Darré : Avec mon associé Louis, nous avons eu l’idée de Bioburger en 2008 pendant un cours d’Anglais lors de notre 2ème année en école de commerce l’EDC PARIS.
Nous allions très (trop) fréquemment déjeuner chez Macdo ou Quick jusqu’au jour où on en a eu marre de manger des produits pas qualitatifs et qui ne tiennent pas au corps. On peut manger énormément au macdo, il n’empêche qu’une heure après on a faim. C’est pas très logique tout ça.
Du coup on a voulu créer un burger beaucoup plus quali pour changer le marché (à l’époque il n’y avait aucune proposition de bons burgers). Le côté Bio était évident pour le côté quali et durable. On ne peut plus entreprendre sans prendre en compte l’impact de ce que l’on fait. En tout cas, c’est notre point de vue.
Et à travers le burger on voulait changer l’image de la Bio qui peut être perçue comme chiante, fade, exclusivement végétarienne, etc.
Avec une idée on répondait à deux problématiques sociétales.
Hyper excité par ce projet, on a bossé dessus en parallèle de nos études (nos parents ne voulaient pas qu’on se lance avant d’avoir terminé notre cursus)
Et pour finir on a pu lancer le projet pendant notre stage de fin d’étude.

Quels sont les principaux défis économiques à l’utilisation exclusive de produits bio et comment gérez vous l’enjeu du prix ?
Le principal défi économique se trouve évidemment au niveau des achats de matières premières biologiques.
On peut avoir des écarts très  importants par rapport au conventionnel. Encore plus dans le milieu du fast food où la qualité n’est clairement pas au rdv.
Un exemple concret, le poulet. On touche le poulet 2 à 3 fois plus cher qu’en conventionnel. C’est assez stratosphérique comme écart et c’est  évidemment impossible de le répercuter à 100%.
De manière plus macro, on achète en moyenne 30 à 50% plus cher qu’en conventionnel.

Ceci étant dit, on essaye malgré tout de proposer des menus les plus accessibles possible (entre 14 et 16€) et travaillons actuellement sur une gamme entre 12 et 14€.

On sera toujours plus cher qu’un Macdo. on ne peut pas et on ne veut pas se positionner sur du cheap – logique.
En revanche, notre objectif est que pour 2/3€ de plus on puisse se payer un Bioburger. Ce qui est le cas aujourd’hui.
A côté de ça on est en moyenne moins cher que la concurrence dite de “qualité” comme Big Fernand, Five guys, PNY, etc.

On a énormément travaillé sur notre sourcing, nos process pour réussir ce tour de force. De plus, nous avons créé notre propre centrale d’achat dans cette optique.
Et pour finir, on a décidé de faire moins de marge que les autres enseignes. C’est un parti pris toujours dans le but d’être le plus accessible possible.
C’est un long travail sur notre chaîne de valeur qui rend Bioburger unique dans son modèle économique.

 Qui sont vos clients ? plutôt des clients engagés ou une clientèle très variée ? Y a-t-il un esprit Bioburger ?
Notre cœur de cible est entre 25 et 45 ans, urbains actifs.
Nous sommes également très prisés des familles. Quoi de mieux qu’un Bioburger pour répondre aux envies des enfants et aux besoins des parents?
Concernant l’engagement, c’est assez disparate. A l’inverse de la GMS spécialisée qui va toucher en grande majorité des consommateurs engagés, nous retrouvons vraiment deux profils chez nous. Les conso engagés évidemment mais aussi des consos qui s’en “foutent” car notre produit est super bon, accessible, avec un top service. Et c’est bien sur ce segment qu’on est hyper fier car c’est vraiment notre ambition au travers de BB. Démocratiser le BIO auprès de tous. Et on y parvient (à notre échelle) évidemment.
Concernant l’esprit Bioburger, je ne sais pas. Je n’ai pas encore cette impression car notre communication n’est pas au point. Un esprit BB ça se construit par la marque, notre storytelling, notre pro activité auprès de la communauté, une image stylée, un branding puissant, etc.

