Plus d’innovations pour plus d’écologie

Interview de Thomas Cottinet "Chef de l’ECOLAB au Ministère de la Transition Écologique".

 

Entrepreneurs d’avenir : En quoi consiste précisément ce nouveau poste ” Chef de l’ECOLAB au Ministère de la Transition Écologique ” ?

Thomas Cottinet : Ecolab cherche à accélérer la transition écologique par l’innovation en contribuant à faire émerger plus d’innovations depuis le privé, la recherche et les territoires (GreenTechInnovation), et en jouant un rôle de laboratoire interne de l’innovation publique par la donnée et l’intelligence artificielle. Le terme « accélération » est un terme à la mode dans l’univers de la « start-up nation », parfois galvaudé. Dans notre cas, l’enjeu est la réponse à l’ « urgence écologique » et donc bien d’accélérer, d’où les attentes fortes vis-à-vis de l’innovation.

Ainsi d’une part Ecolab a vocation à s’appuyer sur l’innovation ouverte, en particulier en soutenant les écosystèmes innovants : startup, PME, groupes, acteurs de la recherche, territoires, et incubateurs. C’est tout l’enjeu des actions de « Greentech Innovation », de son label, de sa communauté de start-ups & PME, et de son réseau national d’incubateurs greentech, l’ensemble en lien avec la #FrenchTech.
D’autre part Ecolab recherche une meilleure exploitation de la connaissance et de la donnée au service des politiques publiques de la transition écologique, pour maximiser leur impact, les moderniser y compris via l’intelligence artificielle.

Ecolab accueille également en son sein la start-up d’Etat « France Transition Écologique ». Par l’innovation technologique et le design de service, cette start-up interne vise à améliorer l’orientation des financements publics et privés vers les porteurs de projet de la transition écologique. Enfin Ecolaba en charge une partie de la feuille de route française Numérique et Environnement, et prépare une action pour placer le nudge au cœur de l’innovation quand elle répond à l’urgence écologique.

Comment tout ceci (#GreenTechInnovation – Accelerating French Green Transition x Open Innovation – #Data / #AI – Green IT – Nudge – GreenTech Startups Ecosystems) et un plus large champ d’intervention (énergie, transport, bâtiment, biodiversité, environnement, eau, déchet, économie circulaire, eco innovation, numérique vert…) se coordonne ?

La #TechforGood mobilisée pour l’écologie et la #Data et ses usages sont les deux fils conducteurs.
S’agissant des start-ups, une des spécificités de la sélection opérée par Greentech Innovation, outre les critères classiques que sont le caractère prometteur de l’innovation et la solidité du modèle économique, est le critère d’adéquation avec les politiques publiques de la transition écologique : ces solutions innovantes doivent directement contribuer à ces politiques publiques pour les différents secteurs de ce champ très large que vous rappelez dans votre question.
Cela fait d’autant plus sens pour ces entreprises qu’en matière d’écologie les clients sont souvent publics. De grands efforts sont faits en France depuis des années pour aider les start-up à accéder à des financements, des garanties, des subventions ou du capital. Pour autant, comme toute entreprise, elles doivent également vendre, ce qui signifie souvent vendre à un acteur public sur les secteurs de la transition. Nous essayons de le faciliter.
Ces mêmes politiques publiques font par ailleurs l’objet d’une innovation publique, portée par les responsables et agents publics : la transformation publique sur laquelle on se focalise à Ecolab repose en grande partie sur la donnée, sa production et son exploitation, dans certains cas via l’intelligence artificielle.
En plus de la coordination dans le cadre du soutien à l’orientation de la commande publique vers les start-ups, ces deux approches (innovation par les start-up et par l’innovation publique) se rejoignent par exemple dans ce qu’on appelle les espaces communs de données. Pour des grands secteurs de la transition écologique comme l’économie circulaire ou la santé environnement, les espaces communs de données visent à investir le partage de la donnée, et non plus seulement l’ouverture de la donnée : un partage de données ouvertes et fermées, de données publiques et privées dont celles des start-up ou celles bonifiées par les start-up. On parle aussi de « données d’intérêt général » : pour qu’acteurs locaux et nationaux, publics et privés, administrations, entreprises, chercheurs ou citoyens puissent en utilisant ces données partagées rendre leurs services existants plus performants et pour qu’ils puissent innover, par exemple via l’intelligence artificielle, et créer ainsi de nouveaux services. Ce mode d’action est une des nouvelles priorités de la Commission Européenne : un des outils identifiés pour réussir à la fois le Green New Deal et la transformation numérique.

