Covid-19 : Thimonnier se mobilise contre l’épidémie

Le 25 mars, Sylvie Guinard, pdg de Thimonnier, dans la région lyonnaise, a été sollicitée pour reconditionner du gel hydroalcoolique. Dans l’urgence, elle a dû affecter une partie des ressources de l’entreprise à cette tâche. Témoignage d’une mobilisation générale.

 

« Thimonnier conçoit et construit des machines spéciales pour produire des emballages souples à usage médical (poches de perfusion), agro-alimentaire (sachets souples pour eau, jus de fruits, pâtes, sucre…), cosmétiques (berlingots, éco-recharges pour shampooing, savons liquides, adoucissants…). Elle fabrique aussi des générateurs de soudures pour matériaux souples, pare-soleil, bâches de piscine, gilets pare-balles, etc.

« Le 25 mars, un de nos partenaires nous a sollicités pour reconditionner du gel hydroalcoolique. Le gel est livré dans des cubis de mille litres qu’il faut exploser dans des poches d’1, 2 ou 5 litres, pour recharger des pompes dans des lieux qui fonctionnent encore.

« Nous avons commencé par nous assurer que le process n’était pas dangereux pour les équipes, car on ne conditionne pas un gel hydroalcoolique n’importe comment ! L’espace doit être bien ventilé pour empêcher la formation d’une poche d’alcool hautement inflammable. Le point d’inflammabilité ne doit jamais être atteint pour éviter l’auto-combustion de l’alcool. Les sachets doivent être étanches pour que l’alcool ne s’évapore pas. C’est à ces conditions que nous avons pu répondre à la demande.

« Une partie des ouvriers qui montaient des machines a été affectée à l’opération de reconditionnement, et le matériel a été détourné de son application habituelle. Nous avons commencé par faire des tests de poches avec les échantillons laissés par les clients. Puis nous avons commandé du stock à nos partenaires fabricants de sachets, ce qui a permis de vider les mille premiers litres la semaine dernière [30 mars]. Nous en viderons mille autres la semaine prochaine [6 avril].

Fierté des collaborateurs

« Nous travaillons en mode dégradé, car le matériau utilisé ne permet pas de préserver les propriétés du gel pendant des années. Mais grâce à cette solution, nous redispatchons rapidement une grosse dose de gel en doses plus petites destinées à un usage quasi-immédiat.

« La décision de reconditionner le gel a été très bien acceptée. Les collaborateurs sont fiers de s’impliquer et de se sentir acteurs dans la crise en cours. La question s’était déjà posée trois semaines avant pour les masques de l’entreprise : grâce à une nouvelle organisation de travail, nous avions pu nous en affranchir et les offrir à l’hôpital gériatrique à côté de chez nous.

« L’engagement des collaborateurs n’est pas seulement professionnel, d’ailleurs. Moi-même je relaie l’ensemble des initiatives mises en place au niveau local. Une bonne partie de ma journée se passe à répondre à des sollicitations, à mettre des fournisseurs en contact avec des entreprises qui ont des besoins spécifiques en activant tout mon réseau de commerciaux et de clients. De contact en contact, on trouve la bonne solution.

Et après ?

« Nous avons la chance de ne pas avoir arrêté l’activité, même si elle se poursuit en mode dégradé. Les équipes de conception et de support sont en télétravail, l’équipe de production n’est pas complète, ce qui affecte sa vitesse de travail et donc son efficacité.

« Ceci dit, nous nous heurtons à deux problématiques majeures. Une problématique d’entrant : 20 % de nos fournisseurs sont fermés, les approvisionnements n’arrivent pas, et si certaines pièces manquent, la machine ne peut pas fonctionner ! Et une problématique de sortant : nous vendons des machines spéciales, le client a besoin de les pré-réceptionner chez nous, et nous les mettons en route chez lui. Mais à cause de l’épidémie, les clients ne se déplacent pas et ne réceptionnent pas le matériel, je ne peux pas leur expédier ni leur envoyer des techniciens.

« C’est une vraie question dans la mesure où nous réalisons 85 % de notre chiffre d’affaires à l’export, aux quatre coins du monde. Je vous laisse imaginer les questions des techniciens du service après-vente ! »

 

Propos recueillis par Pascal de Rauglaudre

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