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Comment désintoxiquer la finance

La planète est accro à la finance. Le hic, c’est que cette addiction l’entraîne dans une spirale infernale. Comment rendre cette spirale vertueuse ? Stéphane Voisin et Jean-Baptiste Bellon esquissent des solutions dans leur nouveau livre : Detox Finance.

 

Les États et les grandes entreprises sont noyés dans les capitaux. Mais est-ce vraiment un signe de bonne santé ? Pas vraiment. Car malgré cette inondation de liquidités, les indicateurs sont en train de passer au rouge. Un exemple parmi d’autres : les taux d’intérêt négatifs sur les marchés financiers, où l’argent se prête à perte.

Dans leur denier livre, « Detox finance », Stéphane Voisin et Jean-Baptiste Bellon, analystes financiers, décortiquent sans concession la planète finance. Mais leur ton léger, pour mieux faire passer leur message, ne doit pas faire illusion : ils tirent la sonnette d’alarme sur la grande fragilité du secteur financier mondial.

Les traders raffolent des « anomalies de marché » pour doper leurs performances, et donc leur bonus, sous le prétexte « d’améliorer la liquidité des marchés ». Un argument usé jusqu’à la corde, car aujourd’hui, les marchés financiers regorgent de liquidités, qui se précipitent vers les investissements sans risque, comme la France, l’Allemagne, ou les entreprises du CAC40.

Dangereuses liquidités

Or cette stratégie financière d’augmentation sans fin des liquidités n’est pas sans danger. Les traders des matières premières de l’agriculture, par exemple, s’en servent pour jouer sur les volumes sans imaginer que leurs transactions menacent d’interdire aux franges les plus déshéritées de la population l’accès à une subsistance de base. Avec ce que cela sous-entend de risques géopolitiques.

Un néophyte pourrait penser : dirigeons ces flots de liquidités vers les transitions énergétique et écologique dont le monde a tant besoin. Mais ce n’est pas si simple, avertissent les auteurs. Bien sûr, « 100 trillions de dollars des investisseurs institutionnels, 13 trillions des grandes fortunes mondiales gérées par les banques privées, 8 trillions d’actifs des fonds souverains, 2,5 trillions du Quantitative Easing, et 1,1 trillion de dollars issus de la hausse de plus de 10 % des dividendes », sur le papier, ça fait beaucoup d’argent. Qui pourrait résoudre tellement de problèmes.

Or ces montants, aussi colossaux soient-ils, sont enfermés dans un cycle infernal, « avec un décalage complexe entre la saturation des disponibilités de court terme et le tarissement des ressources de long terme », écrivent les auteurs.

Vers une finance d’utilité générale ?

Mais tout n’est pas perdu. Dans la deuxième partie de leur livre, ils décryptent la révolution silencieuse qui pourrait bien bouleverser le monde de la finance, à coups de critères extra-financiers. Ils listent les solutions pour développer une finance qui se mettrait au service de la nature et de l’avenir, une « chlorofinance » qui doperait la reforestation.

Parmi ces solutions : la réintroduction de la notion d’utilité dans le système financier, en y injectant une dose d’intérêt général. « La prise de risque ou la quête de rendements sont mieux acceptées lorsqu’elles sont utiles », précisent les auteurs, qui ajoutent qu’une finance moins abstraite s’incarnerait mieux dans sa fonction d’utilité sociale.

Pour Stéphane Voisin et Jean-Baptiste Bellon, le système financier peut donc connaître une rédemption, au-delà des slogans creux. À une condition : remettre l’intérêt général au cœur de son activité.

Toute la question est de savoir s’il saura le faire tout seul ou s’il faut de nouvelles réglementations pour l’y contraindre.

 

« Detox finance », de Stéphane Voisin et Jean-Baptiste Bellon, Eyrolles, 2019, 288 p., 20 €.

 

Pascal de Rauglaudre

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