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Cessons d’opposer la solidarité à la rentabilité

Dans son dernier livre, Pour un capitalisme d’intérêt général, Jean-Marc Borello ne se contente pas de plaider pour un changement de système économique : il propose 1001 solutions concrètes pour y parvenir.


C’est un véritable plaidoyer en faveur de l’économie sociale et solidaire que Jean-Marc Borello, élu entrepreneur social 2016 par la Fondation Schwab, vient de publier dans son dernier livre au titre en forme d’oxymore : Pour un capitalisme d’intérêt général.

« Si vous voyez ça comme un oxymore, c’est qu’il devient urgent de faire évoluer les choses dans le bon sens !, s’exclame le patron du groupe SOS, première entreprise sociale d’Europe. Il ne peut plus y avoir d’un côté une économie ‘orthodoxe’ qui provoque des désastres écologiques et sociaux, et de l’autre, une économie solidaire qui répare les dégâts. Il faut réconcilier ces deux économies qui s’ignorent. »

Il ne suffit pas que la seconde se contente de progresser gentiment dans le PIB (10 % de celui de la France actuellement), mais plutôt que les deux finissent par converger. Un challenge que Jean-Marc Borello juge tout à fait possible de relever, en soulignant l’utilité et la vitalité d’un secteur privé non lucratif, aux acteurs multiformes : associations, fondations, mutuelles, Scop…

L’entreprise d’intérêt général

Il préconise la création d’un nouveau dispositif, l’entreprise d’intérêt général, qui cumulerait les avantages des dispositifs existants en termes d’efficience, de taille, d’internationalisation et de justice dans le fonctionnement et la redistribution des résultats. « D’autres États, la Belgique, le Luxembourg, etc., disposent déjà d’un statut de société à but non lucratif. En France, on pourrait réfléchir à faire évoluer les dispositifs existants, en autorisant plus d’économique dans les statuts de l’économie sociale, ou en permettant d’intégrer des éléments sociaux et environnementaux aux statuts classiques d’entreprises commerciales. »

Jean-Marc Borello parle en connaissance de cause : sa propre entreprise se développe sans actionnaires ni dividendes dans un environnement concurrentiel comme n’importe quelle autre. Et avec succès : le groupe SOS emploie 17 000 salariés, 2000 embauches supplémentaires par an, dans 405 établissements en France, et il affiche une croissance de 20 % par an, pour un chiffre d’affaires qui frôle le milliard d’euros.

Sortir d’un système binaire

Quel rôle peut jouer l’État pour promouvoir ce capitalisme d’intérêt général ? D’abord sortir d’un système binaire de répartition entre un secteur privé, très lucratif pour quelques-uns, et un secteur public à bout de souffle. « L’État peut encourager la prise de risque et l’investissement à moyen et long terme, rappelle Jean-Marc Borello, qui est par ailleurs délégué national d’En Marche ! et soutien d’Emmanuel Macron à l’élection présidentielle. Parmi les outils à sa disposition, le levier fiscal peut soutenir des pratiques considérées comme vertueuses. Par exemple, en proportionnant l’imposition à la durée de l’investissement, comme cela se fait déjà sur certains produits, on favorise l’investissement à long terme. »

Mais rien ne peut se faire sans un management efficace d’intérêt général, qui serait moins pyramidal et laisserait davantage de place au collectif. Ce mode de management privilégierait l’équilibre au consensus, et prendrait en compte l’ensemble des parties prenantes, jusqu’aux représentants du personnel et des consommateurs.

Bien plus qu’un catalogue de vœux pieux, Pour un capitalisme d’intérêt général est donc un véritable manuel qui fourmille d’idées concrètes pour aller vers un système économique respectueux des droits humains et environnementaux. « C’est en avançant tous ensemble que nous parviendrons à quelque chose de plus et de mieux, à tous les niveaux », conclut Jean-Marc Borello.

Pour un capitalisme d’intérêt général, de Jean-Marc Borello, Éditions Débats publics, janvier 2017, 191 p., 18 €

Texte Pascal de Rauglaudre

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