InovaYa : pour une eau accessible à toutes et tous

Justine Vidil, co-fondatrice et directrice générale d’InovaYa, startup sociale pour une gestion de l’eau plus responsable, rappelle que « l’être humain doit vivre en harmonie avec la biodiversité ».

 

La Fabrique d’avenir : Justine, tu es associée co-fondatrice d’InovaYa et directrice générale : peux-tu en quelques mots nous parler du parcours que tu as mené jusqu’à là et de tes engagements ? Qu’est-ce qui t’anime et comment décrirais-tu ta mission personnelle en tant que “citoyenne du monde” ? T’es-tu assigné des objectifs ? 

Justine Vidil : Mon parcours ne me prédestinait absolument pas au monde de l’entrepreneuriat, encore moins à celui de l’eau ou de la tech. Dans ma famille, tout le monde travaille dans la fonction publique ; l’entrepreneuriat y apparaît presque comme un ovni. Je suis d’ailleurs moi-même devenue une sorte d’ovni à leurs yeux. En revanche, ma famille m’a transmis des valeurs fortes comme l’engagement, le sens du service rendu et l’utilité publique.

J’ai suivi des études en droit international et en science politique, des disciplines a priori très éloignées de ce que je fais aujourd’hui au quotidien. Par la suite, j’ai surtout vécu des expériences professionnelles à l’étranger, notamment au Vietnam et en Roumanie, dans les domaines de la coopération et du développement international, qu’ils soient publics ou privés. C’est en Roumanie que j’ai rencontré les deux autres co-fondateurs d’InovaYa, Khaled et Guillaume, et que nous avons commencé à construire ce projet, il y a déjà huit ans.

Depuis l’âge de 12 ans, je suis engagée : d’abord dans des structures jeunesse, puis dans des associations et au sein d’instances publiques (Conseil général, Conseil de l’Europe), autour de sujets variés comme la coopération internationale ou la place des jeunes dans la société.

Je me reconnais beaucoup dans la phrase « Sois le changement que tu veux voir dans le monde » : avant de chercher à influencer le monde, j’essaie d’être alignée avec mes convictions, ma vision et mes valeurs. Pour me sentir bien, j’ai besoin de faire ce qui me semble juste. C’est peut-être un besoin égoïste, au fond, même s’il contribue au bien commun.

 

Depuis 2018, InovaYa œuvre au quotidien pour réinventer le monde de l’eau en promouvant sobriété et durabilité : concrètement comment intervenez-vous et au bénéfice de qui ?

Notre mission est de préserver la ressource en eau afin de la rendre accessible à toutes et tous. Pour y parvenir, nous agissons d’abord sur la réduction de l’empreinte eau des activités humaines. Concrètement, nous accompagnons une grande diversité d’acteurs (industriels, collectivités locales, secteur du bâtiment, monde maritime) à repenser leur rapport à l’eau et leurs usages. L’enjeu est de ne plus considérer l’eau comme une simple utilité, mais comme une ressource rare, précieuse, vitale, dont nous devons collectivement prendre soin.

Dans cette logique, nous développons et déployons des solutions de traitement décentralisé de l’eau, afin de rapprocher l’usage du besoin. Notre vision et nos solutions visent notamment à faciliter la mise en œuvre de projets de REUT (réutilisation et réemploi des eaux), pour réduire les prélèvements, mais aussi à traiter les polluants présents dans l’eau, dont les PFAS, avant rejet dans le milieu naturel.
Notre accompagnement couvre l’ensemble du cycle de projet, du diagnostic jusqu’à la conception et à la mise en service des unités de traitement.

Parallèlement, pour rendre l’eau accessible à tous, nous développons des innovations destinées à améliorer l’accès à l’eau potable dans le monde, à travers des solutions robustes, durables et autonomes.

Enfin, après avoir suivi l’an dernier le programme de la Convention des Entreprises pour le Climat, nous souhaitons aller plus loin. Nous travaillons aujourd’hui sur un volet de sensibilisation et de formation à destination des différents acteurs, avec une ambition claire : qu’à terme, les solutions de traitement deviennent presque inutiles, parce que les procédés auront été pensés dès l’origine pour prélever le moins possible et ne plus polluer les milieux naturels. Un idéal, certes, mais un cap assumé !

 

InovaYa est une entreprise de technologie labellisée IMPACT 40. Que représente la croissance de l’entreprise pour toi et les autres fondateurs ?  Dans quelle intention développez-vous InovaYa ? Quelles sont ses limites de développement selon toi ? 

Pour nous, la croissance est un moyen, mais pas une finalité en soi. Elle doit avant tout nous permettre, à terme, de financer notre R&D sans recourir à des levées de fonds, de créer d’autres structures locales à l’international, mais aussi de racheter des parts auprès de nos investisseurs afin de redistribuer la richesse aux salarié·e·s de l’entreprise.
Les enjeux liés à la ressource en eau sont mondiaux et, d’un point de vue strictement économique, il reste encore énormément à faire. Pour autant, le jour où notre développement impactera davantage le vivant qu’il ne le régénère, il faudra savoir le limiter. Sans cela, nous perdrions de vue l’essence même d’InovaYa.

 

 Pourquoi avoir souhaité à la fois être Jeune Entreprise Innovante et avoir choisi le statut ESUS ? 

Lorsque nous avons créé InovaYa, nous avons longuement réfléchi au modèle juridique à donner au projet : association, entreprise, SCOP, SAS… Nous avons finalement opté pour une structure classique de type SAS. Notre objectif était clair : démontrer qu’il est tout à fait possible de bâtir une entreprise dont l’ADN est la préservation de l’environnement, tout en restant autonome grâce à un modèle économique sain et pérenne.

Pour autant, un statut d’entreprise « classique » ne nous paraissait pas suffisamment protecteur pour garantir que la mission d’InovaYa ne dérive pas, un jour, vers une logique purement capitalistique. L’agrément ESUS répondait précisément à ce besoin d’ancrer durablement notre ADN. Il impose en effet plusieurs contraintes structurantes : sur les écarts de rémunération, sur la part des bénéfices redistribuée au sein de l’entreprise, mais aussi sur l’objet social, qui doit servir des projets à impact social ou environnemental.

Par ailleurs, notre activité repose sur le développement de technologies de traitement de l’eau. Chaque jour, nous innovons pour concevoir des solutions plus frugales, davantage fondées sur la nature et plus durables. Le statut de Jeune Entreprise Innovante correspondait donc pleinement à la réalité de notre activité. Il permet également de bénéficier d’avantages fiscaux pour l’embauche de collaborateurs travaillant en R&D.

Lorsque l’on se lance sans épargne, sans droits au chômage, dans un projet technologique et industriel nécessitant d’importants investissements, il est précieux que l’État mette en place des mécanismes facilitant le démarrage. En nous accordant ce statut, l’État a d’ailleurs été, d’une certaine manière, l’un de nos tout premiers investisseurs !

 

Quels rêves t’animent quand tu penses au futur à 20 ans ? 

Cela peut sembler fou, mais finalement, mon rêve serait qu’InovaYa n’existe plus.
Non pas parce que nous aurions échoué, mais précisément parce que nous aurions réussi.

Réussi à faire comprendre que l’être humain doit vivre en harmonie avec la biodiversité. Que le vivant n’est pas au service de l’humain, mais que l’humain en fait pleinement partie. Et qu’en prenant conscience de cette interdépendance, il a su protéger et régénérer le vivant, notamment la ressource en eau.

Des propos recueillis par Coryne Nicq • février 2026

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