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L’égalité femmes hommes ? Il y a encore du boulot

L’égalité professionnelle femmes-hommes est loin d’être acquise, juge Corinne Hirsch, membre fondatrice du Laboratoire de l’égalité, qui réunit 1200 expertes et experts. Alors que beaucoup a été fait pour promouvoir l’égalité, les chiffres bougent peu. Dernière idée du laboratoire qui sera portée lors du Parlement du Féminin : modifier la Constitution de la 5e République pour inscrire l’égalité femme homme tout en haut de la hiérarchie des normes. Le laboratoire participera au Parlement le 18 décembre.


Membre fondatrice du Laboratoire de l’égalité, Corinne Hirsch a créé le cabinet conseil Aequiso pour aider les entreprises à développer leur politique de mixité « avec enthousiasme et efficacité ». En matière d’égalité professionnelle, son constat est sans appel : on est encore loin du compte.

Entrepreneurs d’avenir – Vous participez au Laboratoire de l’égalité. Quel est son objectif ?

Corinne Hirsch – Il est né dans les années 2008-2009, à partir d’un constat. Les études statistiques qui prouvent les inégalités abondent, les campagnes de sensibilisation se multiplient, l’arsenal législatif est consistant. Et pourtant, les chiffres bougent peu. Il faut donc aller plus loin et rassembler toutes les bonnes volontés qui agissent dans leur domaine de compétence : chercheur-e-s qui mesurent les inégalités, entreprises, associations et réseaux de femmes, élu-e-s, partenaires sociaux, syndicats, médias… Le laboratoire réunit donc 1200 expertes et experts du sujet. Surtout, c’est une organisation mixte, qui comprend 30 % d’hommes, et plurielle du point de vue politique.

Quelles sont ses réalisations concrètes ?
Notre première mission est d’élaborer des propositions concrètes à destination des décideurs publics et privés. Nous avons soumis un Pacte pour l’égalité aux candidates et candidats à l’élection présidentielle, qu’Emmanuel Macron a signé. Il prévoit trois axes majeurs : l’accès aux responsabilités et l’autonomie des femmes, avec un focus sur la lutte contre la précarité, qui les touche particulièrement ; la construction d’une culture de l’égalité durable, pour que l’éducation à l’égalité soit renforcée dans tous les cursus éducatifs et de formation ; la révolution des temps, pour atteindre notamment un partage égalitaire de la parentalité. 75 % du temps domestique et familial est encore porté par les femmes : il faut le rééquilibrer si l’on veut améliorer l’insertion professionnelle des femmes.
Depuis une quinzaine d’années, les réseaux féminins se sont multipliés. N’y a-t-il pas là une perte d’énergie et d’efficacité ?
Tant que l’on n’aura pas atteint l’égalité entre hommes et femmes, toutes les initiatives seront bonnes à prendre. Et puis il ne vous vient pas à l’esprit de remarquer qu’il y a trop de réseaux masculins et de lieux où ils se réunissent entre eux ! Par exemple, les associations d’anciens d’HEC ou de l’ESSEC sont fréquentées principalement par des hommes. Pourtant, les promotions contiennent 50 % de femmes depuis longtemps : où sont-elles passées ?
Les réseaux de femmes ne risquent-ils pas de les enfermer dans des ghettos ?
Non, ce sont des espaces où elles apprennent à networker et à se mettre en visibilité, à échanger pour comprendre les codes implicites des entreprises. Le monde de l’entreprise a été créé par des hommes pour des hommes, et les hommes savent « naturellement » se coopter pour progresser dans leur carrière. Les réseaux de femmes expliquent aux femmes que si leur carrière est bloquée, ce n’est pas parce qu’elles sont mauvaises, mais parce que les blocages sont systémiques.
Vous soutenez un projet de modification de la Constitution. En quoi consiste-t-il ?

Le premier article de la Constitution assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Nous voulons ajouter : ‘et de toutes les citoyennes’ ainsi que ‘et de sexe’ pour rendre les femmes visibles. Et dans le paragraphe suivant, ‘La loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives’, nous voulons remplacer ‘favorise’ par ‘garantit’. Pourquoi ? Le Conseil constitutionnel a retoqué des textes de lois qui allaient plus loin dans l’égalité, sous prétexte qu’ils n’étaient pas conformes à la Constitution. Pour adopter la loi Copé-Zimmermann sur la parité dans les conseils d’administration, par exemple, il a fallu changer la Constitution. Il faudrait profiter du prochain Congrès, qui se réunira en 2018, pour inscrire définitivement l’égalité entre femmes et hommes au sommet de la hiérarchie des normes.

Pourquoi participez-vous au Parlement du féminin ?
Entrepreneurs d’avenir a souhaité associer les principales associations qui agissent en faveur de l’égalité entre femmes et hommes. Il était logique que le Laboratoire de l’égalité en fasse partie. Toutes les occasions de sensibiliser l’opinion publique sur le sujet, ou de mettre en valeur des actions ou des parcours emblématiques sont bonnes à prendre.

Propos recueillis par Pascal de Rauglaudre

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