JobIRL : réduire les inégalités d’accès à l’orientation des jeunes et à l’emploi

Depuis sa création, JobIRL agit pour réduire les fractures d’accès au monde professionnel. En combinant actions de terrain et outils numériques, l’association accompagne des milliers de jeunes vers une orientation plus ambitieuse et réaliste.

 

La Fabrique d’avenir : Pouvez-vous revenir sur l’histoire de JobIRL et quels étaient vos objectifs initiaux ? Comment cette mission a-t-elle évolué depuis la création de l’association ?

Christelle MESLE-GENIN : L’histoire de JobIRL commence lorsque j’étais présidente de l’association des bénévoles du groupe General Electric. J’avais constaté qu’il était relativement facile de mobiliser des collaborateurs autour de missions simples à fort impact. En parallèle, j’accompagnais des chômeurs de longue durée et des jeunes issus de quartiers prioritaires, ce qui m’a permis d’identifier leurs difficultés d’accès au monde professionnel lorsqu’ils n’avaient pas de réseau.

C’est ainsi qu’est née l’idée de créer un réseau social permettant de créer du lien à grande échelle entre les jeunes et les professionnels, dans un contexte où les réseaux sociaux étaient en plein essor.

Dès le départ, l’objectif de JobIRL a été de donner du réseau aux jeunes qui en manquent, afin de leur permettre d’avoir une orientation plus ambitieuse et plus réaliste, en lien avec les besoins du marché de l’emploi, et ainsi de mieux s’insérer dans la vie active.

Très rapidement, nous avons fait évoluer notre approche. Nous nous sommes rendu compte que les plus jeunes et les plus éloignés de l’emploi ne viendraient pas spontanément sur une plateforme numérique. Nous avons donc développé des programmes d’égalité des chances et renforcé notre présence sur le terrain, notamment dans les collèges, les lycées et les missions locales.

 

Vous avez récemment participé à des échanges avec des jeunes lors des « Rencontres & Vous » organisées par France Télévisions. Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels les jeunes font face aujourd’hui dans leur orientation professionnelle, et comment JobIRL les aide à les surmonter ?

Ces échanges ont été particulièrement éclairants, car les jeunes ont exprimé des difficultés qui correspondent directement aux enjeux auxquels nous répondons chez JobIRL.

Le premier défi reste le manque de réseau, qui rend difficile l’accès à des stages, des contrats d’alternance ou même à une bonne compréhension des métiers et des opportunités.

Un autre enjeu majeur, de plus en plus présent, est l’impact de l’intelligence artificielle dans les processus de recrutement. Les jeunes sont confrontés aux logiciels de tri de CV, les fameux ATS, et vivent difficilement le fait que leurs candidatures soient analysées par des machines sans retour humain. Cela génère beaucoup de frustration et d’anxiété, avec le sentiment de ne pas être réellement considérés.

Pour répondre à ces défis, JobIRL agit à plusieurs niveaux : en facilitant la mise en relation avec des professionnels, en accompagnant les jeunes dans leurs recherches de stages ou d’alternance, et en développant des modules spécifiques pour les aider à comprendre et utiliser l’intelligence artificielle dans leurs candidatures, afin de mieux franchir les filtres de recrutement.

 

JobIRL permet aussi aux entreprises de faire connaître leurs métiers. Comment réussissez-vous à concilier les attentes des jeunes et celles des entreprises, et quels sont les bénéfices pour chaque partie ?

C’est un enjeu central, car il existe aujourd’hui une forte inadéquation entre les aspirations des jeunes et les besoins des entreprises.

Beaucoup de jeunes se projettent dans un nombre limité de métiers très médiatisés, tandis que les entreprises recrutent massivement dans des secteurs moins « starifiés » (comme par exemple l’industrie ou les services à la personne).

Pour répondre à ce décalage, nous développons de nombreuses actions visant à faire découvrir des métiers méconnus, à ouvrir le champ des possibles et à déconstruire certains stéréotypes, notamment les biais de genre qui orientent encore fortement les choix d’orientation.

Les bénéfices sont doubles :

  • pour les jeunes, cela permet d’élargir leurs perspectives et de mieux s’orienter vers des secteurs porteurs ;
  • pour les entreprises, cela leur permet de mieux faire connaître leurs métiers et d’attirer des profils qu’elles peinent parfois à recruter.

 

Vous mentionnez que le monde éducatif est parfois déconnecté de la réalité des élèves. Et les chiffres montrent que les jeunes sont trop souvent mal orientés. Quelles innovations ou actions concrètes proposez-vous pour mieux préparer les jeunes au monde du travail ?

Nous avons fait le choix d’intervenir très tôt, dès la classe de 5e, pour accompagner les jeunes dans la découverte des métiers et du monde de l’entreprise. Nos programmes pédagogiques sont pensés pour permettre aux jeunes de se projeter et de mieux comprendre les réalités du monde professionnel.

Notre approche repose sur plusieurs leviers :

  • des ateliers en classe pour sensibiliser aux métiers et aux secteurs qui recrutent ;
  • des rencontres avec des professionnels pour rendre les parcours concrets et inspirants ;
  • des stages découverte, individuels ou collectifs ;
  • un travail spécifique sur les codes de l’entreprise et les biais de genre ;
  • un accompagnement vers l’alternance.

 

Quels sont vos projets pour JobIRL dans les années à venir ? Y a-t-il de nouvelles initiatives ou partenariats en préparation pour renforcer l’impact de l’association ?

Aujourd’hui, nous développons fortement notre programme de mentorat, ce qui nous amène à rechercher activement de nouveaux mentors, notamment dans les secteurs de la tech, de la finance, de la comptabilité et des ressources humaines. Tous les profils sont les bienvenus pour accompagner les jeunes.

Nous travaillons également sur un projet visant à sensibiliser davantage les lycéens aux métiers scientifiques, car la France fait face à un manque de talents dans l’ingénierie, l’industrie et le numérique.

Enfin, nous poursuivons notre développement territorial. Nous accompagnons actuellement 35 000 jeunes dans 4 régions de France et souhaitons amplifier cet impact, notamment en renforçant notre présence en Hauts-de-France, afin de toucher davantage de jeunes issus de quartiers prioritaires et de zones rurales.

Plus d’infos sur JobIRL ici.

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