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« L’entreprise à mission va disrupter le capitalisme »

L’entreprise à mission va-t-elle enfin être consacrée par la loi ? La loi Pacte, qui est débattue à l’Assemblée nationale, devrait lui donner une existence légale. Pour Emery Jacquillat, pdg de la Camif, qu’il a transformée en entreprise à mission au printemps, la création de ce nouveau statut est un vrai progrès : l’inscription d’une mission sociale et environnementale dans les statuts engagera plus fortement l’entreprise.

 

Entrepreneurs d’avenir – Comment avez-vous perçu la démission de Nicolas Hulot ?
Emery Jacquillat – C’est un signal fort, qui montre que l’écologie politique ne fonctionne pas, et que le politique ne sait pas gérer l’urgence environnementale. Que reste-t-il comme acteurs de changement dans la société ? Les citoyens et les entreprises. Les entreprises à mission répondent au besoin de sens manifesté par les employés et les clients. Tout l’enjeu consiste à transformer les entreprises classiques en entreprises à mission.

Le projet de loi Pacte qui sera discuté au Parlement cet automne va-t-il assez loin selon vous ?
Nous, c’est-à-dire la communauté des entreprises à mission, souhaitons que la loi caractérise l’entreprise à mission, selon les quatre points évoqués dans le rapport Notat Senard. D’abord la mission doit mentionner un impact environnemental ou social positif et être inscrite dans les statuts pour engager l’entreprise. La gouvernance, ensuite : un comité d’impact, différent du conseil d’administration, doit réunir les parties prenantes pour apporter un regard critique sur la mission et la démarche de l’entreprise. L’évaluation : l’entreprise rend compte de ses engagements par des indicateurs dans ses rapports RSE ou sur son site Internet. L’engagement, enfin : les dirigeants s’engagent à agir dans l’intérêt propre de l’entreprise et pas seulement dans celui de l’actionnaire. Nous travaillons à un projet d’amendement qui contient toutes ces dimensions.

Au printemps le Medef s’est montré réservé sur l’inscription des exigences de responsabilité sociale dans le code civil. Comment expliquez-vous ces réserves ? D’abord, il n’avait pas encore changé de président à ce moment-là ! Le Medef doit se réformer en profondeur pour mieux intégrer la place de l’entreprise dans la société et être plus représentatif des chefs d’entreprise d’aujourd’hui. D’après un sondage Viavoice HEC, 68 % des chefs d’entreprise sont favorables au statut d’entreprise à mission, c’est un bon signe ! Quand j’ai entendu ce qui s’est dit aux Universités d’été du Medef, fin août, j’ai compris que c’était en train de changer.

Peut-on imaginer qu’un grand groupe comme Danone se transforme en entreprise à mission ?
Oui, mais ce changement de statut est plus difficile pour une grande entreprise cotée, car il faut convaincre tous les actionnaires. Ceci dit, Danone vient de racheter une entreprise américaine BCorp : c’est une bonne nouvelle qu’un grand groupe s’intéresse à l’entreprise à mission et s’interroge sur ses propres pratiques. On n’arrivera pas à répondre aux enjeux de société si les grosses boîtes ne bougent pas.

La « mission sociétale » de l’entreprise à mission est-elle compatible avec les objectifs de rentabilité réclamés par les actionnaires ?
Ça dépend des actionnaires. Je fais la différence entre l’actionnaire qui reste une micro seconde dans le capital et l’actionnariat familial, qui dure depuis plusieurs générations. Exiger un rendement très élevé montre ses limites : ça assèche les entreprises et leur territoire, sans se préoccuper du long terme. À la Camif, nous sommes accompagnés par le fonds d’impact investing Citizen Capital : il a compris que dans la durée, l’entreprise qui prend en compte les enjeux sociaux et environnementaux crée davantage de valeur. Voyez aussi BlackRock, le fonds spéculatif, qui veut obliger les entreprises à se saisir des enjeux environnementaux.

Emmanuel Macron a récemment déclaré : « Dégager des profits, c’est aussi avoir une responsabilité sociale et environnementale. » N’est-ce pas contre-intuitif ?
L’entreprise ne peut pas être durable sans dégager de profit, mais le profit n’est pas un but en soi. Il ne doit pas se faire au détriment du territoire, de l’environnement ou des parties prenantes. Il est la résultante de l’efficacité sociale et environnementale des entreprises et il doit être mieux partagé. Faire du profit tout en ayant un impact positif sur la société, ce n’est pas incompatible. Moi je crois au pouvoir de l’entreprise !

Quelle sera l’étape d’après l’entreprise à mission ?
La fin du capitalisme.

Vous êtes sérieux ?
Oui, je pense que le capitalisme va se faire disrupter par l’entreprise à mission ! Il va être obligé de devenir plus responsable. Les entreprises qui ne seront pas sincères sur les enjeux de société disparaîtront.

 

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Twitter : @emery79 | @camif_

 

Pascal de Rauglaudre

 

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Une pensée sur “« L’entreprise à mission va disrupter le capitalisme »”

  1. Une excellente et étonnante illustration des théories de l’économie évolutionniste (cf Nelson&Winter, Dosi, Marengo, etc.), laissant présager que des composantes de l’ADN des firmes – au sens où le système de valeurs s’incarne dans les pratiques business – détermineront celles qui survivent et font des émules, vs celles qui disparaissent et deviennent ‘has been’ (= que personne n’a envie d’imiter). Quand l’économie suit la pente de la nature, il faut l’encourager !

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