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Luc Jacquet : « L’équipe est à l’image de celui qui la dirige »

Dans « Il était une forêt », son nouveau film, Luc Jacquet emmène ses spectateurs dans un voyage éblouissant au cœur de la forêt tropicale. Un défi technique et managérial à la fois.

C’est au milieu des forêts tropicales que Luc Jacquet est allé planter ses caméras pour son dernier film, « Il était une forêt », réalisé avec le botaniste Francis Hallé. Avec le même talent que celui qu’il a déployé dans « La Marche de l’Empereur », récompensé par l’Oscar du meilleur film documentaire en 2006, il filme les arbres dans toute leur majesté, depuis les racines jusqu’à la cime, et le foisonnement de vie qui les entoure. À travers des images d’une beauté à couper le souffle, il raconte le cycle de vie de ces géants, qui s’étale sur 700 ans. Un défi technique colossal, qui nécessite des qualités managériales solides.

Entrepreneurs d’avenir – Comment fonctionne un tournage ?

Luc Jacquet – Une équipe de cinéma, c’est un fonctionnement extrêmement pyramidal, extrêmement structuré, même si, en ce qui me concerne, je tiens à conserver une structure souple. Aux Etats-Unis, le rôle dévolu au premier assistant n’a rien à voir avec celui du second, tout est extrêmement codifié. Ça permet à chacun de savoir exactement ce qu’il a à faire en situation de tournage, et de ne pas empiéter sur les missions des autres. Au cœur du Pérou, au Gabon et ailleurs, chacun est à sa place. In fine, le réalisateur décide de tout et assume tout le travail de l’équipe.

Le réalisateur est-il une sorte de manager ?

Dans le cinéma, les équipes se mettent au service de la vision du réalisateur. C’est très immodeste de le dire, mais c’est bien comme ça que ça se passe. Le réalisateur est le seul à posséder l’ensemble du film dans sa tête, et son job comme manager consiste à expliquer et à prendre des décisions en permanence sur les solutions proposées par les équipes. Toute la difficulté réside dans la capacité à faire en sorte que le talent de chacun puisse se révéler selon la direction voulue par le réalisateur. Cet équilibre, ces allers-retours, ces discussions, ces réflexions participent de l’essence de ce travail et font qu’il n’y a pas deux réalisateurs qui travaillent de la même manière, car l’équipe est vraiment à l’image de l’homme ou de la femme qui la dirige.

Quel type de manager êtes-vous ?

Je suis plutôt cool, j’essaie de beaucoup écouter les gens avec lesquels je travaille. Je considère que si les gens ont du talent, je dois tirer profit de leur expérience. Si c’est pour leur donner des ordres, ça n’a aucun intérêt. J’essaie toujours d’avoir l’avis de mes chefs de poste, et mon boulot, c’est de trancher, de prendre la décision. Faut-il placer la caméra plus à droite ou à gauche ? Ce n’est jamais une décision objective, ça n’a rien de mécanique : un boulon rentre dans une vis ou pas, mais la position de la caméra mobilise l’ensemble des éléments contenus dans le cadre, et elle peut influencer l’avancement du film.

L’environnement de tournage a-t-il un impact sur votre façon de manager ?

Nous sommes sur des tournages dans des pays très loin de chez nous, contrairement à d’autres réalisateurs qui tournent en studio et rentrent chez eux le soir, donc mon rôle est plutôt celui d’un chef d’expédition. Les équipiers aiment bien participer à mes films car j’assume ce qui est fait, je suis à l’écoute, et je suis très fidèle aux gens avec lesquels je travaille.


À quels obstacles vous êtes-vous heurté ?

Il y en a des milliards ! On passe son temps à gérer, entre ce que vous souhaitez faire avec la nature, ce que la nature vous impose, les moyens dont vous disposez… Luc Besson me confiait qu’être réalisateur, c’est comme un jeu électronique : des morts veulent vous attaquer, et vous devez faire en sorte qu’ils ne parviennent pas à atteindre leur but, donc on est en permanence en train de tuer des monstres ! À la fin, on est fier d’avoir surmonté ces obstacles et cette complexité effroyable.

Dominique Pialot & Pascal de Rauglaudre

Crédit photo Sarah Del Ben

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