Et pour l’instant on est assez nul sur ce point. Clairement Bioburger mériterait un génie marketing pour donner une aura forte à la marque (à l’instar des marques comme “La vie”, “Funky Veggie”, “Veja” ou autre)

 

Quels sont les projets de croissance et combien de restaurants dans les 5 ans ? Comment les financez vous ?

2026 est une année de consolidation. On est passé de 5 à 27 restaurants lors des 5 dernières années dans un contexte économique et politique loin d’être propice.
Covid pour commencer puis une inflation dans l’alimentaire assez délirante qui a des conséquences sur la demande. Il est important de prendre un an pour consolider de nouveau les acquis.
Et ensuite c’est de continuer à grandir à notre rythme, avec 2 à 4 restaurants par an. Donc d’ici 5 ans on peut ambitionner une quarantaine de points de vente.
En parallèle c’est de travailler sur l’augmentation du CA/moyen par point de vente également.

On a financé la croissance avec différents leviers au fil de notre parcours :
– Obligation via Lita
– Equity via Lita / Biocoop ou dernièrement FFP
– Emprunts bancaires

Nous n’avons jamais fait appel à des “gros” fonds d’investissement à ce jour car nous voulons préserver l’ADN de Bioburger et que d’après nos connaissances, il n’y a pas de fonds avec des liquidités importantes qui ont réellement une vision de durabilité. Et qui dit durabilité, dit un ROI peut être plus bas.
Nous croyons que ce type de fond va finir par arriver. La transition écologique manque cruellement de capitaux pour voir grand.

 

Sentez vous dans votre activité, le backlash qui sévit sur les enjeux de soutenabilité, de durabilité ?
C’est difficile d’isoler ce “paramètre” et d’en tirer une analyse tant il y a un mélange de plusieurs facteurs macro très forts en ce moment qui ont des impacts sur la consommation.
Inflation, instabilité politique, guerres etc.
La seule que je sais, c’est que ça n’avance pas forcément dans le bon sens aux niveaux des enjeux de durabilité et de ce que nous devons mettre en œuvre pour changer le monde… Nos politiques n’ont pas de courage ni de vision.

 

Pourriez vous nous citer des personnes, des rencontres, des lectures, des œuvres qui ont marqué votre parcours ?
Je vais surtout évoquer des lectures. Je suis très friand de  lecture en tout genre et également celle orienté entrepreneuriat. C’est pour moi le plus grand réservoir de connaissances. Je rêve d’un monde où la lecture serait bien plus présente. Je suis certain que nous pourrions résoudre bons nombres de problèmes avec un enrichissement des connaissances continu.
Livres qui m’ont marqué et que je recommande:
– Confessions d’un entrepreneur engagé d’Yvon Chouinard – fondateur de Patagonia. C’est un livre pour moi culte car Yvon démontre qu’Entreprise en croissance peut rimer avec durabilité. De plus je suis assez fan de son organisation de travail (manager par l’absence) – j’ai essayé de le faire mais je n’ai pas encore réussi…
– La vache pourpre de Seth Godin: c’est un livre qui vulgarise le marketing. De plus je suis très raccord avec le principe de base qui est de rendre sa marque, son produit, sa culture remarquable.
– Je peux également citer le petit prince dans un autre registre de lecture. Tout simplement car c’est une vision de la vie tout bonnement admirable et juste.

Concernant les personnes, je peux évoquer ma rencontre avec Louis mon associé évidemment. Sans notre chemin ensemble, Bioburger n’en serait pas là.
Je peux parler de Christine Malpart qui a été ma coach pendant quelques années. Elle m’a aidé dans mon processus entrepreneurial mais aussi personnel.

J’aimerais évoquer une rencontre purement “business”, une personne qui a aidé ou qui aide Bioburger pour performer d’avantage au niveau purement économique. J’ai parlé d’un génie marketing plus haut, ou d’une personne qui aiderait Bioburger à s’entourer différemment pour grandir plus sereinement. ET malheureusement je n’ai à ce jour pas rencontré la ou les personnes qui  peuvent me nourrir sur le sujet. Et c’est un problème à mon sens pour le développement de Bioburger mais aussi pour mon développement personnel car j’ai sans arrêt besoin d’être nourri, de construire des fondations nouvelles, tester des choses nouvelles.

 

Retrouvez les restaurants BioBurger partout en France 

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