Pourquoi ce retour vers le service public et à quoi souhaites-tu contribuer avec ce nouveau job dans les années à venir ?

Les années de co-dirigeant de l’entreprise Liberté Living-Lab ont été très stimulantes avec des impératifs permanents d’agilité. Elles ont aussi été propices à de nombreuses découvertes au service de l’impact dans des domaines passionnants comme la démocratie, les transports, le handicap, les civic tech, les médias, la finance, l’environnement, les marchés publics…
Je souhaitais de nouveau servir l’Etat et surtout me consacrer à 100% aux défis de la réponse à l’urgence écologique. Tout en continuant à manager, en gardant un pied dans l’entrepreneuriat et l’innovation, même si c’est indirect au travers l’aide apportée aux start-up, PME, incubateurs et organismes de recherche. Je suis d’ailleurs très heureux de découvrir de plus près le potentiel de recherche et de technologies des opérateurs du ministère : l’IGN, Météo France, le Cerema, l’ADEME, l’Université Gustave Eiffel, l’Office Français de la Biodiversité, le BRGM…autant d’acteurs de l’excellence française qui font rayonner leurs compétences au profit du service public, des start-up et des territoires. Après quelques années en Auvergne Rhône-Alpes passées au contact de l’excellence académique et technique de cette région, je retrouve avec plaisir dix ans plus tard les partenariats avec ces acteurs scientifiques et techniques qui participent à la force de la France et l’Europe dans de nombreux secteurs dont ceux de la transition écologique.
Ayant traîné mes guêtres en collectivité territoriale, ministère et entreprise, avec un bref passage en préfecture ou à la commission européenne, j’essaye de faire fructifier ces tranches de vie et expériences auprès d’acteurs variés en facilitant les partenariats qui décloisonnent, ceux qui font avancer les écosystèmes. Et surtout je continue à beaucoup apprendre, auprès de personnes talentueuses, aussi bien dans les différents domaines de la transition écologique, que dans le numérique, la donnée et l’innovation.

Quelle est ta vision de ton rôle d’Entrepreneur d’avenir au coeur du dispositif français de la transition écologique : comment peut se matérialiser cet intrapreneuriat d’avenir ?

En tant qu’entrepreneur dans le privé, les valeurs d’Entrepreneur d’Avenir distingue ce réseau par sa ténacité à humaniser l’entreprise tout en respectant la nature.
En tant que fonctionnaire, le réseau Entrepreneur d’avenir permet de conserver un lien privilégié avec des entrepreneurs de tous horizons, dont les objectifs convergent bien souvent avec ceux de l’intérêt général. Le réseau Entrepreneur d’avenir a un rôle important à jouer pour aider à réussir le Green New Deal, à l’image du Parlement de 2020 : car une partie des solutions viendront des entrepreneuses et entrepreneurs motivés par ces valeurs. Le réseau permet des échanges cash, directs, en décloisonnant de multiples univers de la science à la politique, en passant les médias, les administratifs, les financiers et les entrepreneurs. Ce bouillonnement bienveillant et savamment organisé est de ceux qui contribuent à faire émerger de nouvelles idées, des solutions.

Comment service public de la transition écologique et entreprises peuvent travailler ensemble à la transition écologique ?

La France a été précurseur dans les délégations de services publics : en matière de transports, d’énergie, d’eau, de déchets, d’éclairage, de services environnementaux ou de télécoms, une grande partie des services pilotés par les acteurs publics sont délivrés par des entreprises, depuis bien longtemps. Ce partenariat historique est à redécouvrir. L’achat public a une image ingrate, administrative, juridique mais constitue pourtant un levier majeur d’accélération de cette collaboration public-privé au service de l’écologie. Continuer à associer les citoyens usagers et clients à l’instar de la convention citoyenne du climat est aussi un axe fort selon moi, tout comme l’amélioration des collaborations des entreprises avec la recherche qui requiert des moyens et salaires à la hauteur du rôle déterminant des enseignants-chercheurs.

 

Propos recueillis par Coryne Nicq

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