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Conférence environnementale : l’analyse de Bruno Rebelle

En donnant des objectifs précis de réduction de la consommation énergétique de la France, la conférence environnementale pourrait bien contribuer à améliorer la compétitivité des entreprises françaises, estime Bruno Rebelle.

Bruno Rebelle est ancien président de Greenpeace France, membre du Comité de pilotage du débat national sur la transition énergétique, et consultant fondateur du cabinet Transition. Il commente les résultats de la conférence environnementale organisée par le gouvernement les 20 et 21 septembre derniers, en les élargissant aux enjeux de la politique énergétique européenne.


Entrepreneurs d’avenir – Cette conférence environnementale vous a-t-elle semblé à la hauteur des enjeux ?


Bruno Rebelle –
Je m’en tiendrai à la question de la transition énergétique, sur laquelle j’ai travaillé cette année en tant que membre du Comité de pilotage du débat. Le discours du Président de la République m’a semblé très structurant. Il a donné à la fois un cap pour 2050, à savoir la division par deux de notre consommation d’énergie, et un objectif de réduction de 30 % de notre consommation d’énergie d’origine fossile d’ici à 2030. Ce cadre clair et précis est synonyme de stabilité et de visibilité, ce que les entreprises n’ont eu de cesse de réclamer pendant le débat. Le Président a su articuler ces objectifs stratégiques avec un discours plus politique sur l’innovation et les opportunités de marché pour les entreprises, y compris les PME françaises.


Quelles peuvent être les conséquences de ces annonces pour les entreprises ?

Beaucoup de grandes et petites entreprises vont y gagner, parce que leurs efforts pour devenir plus sobres en énergie les rendront plus compétitives, ou parce qu’elles développeront des produits et services pour aider d’autres entreprises à économiser l’énergie. Quant aux grandes entreprises, trois d’entre elles vont être touchées, Areva, qui reste très centrée sur le nucléaire, EDF, dont le modèle repose essentiellement sur la vente d’électricité, et Total, puisque les carburants vont être taxés via la contribution climat énergie. GDF Suez, elle, a pris le train des services énergétiques plus tôt. Les électro-intensifs vont aussi devoir redoubler d’efforts, mais on peut très bien envisager des conditions préférentielles (dont ils bénéficient déjà, d’ailleurs) en échange de leur engagement à maintenir de l’emploi sur le territoire français.

Quels enseignements peut-on tirer de l’Energiewende allemande ?

Nous avons la chance d’avoir des voisins, l’Allemagne mais aussi le Royaume-Uni, à sa façon, engagés dans cette même dynamique de la transition énergétique. Au minimum, intéressons-nous à ce qui se passe chez eux, en évitant de clouer au pilori ce qu’on a encensé hier. En Allemagne, le portage des projets a par exemple permis un décollage puissant des énergies renouvelables. On prétend que ces énergies, qui bénéficient d’une priorité d’accès au réseau, perturbent le marché. Mais il faudrait surtout une véritable politique européenne de l’énergie. L’instauration d’une taxe carbone aux frontières de l’Europe renchérirait le coût du charbon au profit d’énergies moins polluantes ; un investissement massif en R&D sur le stockage résoudrait la question de l’intermittence et une amélioration des interconnexions sur la plaque européenne permettrait un meilleur équilibre des réseaux… Certes, la gestion du système énergétique européen est compliquée ; abordons-la de front et mettons en place des outils et des politiques pour gérer cette complexité.

Cela fait des années qu’on parle de cette nécessité d’une politique européenne de l’énergie, mais il ne se passe pas grand chose…

Je ne suis pas d’accord. Cela fait au contraire des années que l’on n’en parle pas. Chaque État membre reste replié sur lui-même. On a élaboré une politique climat à l’échelle internationale, qui ne fonctionne d’ailleurs pas très bien, mais rien à l’échelle de l’Europe. Pourtant, l’Union Européenne s’est construite sur l’énergie, à l’époque le charbon et l’acier avec la CECA. Nous avons toutes les cartes en main pour faire éclore des champions industriels des énergies renouvelables comme nous l’avons fait avec Airbus. Chaque pays a des atouts complémentaires à faire valoir : le stockage pour l’Allemagne, les énergies marines pour la France, l’éolien terrestre pour le Danemark et l’Espagne, le solaire de deuxième génération pour la France et l’Allemagne, la méthanisation pour l’Allemagne et les Pays-Bas… Bien sûr, les États membres ont aussi des intérêts divergents, et la situation a été notamment polluée pendant des années par la question nucléaire française. Mais le cap fixé par le Président implique mécaniquement une baisse de la part nucléaire en valeur absolue. La France sera alors plus ouverte pour négocier à l’échelle européenne.

Propos recueillis par Dominique Pialot

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