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« L’Opéra Comique est un lieu très symbolique de la féminité »

Depuis 400 ans, l’Opéra Comique a vu passer quelques-unes des plus grandes divas de l’opéra. Mais en décembre, cette salle mythique accueillera pour la première fois le Parlement du Féminin : une journée qui réunira des intervenants.es de renom pour réfléchir à de nouveaux rapports économiques et à un nouvel humanisme plus inclusif. Olivier Mantei, son directeur, explique pourquoi l’Opéra Comique est le lieu idéal pour organiser cet événement.


Sur les planches de l’Opéra Comique, prestigieuse maison qui a fêté ses trois siècles en 2015, ont chanté les plus grandes divas de l’art lyrique. Mais en décembre prochain, ce sont d’autres voix qu’on y entendra : celles, très engagées, du premier Parlement du féminin. Olivier Mantei, directeur de l’Opéra comique, explique pourquoi c’est un lieu légitime pour accueillir un événement dédié aux femmes.

Entrepreneurs d’avenir – Pourquoi avez-vous accepté d’accueillir le Parlement du Féminin à l’Opéra Comique ?

Olivier Mantei – En prenant la direction de l’Opéra Comique, j’avais plusieurs ambitions : rajeunir l’opéra, le rendre plus accessible pour toucher de nouveaux publics, renouveler le modèle de production et aussi favoriser les collaborations internationales. Mais je me suis rendu compte que des enjeux sociétaux forts se posaient dans une entreprise publique culturelle comme l’Opéra comique. J’ai donc engagé l’établissement dans le projet de double labellisation du ministère de la Culture sur l’égalité et la diversité, ce qui représente beaucoup de contraintes, d’investissements et de remises en question. Ceci dit, les enjeux sociétaux ne doivent pas être un frein à l’ambition artistique, au contraire, et nous avons créé la première maîtrise populaire consacrée aux arts de la scène lyrique, sous la direction de Sarah Koné.
En quoi l’Opéra Comique est-il un lieu « féminin » ?
Les symboles de la féminité y sont très forts. Les plus grands chefs-d’œuvre de l’Opéra Comique sont des histoires de femmes ! C’est ici que Carmen, de Georges Bizet, l’opéra le plus populaire du monde, a été créé. Son répertoire contient quelques-unes des plus grandes héroïnes du genre : Lakmé, Mélisande, Manon, etc. Et deux statues de femmes légendaires de l’histoire de l’opéra, Carmen et Manon, décorent le hall d’entrée, tandis que celui de Garnier ne présente que des hommes assis.
L’Opéra Comique est-il encore un lieu de création ?
Bien sûr ! Sur les huit productions que nous prévoyons cette année, il y a sept productions nouvelles, dont deux œuvres contemporaines. L’Opéra Comique ne s’endort pas sur ses acquis, il doit continuer à interroger l’opéra d’aujourd’hui et renouveler son répertoire. La plupart des compositeurs contemporains souhaitent composer un opéra, car c’est la forme la plus complète du spectacle vivant, qui réunit une grande variété de corps de métier : théâtre, musique, voix, création plastique, danse…

Y a-t-il un lien entre l’opéra comme démarche artistique et les questions sociétales ?
Historiquement, l’opéra a toujours été un reflet de la société et du monde, et c’est pour ça qu’il doit être au cœur des préoccupations d’avenir. On peut résumer son histoire en quelques grandes phrases. Monteverdi, qui a composé le premier opéra, voulait refléter dans ses œuvres le monde tel qu’il est. Mozart interpellait le roi sur le monde tel qu’il le voyait, préfigurant la Révolution française. Beethoven, lui, dans son unique opéra, voyait le monde à travers sa propre sensibilité. Et Wagner faisait de ses convictions la perception réelle du monde. Enfin, au 20e siècle, les langages de l’opéra ont explosé : chaque opéra devient un langage en soi. L’opéra du 21e siècle recréera-t-il le lien social qui a éclaté ?

Quels thèmes inspirent les compositeurs d’opéra au 21e siècle ?
Difficile à dire, nous ne sommes qu’au début du siècle ! Mais je peux vous donner quelques pistes. Cet automne, l’Opéra accueille Kein Licht, une œuvre contemporaine déjà récompensée par un prix international. Sur un livret de Elfriede Jelinek, écrivaine autrichienne lauréate du prix Nobel de littérature en 2004, et une mise en scène de Nicolas Stemann et Philippe Manoury, cette création évoque la catastrophe de Fukushima, mais aussi, très brièvement, l’avènement de Donald Trump.

Texte Pascal de Rauglaudre

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