Partenaire fondateur

« Arrêtons d’avoir peur des maladies psychiques ! »

Il ne faut plus enfermer les fous mais plutôt vivre avec eux ! Cette idée d’une psychiatrie citoyenne, Marie-Noëlle Besançon, fondatrice des Invités au festin, la défend depuis près de 30 ans. Avec son mari, elle a créé un lieu de vie pour accueillir les personnes en souffrance psychique, un projet qui a été récompensé par de nombreux prix nationaux et internationaux. Aujourd’hui les Invités au festin sont devenus un réseau d’une trentaine de structures qui ont essaimé en France et à l’étranger.

 

 

Les fous ont beaucoup à nous apporter, apprenons à vivre avec eux : c’est le credo de Marie-Noëlle Besançon. Cette « activiste de la psychiatrie citoyenne » a fondé avec son mari les Invités au festin, il y a près de 30 ans. Ensemble ils ont aménagé un ancien couvent de Besançon en lieu d’accueil de jour pour les personnes souffrant de troubles psychiques. C’était en l’an 2000. Depuis, leur projet a essaimé jusqu’à devenir un réseau, IAF Réseau, qui comprend aujourd’hui une trentaine de structures, en France et à l’étranger.

Les Invités au festin ont été distingués par de nombreux prix nationaux et internationaux de l’économie sociale. En 2015, ils ont été lauréats de la première promotion de La France s’engage, le programme de François Hollande.

Entrepreneurs d’avenir – Les Invités au festin se sont développés autour du concept de psychiatrie citoyenne. Qu’entendez-vous par là ?

Marie-Noëlle Besançon – La psychiatrie citoyenne vise à rendre leur citoyenneté à ceux qui l’ont perdu à cause de la maladie ou de l’exclusion. D’après une étude scientifique parue en 2009 dans The Lancet [grande revue médicale anglaise], la France est le pays le plus stigmatisant du monde, avec les Etats-Unis et le Brésil. C’est normal : nous sommes le peuple le plus rationaliste et la folie nous fait peur. C’est pour ça que nous enfermons les malades psychiques. Nous voulons changer le regard des Français sur la souffrance psychique pour qu’il ne soit plus stigmatisant.

En tant que professionnelle de la psychiatrie, constatez-vous une augmentation des troubles psychiques ?

Aujourd’hui, une personne sur cinq souffre de problèmes psychiques. 20 % de la population française ! C’est la deuxième cause d’arrêt de travail, et elle risque de devenir bientôt la première. Ce problème de santé publique est immense. Les personnes qui souffrent de maladies psychiques doivent être accompagnées tout au long de leur vie. Or les hôpitaux ont de moins en moins de ressources, et les urgences sont en crise. Nous avons donc créé des lieux de vie adaptés, chaînons manquants entre la psychiatrie et la société.

Comment s’organise la vie quotidienne dans ces lieux de vie ?

Si on enferme les malades, ça les tue. Notre but est de les aider à retrouver une place dans la société, dans une vraie démarche de réhabilitation psycho-sociale. Nous vivons avec eux, en communauté, et nous organisons des activités artisanales, culturelles et sportives, encadrées par des animateurs bénévoles et salariés, pour qu’ils gagnent en confiance et en responsabilité. Ils peuvent même exercer un emploi qui les ouvre vers l’extérieur et les rend plus autonomes.

Vous n’avez pas de mal à recruter des bénévoles ?

C’est plus difficile qu’avant, mais nous en trouvons toujours. Notre projet répond aux besoins fondamentaux des personnes : aimer, être aimé, être reconnu, être utile aux autres. Tout le monde porte en soi un rêve de vie communautaire, tout le monde cherche l’altruisme et la compassion. Certains sont aussi attirés par la dimension spirituelle de notre démarche.

Vous êtes une entreprise sociale et solidaire. D’où proviennent vos revenus ?

Notre modèle relève de l’économie plurielle : un tiers non monétaire (des dons et du bénévolat), un tiers monétaire marchand (vente de prestations), un tiers monétaire non marchand (subventions). Nos maisons sont agréées Maisons relais, ce qui nous permet de recevoir de l’État 16 € par personne et par jour : c’est beaucoup moins cher que l’hôpital. Nous avons aussi une friperie et une buvette ouvertes aux habitants de Besançon. Enfin, nous organisons des événements, braderies, forums citoyens, spectacles, défilés de mode pour mettre en valeur les résidents.

Quel est le bilan des Invités au festin ?

Il est plus que satisfaisant ! IAF Réseau compte aujourd’hui 12 lieux de vie, dont deux en Belgique, 13 associations, 250 bénévoles, 70 salariés, 950 membres. Nos structures d’accueil font économiser plus de 2000 journées d’hôpital par an, elles réduisent la consommation de médicaments et améliorent le bien-être des malades et des salariés.

Quel est votre souhait pour les années à venir ?

Je voudrais qu’il n’y ait plus d’hôpital psychiatrique. La contention, c’est-à-dire l’immobilisation forcée des malades, telle qu’elle est encore pratiquée par certains hôpitaux en 2018 n’est plus admissible. Nous faisons donc du plaidoyer pour changer ces pratiques de la psychiatrie. Est-ce vraiment utopique ?

Marie-Noëlle Besançon a partagé son expérience dans plusieurs ouvrages publiés aux éditions de l’Atelier, parmi lesquelles On dit qu’ils sont fous et je vis avec eux et Arrêtons de marcher sur la tête ! Pour une psychiatrie citoyenne.

 

Un portrait de Marie-Noëlle Besançon


Pascal de Rauglaudre

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