Partenaire fondateur

MicroDON, « pièces jaunes 2.0 »

Inspiré par un exemple mexicain, Pierre-Emmanuel Grange importe en France des mécanismes de « générosité embarquée » pour mobiliser consommateurs et salariés au service des associations.



Une chose est certaine : Pierre-Emmanuel Grange a le sens de la formule. Dans sa présentation lors d’une conférence TEDx Paris en juin 2013, il explique ainsi aspirer à devenir « Madame Chirac 2.0 ». Dans l’esprit en effet, son projet n’est pas sans rappeler la fameuse opération « pièces jaunes ».

Mais c’est dans son supermarché local au Mexique, où l’emmène son parcours de jeune cadre dans l’informatique bancaire, que lui vient en 2005 l’idée de MicroDON. Son projet repose sur le concept de « générosité embarquée », ou l’art et la manière de glisser l’idée de don dans les transactions du quotidien afin de développer de nouveaux outils de collecte de fonds pour les associations.

D’abord incubée au sein de l’ONG Planet Finance, MicroDON est agréée entreprise solidaire depuis 2009.

Embarquer la générosité dans le quotidien

Sans avoir le réseau de Bernadette Chirac, Pierre-Emmanuel Grange et son équipe ont déjà noué des partenariats avec une trentaine d’entreprises autour du mécanisme du don sur salaire, et avec des enseignes de distribution prêtes à implanter un outil de générosité en caisse développé par MicroDON.

Dans les entreprises, qui abondent les dons (défiscalisés à hauteur de 66%) à au moins 100%, les salariés choisissent les associations qu’ils souhaitent soutenir.

Dans les magasins partenaires, un macaron bleu incite les clients à arrondir leur ticket de caisse à l’euro supérieur comme dans le supermarché mexicain qui a inspiré Pierre-Emmanuel, pour faire don de la différence aux antennes de la Croix rouge et du Secours populaire. « Mon objectif est de rendre ce macaron aussi reconnaissable que celui des Chèques Déjeuner, par exemple », avoue Pierre-Emmanuel.

Dans le cadre d’autres opérations, telles que celle qui va mobiliser le 9 octobre prochain tous les magasins Franprix et la moitié des Monoprix parisiens, les clients se voient remettre une carte Microdon en échange d’un don de 2 € à des associations locales, présentées dans le lieu de vente. Cette action de générosité locale est organisée en partenariat avec le Crédit Municipal et le réseau des maisons des associations de la Ville de Paris.

Pour Pierre-Emmanuel Grange, ce type d’opération présente plusieurs intérêts : pour les associations, des fonds (1000€ en moyenne en un weekend-end, sachant que la moitié des 1,1 million d’associations française ont un budget annuel inférieur à 5000€) et de la visibilité ; pour les enseignes, l’occasion de créer du lien et de s’ancrer localement.

Monter en puissance au sein des enseignes de distribution

Soutenue par des acteurs de la finance solidaire (Equisol, France Active, Solid’, Mandarine Gestion…) MicroDON emploie 8 salariés et 5 stagiaires. L’entreprise facture aux enseignes et aux entreprises des prestations de services juridiques, fiscaux et comptables, mais aussi techniques (notamment pour l’adaptation du système de paie ou de caisse) et en matière de mobilisation et d’animation. En 2013, son chiffre d’affaires s’est établi à 300 000 €.

Déployée dans 300 Franprix sur 700 (bientôt 500, assure Pierre-Emmanuel Grange), l’opération « Arrondi » devrait permettre de récolter plus de 200 000 €.

En discussion (et même en test dans certaines d’entre elles) avec d’autres enseignes alimentaires ou spécialisées, MicroDON mise sur 4 ou 5 partenaires dans les 6 prochains mois. Avec un objectif en ligne de mire : convertir 1% de leurs clients à l’arrondi en caisse.
Comparé à certains de nos voisins, tels que le Royaume-Uni où le mécanisme « Payroll giving », implanté depuis 30 ans, permet de récolter chaque année quelque 100 M£, ou l’Allemagne où l’arrondi en caisse existe dans 15 enseignes et 12 000 points de vente, l’Hexagone a encore un beau potentiel de progression…
 

Dominique Pialot & Pascal de Rauglaudre


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