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Le peuple contre la démocratie

La démocratie a-t-elle un avenir ? Rien n’est moins sûr, avertit le politologue Yascha Mounk, dans une analyse pertinente des maux qui minent notre système politique. Mais la cause de la démocratie n’est pas encore perdue, et il avance plusieurs solutions pour y remédier.

 

L’avez-vous remarqué ? Depuis quelques années les étagères des librairies s’alourdissent d’essais qui scrutent la santé des démocraties occidentales. Leurs titres se veulent prophétiques : L’hiver de la démocratie, Comment les démocraties meurent, La route de la non-liberté, Le recul du libéralisme occidental, Le destin de l’Occident…
Un nouvel essai très accessible, Le peuple contre la démocratie, de Yascha Mounk, vient ajouter sa pierre à ces réflexions. Yascha Mounk est un jeune politologue de l’Université d’Harvard, et un chroniqueur de la politique contemporaine dans les médias américains. Il considère que la menace la plus pressante sur la démocratie vient du populisme d’extrême-droite, qui gagne du terrain dans toutes les grandes démocraties, l’élection de Donald Trump en étant le paroxysme.
D’après Yascha Mounk, deux fondements de l’ordre politique de l’après-guerre sont aujourd’hui remis en question. Un : les démocraties d’Amérique du Nord et d’Europe ne sont pas éternelles. Deux : le libéralisme et la démocratie, autrement dit l’État de droit et la volonté populaire, sont entrés en conflit : « Les préférences des peuples sont devenues de plus en plus antilibérales », observe-t-il.

Démocratie sans droits, ou droits sans démocratie ?

Préoccupé par le populisme, qu’il caractérise comme « la démocratie sans les droits », Yascha Mounk avance l’idée que le problème est aussi celui des « droits sans la démocratie ». Le libéralisme non-démocratique s’explique par le pouvoir croissant d’institutions non-élues, comme les agences indépendantes de régulation, les bureaucraties, y compris celle de l’Union européenne, les cours de justice, et la coupure de plus en plus nette entre les élus et leurs électeurs.
Dans sa démonstration, Yascha Mounk identifie trois grands développements à l’origine de l’instabilité contemporaine de la démocratie. Tout d’abord, la stagnation économique et l’accroissement des inégalités ont remplacé la forte croissance et les inégalités plus faibles qui ont fait le socle de la démocratie au 20e siècle. Puis les vagues d’immigration ont encouragé la grande rébellion contre le pluralisme ethnique et culturel. Enfin, les nouvelles technologies de communication, en court-circuitant les anciens filtres médiatiques, ont accordé plus d’audience à des voix « illibérales » auparavant marginalisées.
L’analyse du populisme par Yascha Mounk va au-delà des analyses habituelles des personnes ou des mouvements sulfureux. Mais en survolant à grands traits le paysage politique, il néglige quelques nuances. Sa vision du populisme comme une épidémie mondiale, par exemple, surestime le phénomène. Le populisme n’augmente pas partout dans le monde, il ne sévit pas en Afrique sub-saharienne, ni au Moyen-Orient, ni en Asie de l’Est, et il décline en Amérique latine. En Europe même, ce virus ne se répand pas si vite qu’on le suppose.

Trois pistes de solutions

Après son diagnostic des systèmes politiques, Yascha Mounk se veut optimiste et lance un appel à l’action en trois points. D’abord, un nouvel État-Providence, qui passerait par une réforme profonde des politiques économiques pour améliorer les niveaux de vie et réduire les inégalités. Ensuite, la « domestication » du nationalisme qui exclut, par un « patriotisme inclusif » qui recrée un sentiment de communauté chez les citoyens. Enfin, un renouvellement de la confiance des citoyens dans leur propre système démocratique, grâce à des cours d’éducation civique.
Ces pistes, qui peuvent paraître un peu rapides, abordent des questions très larges, de la fiscalité à la compétitivité économique, aux bénéfices sociaux et au logement. Leur application risque de se heurter à de nombreux obstacles politiques, comme on le voit dans les débats contemporains. Mais pour la bonne santé de nos démocraties et de nos libertés, les responsables politiques devraient en tenir davantage compte.

 

Le Peuple contre la démocratie, de Yascha Mounk, Ed. de l’Observatoire, 2018, 528 p., 23,50 €.

 

Pascal de Rauglaudre

 

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