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Des bactéries qui produisent du plastique recyclable ?

Ce n’est plus de la science fiction, le programme BluEcoPha vient de le prouver, les bactéries de l'océan transforment les déchets en plastique. Thierry Varlet, un des acteurs du projet, raconte cette aventure scientifique très prometteuse.

 

En France, 20 % à peine des déchets d’emballages en plastique sont valorisés. Un taux insuffisant qui préoccupait les entreprises membres de Breizpack, le réseau breton d’industriels de l’emballage et de l’agro-alimentaire : « Elles nous demandaient des matériaux respectueux de l’avenir en termes de ressources et de traitement des déchets », se souvient Thierry Varlet, délégué de Breizpack.

Breizpack a donc participé au montage de BluEcoPha, un programme de recherche collaboratif qui visait à développer des matières plastiques biodégradables et compostables en fin de vie, à partir de ressources réellement renouvelables. « Nous sommes partis d’une philosophie : concevoir un matériau ‘de la terre à la terre’ pour créer un cycle vertueux de la matière. »

Un matériau « de la terre à la terre »

Dès le départ, un consortium d’acteurs des biotechnologies et matériaux, de l’agroalimentaire et du développement durable s’est engagé dans le projet. Il comprenait plusieurs grandes entreprises industrielles (Triballat-Noyal, Séché Environnement, Europlastique, Elixance) et deux laboratoires de recherches (Chimie des procédés de l’Ecole nationale supérieur de chimie de Rennes et le Laboratoire d’ingénierie des matériaux de Bretagne de l’Université de Bretagne sud), avec le soutien de l’Ademe.

« Déjà en 1920, des scientifiques avaient trouvé des bactéries capables de produire une substance de réserve. Cette substance n’était pas de la graisse (comme chez les humains) mais un polymère qu’elles pouvaient dégrader quand elles en avaient besoin. Plus récemment, l’Ifremer a identifié dans les fosses abyssales encore d’autres bactéries capables de produire des bioplastiques. »

Les bactéries marines peuvent se nourrir de substances de base : glucides des fruits et légumes, substrats issus du lait… Elles les fermentent et en produisent un polymère qu’elles stockent pour le consommer quand elles sont en situation de stress.

Ce polymère, le polyhydroxyalcanoate (PHA), présente plusieurs propriétés très intéressantes : il est biodégradable, compostable sur la terre comme dans la mer, étanche aux gaz et surtout thermoplastique, c’est-à-dire modelable à température élevée.
Une alternative sérieuse aux plastiques pétrochimiques

Il peut servir dans la fabrication d’emballages alimentaires mais aussi de pièces en plastique. « Le PHA est déjà utilisé dans la médecine, pour des fils de suture, par exemple, car il se dégrade facilement dans le corps humain. » Il représente donc une alternative sérieuse et écologique aux plastiques issus de la pétrochimie.

Lancé le 1er mai 2015, BluEcoPha s’est étalé sur trente mois. Les chercheurs ont d’abord défini les conditions opératoires optimales de production du PHA par les bactéries. Puis ils ont isolé une souche vedette, qui tirera le meilleur profit des coproduits agro-alimentaires des entreprises bretonnes.

Enfin, en 2017, le consortium s’est lancé dans la production de bioplastique. Un premier essai sur un fermenteur de 30 m3 a eu lieu en février de l’année dernière.

Prochaines étapes : construire un site pilote de production de plastiques biosourcés, ce qui devrait être fait dans le courant de l’année 2018, et mettre en place une filière locale en valorisant les déchets de l’industrie agroalimentaire. Une aventure à suivre !

 

BluEcoPha

 

Pascal de Rauglaudre

 

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