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Les évangélistes de la flexibilité

En France, la flexibilité du travail a mauvaise presse. Et pourtant, elle répond à une réelle demande des salariés et des employeurs. House of Cadres en a fait le principe de base de sa plateforme de recrutement.


Toutes les études sur l’emploi des cadres le montrent : les cadres réclament plus de souplesse et d’autonomie dans la gestion de leur temps et de leur lieu de travail. Une lame de fond que les entreprises françaises tardent à prendre en compte. Caroline de Tinguy, Judy Raffray et Caroline de la Tournelle en ont fait l’expérience : après plusieurs années passées à l’étranger dans des environnements favorables au télétravail ou au temps partiel pour des postes de management, elles se sont heurtées à leur retour en France à une culture présentéiste. Soucieuses de faire évoluer les mentalités, elles ont fondé House of Cadres, une plateforme qui met en relation les cadres et les entreprises capables de leur offrir la flexibilité qu’ils recherchent. Leur conviction : si ça marche à l’étranger, pourquoi pas en France ?

Entrepreneurs d’avenir – La flexibilité au travail a plutôt mauvaise presse en France. Comment l’expliquez-vous ?


House of cadres – En France, la flexibilité est traditionnellement associée à une organisation imposée au salarié par l’entreprise : recours à l’interim, au CDD, aux horaires décalés… Il existe pourtant une autre forme de flexibilité choisie par le salarié, que les Anglais appellent le « flexible working », c’est-à-dire la possibilité d’adapter son organisation de travail à ses contraintes ou aspirations personnelles. Ce qui bloque son développement en France, ce ne sont ni les outils technologiques, ni le cadre juridique, mais plutôt une culture d’entreprise qui privilégie la présence au résultat. Rester tard le soir est perçu comme un signe d’engagement en France, mais comme un manque d’efficacité aux Etats-Unis ou en Angleterre. Autre frein culturel propre à la France : la volonté de contrôle du management, quand celui des pays anglo-saxons se concentre sur les résultats et donne plus d’autonomie à ses équipes.

Quelles solutions House of Cadres propose pour encourager la flexibilité ?

Nous avons créé une plateforme pour mettre en contact les entreprises et les cadres qui partagent le même état d’esprit sur la flexibilité. Nous y avons associé un portail d’information pour partager les bonnes pratiques d’entreprises françaises ou étrangères, tous secteurs et tailles confondus, en matière de souplesse au travail : chacun peut donc s’approprier la notion de flexibilité et se faire une idée de ce qu’elle signifie au quotidien dans les entreprises. Nous effectuons également une sensibilisation aux enjeux du travail flexible dans les entreprises auprès des dirigeants et des managers.


Le secteur du recrutement est déjà très concurrentiel. Concrètement, en quoi votre offre se distingue-t-elle de celle d’autres chasseurs de tête ?

L’APEC, Cadremploi ou LinkedIn, pour ne citer que les plus connus, s’adressent à des cadres qui cherchent un CDI classique sans valoriser les possibilités de souplesse. La recherche d’un job flexible en 4/5e, avec possibilité de télétravail ou des horaires souples sur ces sites relève du défi : vous devez éplucher les offres une à une pour repérer celles qui proposent du télétravail ou du temps partiel. À l’inverse, si une PME qui a besoin d’un directeur juridique 2 ou 3 jours par semaine seulement, poste sa demande sur l’un de ces sites, comment touchera-t-elle ceux qui cherchent de la flexibilité ? Sur le site de House of Cadres, sa demande est mise en avant et elle a la possibilité d’atteindre les profils expérimentés qui correspondent à ses besoins. House of Cadres donne donc de la visibilité à un marché qui est actuellement caché.


Comment travailler en équipe quand chacun aménage son emploi du temps comme il veut ou travaille à distance ?


Il n’y a pas deux entreprises, voire deux équipes qui fonctionnent de la même manière. Les entreprises qui donnent de la souplesse à leurs collaborateurs fonctionnent en mode projet. Elles s’appuient sur des guidelines précises, par exemple en se mettant d’accord sur un jour de présence commun pour faire un point d’équipe. Les réunions peuvent aussi se tenir à distance, grâce à des outils de visio-conférence performants. Il faut juste réfléchir en amont avec les équipes à la meilleure organisation possible, en tenant compte de leurs objectifs et du fonctionnement de chacun.



La flexibilité n’engendre-t-elle pas des coûts supplémentaires pour les entreprises ?


Au contraire, contrairement au turnover, qui, lui, coûte très cher, le travail flexible est source de performance durable. Tout ce que l’entreprise peut proposer pour retenir ses talents, comme une organisation de travail plus souple ou autonome, limitera le turnover. Les grandes entreprises les plus avancées sur le sujet l’ont parfaitement compris, et des études menées dans les pays anglo-saxons ont montré que la productivité augmentait dans les entreprises qui avaient introduit des pratiques de travail flexible. La flexibilité améliore aussi le bien-être au travail, et l’équilibre vie pro/vie perso, ce qui en retour diminue l’absentéisme et augmente l’engagement. Bref l’entreprise s’y retrouve largement !

House of cadres a été créé par Caroline de Tinguy, Caroline de la Tournelle et Judy Raffray.

Propos recueilis par Pascal de Rauglaudre

Photo Olivier Ezratty

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