Partenaire fondateur

«Le leader d’aujourd’hui doit incarner une vision de progrès et d’espérance»

Au Parlement des Entrepreneurs d’avenir, Hubert de Boisredon, pdg d’Armor, a livré sa vision de ce que doit être le leadership aujourd’hui.





En quelques années, Armor, une ETI nantaise spécialisée dans la chimie des encres et les technologies d’impression, est devenue leader mondial dans son secteur. Hubert de Boisredon, son pdg, qui a participé au Parlement des Entrepreneurs d’avenir décrypte les raisons de ce succès, qui mêle co-industrialisastion et développement durable.

Entrepreneurs d’avenir – Pourquoi êtes-vous intervenu au Parlement des Entrepreneurs d’avenir ?

Hubert de Boisredon – Trois raisons m’y ont poussé. Tout d’abord, le projet industriel d’Armor, qui repose sur l’innovation dans les énergies renouvelables et la transition énergétique, peut inspirer d’autres entrepreneurs. Par ailleurs, avec un chiffre d’affaires de 245 millions d’euros et 1800 salariés, Armor est un bon exemple d’ETI dont la France a besoin pour se développer et créer de l’emploi. Enfin, je crois profondément en un style de management collaboratif, plus anthropogène qu’anthropophage, basé sur la confiance et l’esprit d’équipe. C’est l’occasion de témoigner de cette expérience.

Justement, de quel type de leaders notre époque a-t-elle besoin selon vous ?

Les leaders d’aujourd’hui doivent incarner une vision de progrès et d’espérance. En tant que pdg d’Armor, je veux imaginer des process d’impression respectueux de l’environnement ou une voiture électrique propre, et plus largement contribuer à trouver des solutions aux défis contemporains, le changement climatique, l’accès à l’électricité en Afrique, etc. Et pour cela, il faut un management par la confiance, basé sur une vision de l’entreprise qui donne du sens et laisse les individus s’épanouir dans leurs talents.

Vous avez ouvert plusieurs filiales à l’étranger, mais comment maintenir un modèle sociétal et environnemental exigeant dans des pays qui le sont moins ?

Nous avons fait le choix de la co-industrialisation : les produits semi-finis sont fabriqués dans l’usine de Nantes, et envoyés à la découpe dans nos filiales aux Etats-Unis, au Brésil, en Chine, etc. Là-bas, nous appliquons les normes d’Armor en France. De plus, en fabriquant plus près de nos clients, nous réduisons les distances de livraison, entre 3 et 5 jours, et donc les coûts et les impacts sur l’environnement.

Vous souhaitez encourager la robotisation dans votre usine. Est-ce compatible avec une démarche sociétale ?

Tout à fait. Armor connaît depuis dix ans une croissance moyenne de 8 % par an en volume parce que les parts de marché que nous gagnons ailleurs tirent la production de l’usine de Nantes. Dans ce modèle anti-délocalisation, la croissance des pays émergents profite à celle de la France. La productivité issue de la robotisation aide à absorber la hausse des coûts du travail en France, et donc à maintenir l’emploi, tout en faisant évoluer les carrières de nos employés. Nous avons créé une université Armor qui délivre des CAP, des BEP et des bacs pro en pilotage de machines robotisées. Sans robotisation, impossible d’être suffisamment compétitif pour conserver l’emploi en France et faire évoluer les salaires et la formation. Et puis la robotisation diminue la pénibilité du travail physique.

Votre sensibilité sociétale et environnementale vient-elle de vos études à HEC ?

Je dirais qu’elle vient plutôt de mes deux premières expériences professionnelles ! À ma sortie d’HEC, je suis parti en coopération dans des bidonvilles du Chili. Pendant sept ans, j’ai travaillé dans une banque de micro-crédit, Contigo, qui a créé 50 000 micro-entreprises. J’ai acquis la conviction qu’il y avait dans l’être humain un potentiel énorme d’entrepreneuriat et de créativité. L’autre expérience, c’était en Chine, où je devais acquérir des sociétés chinoises pour le compte de Rhodia [Solvay aujourd’hui]. J’ai vu dans certaines sociétés chinoises de l’époque tout l’inverse de la RSE, c’est-à-dire le non-respect total des droits du travail et de l’environnement : zéro protection sociale, absence de mesures de sécurité, pollution des rivières et des nappes phréatiques, etc. Là, j’ai vraiment pris conscience des dégâts infligés par les activités industrielles sur la vie des gens et la nature. Et mon rôle a été de les faire évoluer dans la culture de Rhodia, qui est respectueuse de l’homme et de l’environnement. Cela m’a inspiré pour Armor.

Propos recueillis par Pascal de Rauglaudre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *