« Il faut inventer une forme de progrès qui profite à tous »

De quel progrès voulons-nous ? Vaste question, qui était au cœur du dernier Parlement des Entrepreneurs d’avenir, au mois de janvier. Pour Anne Hidalgo, maire de Paris et candidate aux prochaines élections municipales, le progrès est plus que jamais d’actualité. Elle revient sur le soutien apporté par la Ville de Paris aux entrepreneurs qui ont pâti des deux derniers hivers de crise sociale, et elle esquisse les pistes de solutions à la vacance commerciale, un défi important pour les villes aujourd’hui.

 

Entrepreneurs d’avenir – Pour vous, que signifie le progrès en 2020 ?
Anne Hidalgo – Il nous faut inventer une forme de progrès qui profite à tous. Je rencontre de nombreux entrepreneurs qui sont déjà dans ce mouvement-là, qui créent de la vraie richesse en s’intéressant à nos propres fragilités et à nos faiblesses, qui cherchent des solutions pour mettre en œuvre la transition climatique ou pour aider les plus vulnérables. C’est une valeur qui a du sens, parce qu’elle permet de vivre mieux, et nous devons l’accompagner.

Les entrepreneurs de la ville ont traversé deux hivers de crise, avec les gilets jaunes et les grèves, qui ont affecté leur chiffre d’affaires. Comment la ville peut-elle les aider ?

Je sais combien, depuis plus d’un an, les commerçants parisiens ont pu souffrir de ce climat social dégradé. À ce titre, j’ai souhaité très vite mettre en place plusieurs mesures de soutien pour près de 5 millions d’euros : exonérations exceptionnelles de redevances d’occupation du domaine public, accompagnement vers les dispositifs d’aide existants de l’État (chômage partiel, échelonnement des paiements, etc.), campagnes de communication, fonds de soutien de 1,5 million avec la Région Ile-de-France, augmentation des subventions aux associations de commerçants situées dans les périmètres des manifestations…. J’ai aussi demandé à ce que l’État prenne ses responsabilités, notamment avec des exonérations totales de charges pour les commerçants les plus en difficulté.

La vacance commerciale est un enjeu crucial pour les villes aujourd’hui. Quelles mesures comptez-vous prendre pour la limiter à Paris ?

Les Parisiennes et les Parisiens sont très attachés aux commerces près de chez eux. Ce sont eux qui font la vie du quartier. Pour lutter contre la vacance et la monoactivité, nous avons mis en place la SEMAEST et un organisme qui réunit tous les locaux des bailleurs sociaux, qui mettent des locaux à disposition des commerces de bouche, mais aussi des commerces culturels, comme des librairies, dans tous les quartiers, et en priorité, dans les quartiers populaires.
C’est la pierre angulaire de la ville du quart d’heure que nous voulons, cette ville où l’on trouve tout ce dont on a besoin près de chez soi. Je souhaite amplifier cette politique et je vais créer pour cela une société publique unique qui achètera des locaux et installera des commerces dans tout Paris, adaptés à chaque quartier, mais aussi des lieux culturels, des associations, des ressourceries, des cantines solidaires ou encore des coopératives.

Plus généralement, comment comptez-vous soutenir le tissu entrepreneurial de la ville pour en maintenir le dynamisme ?

Nous avons beaucoup fait pour aider les jeunes entrepreneurs en créant des pépinières d’entreprises et de startups, des incubateurs. En dix ans, Paris est devenue la capitale des startups. Désormais il faut mettre cet écosystème au service de la transition écologique pour créer les emplois d’avenir, c’est un nouveau modèle de croissance que nous sommes en train d’inventer à Paris, notamment grâce à la capacité d’innovation de nos entrepreneurs. Pour que tous en profitent, nos investissements ont été en priorité dans les quartiers où les emplois sont le moins nombreux, au Nord et à l’Est de Paris, y compris au-delà des frontières du périphérique, dans un « arc de l’innovation ». Il y a là une volonté forte d’investir dans des quartiers qui en ont besoin, mais aussi de permettre à toutes et tous, quels que soient ses moyens, son origine sociale, son réseau, de pouvoir se lancer dans la création des entreprises qui façonneront le monde de demain.
Nous favorisons enfin l’économie sociale et solidaire qui représente un emploi sur dix à Paris, mais aussi une richesse inestimable pour tout ce qu’elle apporte aux habitants et à la ville. Cet engagement s’est notamment concrétisé par l’aménagement de la Maison des Canaux, au bord du Canal de l’Ourcq, dans le 19e arrondissement. Ce tiers-lieu permet les échanges et le partage d’expériences entre les entrepreneurs.

 

Propos recueillis par Pascal de Rauglaudre

Crédit photo Josef Hélie #lapireexcuse #sorrychildren

 

 

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