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Le mégot, une ressource inattendue

Sale, polluant et fléau des stations d’épuration : le mégot est un cauchemar pour l’environnement. Mais il représente aussi un gisement inédit de matières premières, que Bastien Lucas compte bien exploiter. Cet entrepreneur breton a monté MéGO, la première filière de traitement des mégots qu’il transforme en matière plastique réutilisable. En 2018, il part à la conquête des fumeurs français. Un exemple idéal d’économie circulaire.


Ne jetez plus vos mégots par terre, ils sont une matière première précieuse ! Bastien Lucas, directeur d’Eco Action +, une société de Brest spécialisée dans la collecte des déchets de bureau (papiers, cannettes, gobelets…), se fait fort de les valoriser.

Ses clients le sollicitaient sur la collecte des mégots de cigarette. Ça l’a incité à fonder MéGO pour mettre sur pied une véritable filière de traitement du mégot, capable d’en assurer la traçabilité.

Le mégot est un déchet très complexe, qui contient des colorants, des colles, des solvants, des composés organiques volatiles, de la peinture… « Avant de le recycler, il fallait connaître sa composition, et nous avons dû faire appel à des chimistes pour l’analyser », précise Bastien Lucas.

Le mégot est aussi très polluant. Il contient 10 % de substances toxiques (nicotine, goudron, phénol, PCB, méthanol, insecticides…) qui polluent les eaux pluviales et ont un impact dévastateur sur la biodiversité : un seul mégot souille un litre d’eau douce et 500 litres d’eau potable. « Son traitement doit suivre les mêmes procédures que celles des déchets dangereux. Mais à la sortie, le produit ne l’est plus du tout. »

Cinq étapes pour recycler un mégot

Le processus imaginé par MéGO pour traiter les mégots tient en cinq étapes.

La collecte et le stockage des mégots : « Nous mettons en place des cendriers chez nos clients, et nous les vidons au minimum une fois par trimestre. Les mégots sont stockés dans des bidons hermétiques avant d’être traités. »

Le tri : les lots sont triés manuellement sur le site de MéGO pour éliminer les autres déchets (paquets de cigarettes, aluminium, allumettes…). « C’est une étape fastidieuse, difficile à mécaniser car on ne sait pas automatiser la différence entre un mégot et un autre déchet. »

Le nettoyage du mégot : c’est le plus gros challenge, car il faut dépolluer en circuit fermé. « Les mégots sont plongés dans des bains d’eau de pluie, sans énergie ni détergents, pour éliminer la nicotine et les goudrons. À la fin, il ne reste que le filtre, à base d’acétate de cellulose, un polymère inoffensif issu de la pétrochimie. Quant à l’eau, nous la dépolluons nous-mêmes pour la réutiliser et ne pas nuire à l’environnement. »

Le séchage et le broyage fin des filtres.

La thermo-compression : les filtres broyés sont compressés et portés à une température élevée, et ils ressortent sous forme de plaques de plastique rigide. « Ce plastique ne peut pas encore être considéré comme une matière première, pour des questions règlementaires, mais il conserve son statut de déchet. Ce qui n’empêche pas de l’utiliser pour fabriquer des objets. »


Un exemple idéal d’économie circulaire

Aujourd’hui, MéGO utilise ce plastique pour produire des poubelles de rue et des collecteurs à chewing-gum. Ultérieurement, Bastien Lucas n’exclut pas d’élargir sa gamme de produits, avec l’aide d’une designeuse, ou de vendre sa production à des industriels pour des couvercles à composteur, des hélices de drones, etc.

Dans l’année qui vient, il compte étoffer ses équipes pour augmenter sa production, accélérer son développement commercial et mailler le territoire national. « Chaque minute, on jette 8 millions de mégots dans le monde : c’est une matière première quasi-finie ! Nous voulons que d’ici un an ou deux, les gens associent systématiquement MéGO au recyclage des mégots. »

En savoir plus sur le recyclage des mégots par MéGO

Texte Pascal de Rauglaudre

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