Grégory Doucet, maire de Lyon : « Une attente simple : vivre mieux »

Grégory Doucet, vous êtes maire de Lyon et à ce titre nous avons eu le plaisir de vous recevoir en mars 2025 aux 20 ans de l’Université de la terre, dans le cadre de la table-ronde « Villes en transition : des solutions pour un futur vivable » aux côtés de Emmanuel Desmaizieres, directeur général de Bouygues Immobilier, Pascal Eveillard, directeur Développement Durable et Construction Responsable du Groupe Saint-Gobain et Anna Konig Jerlmyr, maire de Stockholm de 2018 à 2022. Aujourd’hui, vous êtes candidat à votre réélection.

Entrepreneurs d’avenir : Selon vous, que reste-t-il à faire pour continuer d’adapter Lyon ?

Grégory Doucet : Lyon a amorcé sa transformation, en cinq ans, nous avons tenu nos engagements de rafraîchir la ville en la végétalisant et de créer un environnement plus favorable à la santé en agissant sur la qualité de l’air ou sur la qualité de l’alimentation des plus jeunes. Mais nous le savons, le plus dur de la crise climatique et des inégalités sociales qui la suivent reste devant nous. À Lyon les changements climatiques sont déjà une réalité tangible, avec des étés toujours plus chauds et des épisodes climatiques violents qui frappent d’abord les plus fragiles.

S’adapter aux dérèglements climatiques ne se limite pas à transformer l’espace public. Bien sûr nous devons continuer à végétaliser partout où c’est possible, à désimperméabiliser, à créer des îlots de fraîcheur et à repenser la ville pour qu’elle reste vivable en périodes de fortes chaleurs. Mais adapter Lyon c’est aussi adapter l’ensemble de nos politiques publiques municipales.

Nous devons continuer à renforcer les services publics du quotidien pour qu’ils soient capables de résister aux aléas climatiques et en mesure de protéger et d’accompagner tout le monde, notamment les plus fragiles qui sont les plus durement frappés par la crise climatique. Cela passe par la possibilité, pour chacune et chacun, d’habiter un logement confortable été comme hiver grâce à la rénovation, par la poursuite de la rénovation des écoles pour offrir à nos enfants de bonnes conditions d’apprentissage malgré les vagues de chaleur, mais aussi par le renforcement de l’offre de santé de proximité, pour la rendre robuste face aux crises sanitaires et climatiques, et par la sécurisation de l’accès à l’eau, à l’alimentation et à l’énergie. Parce que l’adaptation est aussi une condition essentielle du dynamisme économique futur de notre ville, adapter Lyon c’est aussi renforcer son attractivité et assurer sa capacité à créer de l’activité dans le monde de demain.

Nous avons commencé ce travail et nous devons l’amplifier. La résilience et l’adaptation d’une ville ne se mesure pas seulement à ses aménagements mais aussi à sa capacité à protéger, accompagner et soutenir ses habitants dans la durée.

 

Comment faire advenir l’écologie comme vision du monde et comme programme politique alors que justement les opinions se droitisent et se polarisent ?

L’écologie que nous portons intègre de manière indissociable la justice environnementale et la justice sociale. Les crises qui se succèdent et s’accumulent, climatiques, sanitaires, économiques, ne frappent pas tout le monde de la même manière : ce sont souvent les plus précaires, les plus exposés qui en subissent les conséquences les plus dures. Une écologie qui ignorerait cette réalité, ou qui se contenterait de parler de contraintes et de renoncements ne peut ni rassembler durablement, ni répondre aux enjeux économiques et sociaux auxquels nos territoires sont confrontés.

Le projet que nous portons est celui d’une amélioration concrète de la vie quotidienne. Nous avons montré que l’écologie ce n’est pas moins de droit, mais plus de protection : mieux respirer, manger plus sainement, profiter d’espaces publics plus agréables, accéder à des services publics de qualité, etc. C’est une écologie qui sécurise les parcours de vie, qui réduit les inégalités et qui redonne du pouvoir d’agir.

Dans un contexte de polarisation, notre responsabilité est de proposer un projet qui réponds aux besoins de toutes et tous, un projet ancré dans la justice sociale qui ne laisse personne de côté et qui assume pleinement de défendre les biens communs (le climat, la santé, l’air, l’eau) comme des droits fondamentaux. C’est cette écologie qui peut rassembler parce qu’elle parle à ce que chacun vit et qu’elle répond à une attente simple : vivre mieux.

 

La transition « par le haut » est en recul : est-ce que les transitions ne se feront pas plus par le local et les territoires ?

Oui, face aux reculs nationaux, les villes et les territoires sont plus que jamais des lieux de la transition écologique et sociale. Notre responsabilité est décuplée : protéger les habitants et montrer concrètement qu’un autre chemin est possible.

Lorsque les politiques environnementales et sociales sont fragilisées au niveau national, les collectivités locales deviennent des lieux de résistance démocratique, non pas dans l’affrontement mais dans la démonstration par l’exemple. Il serait illusoire de penser que les villes peuvent agir seules, nos marges de manœuvre financières et réglementaires sont contraintes et les attentes sont immenses. Mais nous nous saisirons de tous les leviers à notre disposition pour maintenir des services publics solides, garantir l’accès aux droits fondamentaux et faire vivre, dans les faits, une écologie ancrée dans la justice sociale.

À Lyon, nous assumons pleinement ce rôle : concilier transition écologique, cohésion sociale et dynamisme économique. Nous agissons avec les acteurs du territoire pour démontrer que la transition peut améliorer la vie quotidienne.

 

Vous avez participé aux 1ères Assises Internationales de la Ville Sensible en juin dernier, organisées par Thierry Roche, Architecte-Urbaniste Atelier Roche & Associés,  Entrepreneur d’avenir et Olivia Cuir fondatrice de Sencité : quels sont les enseignements que vous en avez tiré et ce qui selon-vous mériterait d’être mis en œuvre à Lyon ?

L’idée de la ville sensible invite à repenser la ville à partir du ressenti, de l’expérience vécue et de l’inclusion. Elle nous rappelle que l’urbanisme et les aménagements ne peuvent se réduire à des chiffres ou à des infrastructures, mais qu’ils doivent avant tout répondre au bien-être, à la santé et à la qualité de vie de toutes et tous. À Lyon, c’est déjà une partie du chemin que nous avons engagé, en faisant le choix de promouvoir des environnements urbains favorables à la santé, plus apaisés, plus accessibles et plus humains.

Des propos recueillis par Coryne Nicq • janvier 2026

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