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La révolution
du féminin
est en marche

Le féminisme a fait entrer l’humanité dans un nouveau stade de son histoire, soutient la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, qui participera au Parlement du Féminin le 18 décembre.

Avec le féminisme, l’humanité est entrée dans un nouveau stade de son histoire, soutient la philosophe Camille Froidevaux-Metterie, auteur de La révolution du féminin (NRF-Gallimard, 2015), entre autres essais. Elle participera au Parlement du Féminin le 18 décembre.

Entrepreneurs d’avenir – Dans votre ouvrage La révolution du féminin, vous faites l’hypothèse que le féminisme a contribué à l’avènement d’un « nouveau stade dans l’histoire de l’humanité ». Pouvez-vous caractériser ce « nouveau stade » ?
 
Camille Froidevaux-Metterie – Lors de sa deuxième vague, dans les années 1970, le féminisme a enclenché une puissante dynamique d’égalisation des conditions féminine et masculine dont la portée n’est pas toujours bien mesurée. Ce n’est pas seulement que les femmes ont été libérées de leur assignation domestique et qu’elles sont devenues pleinement légitimes dans la vie sociale, c’est la structuration de notre monde commun qui s’en est trouvée bouleversée. La division sexuée du monde qui, depuis toujours, opposait une sphère privée-féminine et une sphère publique-masculine a progressivement cédé la place à une nouvelle organisation articulant trois ordres : le public-politique, le privé-social et l’intime-familial, trois ordres au sein desquels les individus des deux sexes possèdent en droit la même légitimité. Dans nos sociétés occidentales (car c’est évidemment dans ce seul cadre que la révolution féministe a joué à plein), nous sommes engagés dans un processus de convergence des genres qui voit les rôles et les fonctions progressivement se désexualiser… Il s’agit évidemment d’un horizon car il y a encore bien des étapes à franchir avant que n’advienne un individu générique.
 
Vous dites que les femmes sont en train de se réapproprier leur corps. Qu’entendez-vous pas là ?
Depuis Simone de Beauvoir, le corps des femmes est considéré comme le lieu par excellence de la domination masculine. C’est bien le contrôle par les hommes de la sexualité et de la procréativité des femmes qui a justifié leur subordination tout au long des siècles. La deuxième vague féministe s’est ainsi concentrée sur ces questions pour réclamer que les femmes puissent maîtriser leur nature procréatrice. Les études de genre ont ensuite permis de repérer et de déconstruire les mécanismes par lesquels on les réduisait à leur corps. Mais ce lien très étroit établi entre corporéité féminine et aliénation a également nourri une certaine dévalorisation du corps féminin, comme si l’émancipation devait être synonyme de désincarnation. C’est ce qui me paraît aujourd’hui remis en cause. La mobilisation de jeunes féministes autour de thématiques corporelles, notamment liées à la génitalité féminine, me semble témoigner de ce mouvement de réappropriation positive de leur corps par les femmes. L’enjeu n’est pas de les réassigner à leur prétendue nature mais de saisir leur existence incarnée au prisme de la liberté et de l’égalité.
 
Ce mois-ci, le comportement prédateur du producteur américain Harvey Weinstein a éclaté au grand jour, éclaboussant le milieu du cinéma français. En tant que philosophe, quel regard portez-vous sur ces révélations ? Pensez-vous qu’elles vont faire avancer la cause des femmes ?
Je l’espère. J’avais été frappée du peu d’effets de l’affaire Strauss-Kahn. Je m’étais alors dit que l’énormité de l’affaire et l’envergure du personnage avaient comme dissimulé derrière l’extraordinaire toutes les manifestations de sexisme « ordinaire ». La parole s’est cependant libérée peu à peu, révélations après révélations. Ce qui est en jeu, c’est la possibilité pour les femmes, non seulement de parler, mais surtout d’être entendues et prises au sérieux sur ce sujet corporel par excellence. C’est ensuite dans le domaine pédagogique qu’il faut réagir. J’ai toujours pensé qu’il serait opportun de concevoir une « éducation à la sexuation » dans le cadre du collège. Il s’agirait d’accompagner les filles et les garçons durant ces années décisives où leurs corps sexués se découvrent afin qu’ils saisissent l’importance du respect de leur propre corps et de celui d’autrui. Ne pas s’en tenir à une approche sanitaire et biologique de la sexualité, mais parler aussi de désir et de plaisir, d’orientations sexuelles plurielles, de choix libres et de consentement. Ce que les scandales récents mettent au jour, en somme, c’est la nécessité d’une éducation féministe des garçons.
 
Propos recueillis par Pascal de Rauglaudre

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