Partenaire fondateur

Oser la richesse

World Forum Lille - Responsible economy (15-16-17 Novembre 2011) Thème: Oser la richesse Compte rendu Journée du 16 Novembre 2011


World Forum Lille – Responsible economy (15-16-17 Novembre 2011)

Thème: Oser la richesse

Compte rendu Journée du 16 Novembre 2011

Programme

1. Conférence plénière : 1 heure avec Xavier FONTANET (Président ESSILOR)

2. Richesse mesurée : Quels nouveaux indicateurs pour mesurer la performance globale de l’entreprise ?

3. Conférence plénière : 1 heure avec Vinod KUMAR (CEO Tata Communications)

4. Présentation flash: Sensibiliser à l’environnement les populations défavorisées grâce à un programme énergétique efficace.

5. Richesse en boucle : comment l’économie circulaire permet-elle de repenser les cycles de production industrielle ?

1. Conférence plénière : 1h avec Xavier FONTANET (Président Essilor).

Intervenant : Xavier FONTANET, Président Essilor (France)

Modérateur : Arnaud LE GAL, Rédacteur en chef Les Échos

Selon X. Fontanet, à la tête du groupe Essilor depuis 1996 et leader sur le marché des verres ophtalmologiques, l’engagement responsable est indissociable d’une croissance économique.

Pour devenir une entreprise innovante et mettre en place une politique de développement durable stable, la croissance de l’entreprise doit être supérieure à celle des concurrents.

C’est par la création de richesse (donc l’augmentation du profit) qu’une entreprise peut par la suite mettre en place une stratégie responsable, à partir de l’efficacité de la performance économique.

X. Fontanet revient en revanche sur la conception traditionnelle du profit, qui fait souvent référence dans l’inconscient collectif à l’exploitation des salariés et la manipulation du client, en le définissant comme le résultat d’un service rendu (cf. le service rendu à l’Humanité par Apple).
Cette définition du profit implique la nécessité de réinvestir la richesse dans l’entreprise dès qu’elle est générée ce qui a pour but de créer une croissance durable sans endettement pour l’entreprise. Ce réinvestissement des bénéfices permet également d’établir des liens de confiance avec les salariés puisque les dirigeants s’exposent ainsi à un risque élevé en cas de mauvaise gestion.

X. Fontanet met également en avant la culture de la récompense comme pratique du développement durable de l’entreprise, qui permet d’attirer et de fidéliser les talents d’aujourd’hui et de demain et de les faire grandir au sein de l’entreprise. Ce système de ‘récompenses’ en cas de succès et de ‘réparation’ (et non de sanction comme dans le système américain) en cas d’échec, permet de responsabiliser les collaborateurs tout en maintenant la confiance (absence de mesures punitives).

Enfin, même si X. Fontanet reconnaît la responsabilité des entreprises dans le contexte du développement durable et de la RSE, il défend la nécessité de ne pas sous-responsabiliser l’État pour sur-responsabiliser les entreprises. De la même manière, le comportement des consommateurs se doit d’être « extrêmement responsable » dans le cadre de leurs actes de consommation.

Questions :
Comment juger la performance des responsables en matière de RSE ?
• Performance de gain de part de marché (l’actif invisible a-t-il augmenté ?)
• Faire croitre le capital humain (ambiance de confiance/attirer les nouveaux talents)
• Les résultats financiers

Quelle position sur l’entreprenariat social ?
« Une fois qu’on a l’économique, automatiquement on a le social. » C’est pour cette raison que X. Fontanet met en avant le développement économique et social.

Qu’est-ce que faire du DD signifie ?
Acquérir les normes (ex : ISO) c’est faire du DD.

Comment poursuivre la croissance avec des ressources mondiales finies ?
La pollution est le problème le plus important, le progrès technologique permettra de trouver une solution au fait que les ressources soient limitées (ex : aller les chercher sur d’autres planètes…)
2. Richesse mesurée : Quels nouveaux indicateurs pour mesurer la performance globale de l’entreprise ?
Intervenants : Cora OLSEN – Data Manager, Novo Nordisk (Danemark)
Michel BANDE – Vice President Sustainable Development, Solvay (Belgique)
Modératrice : Colleen FLETCHER – Director Stakeholder Relations, CSR Europe.

Cet atelier est une réflexion sur l’intégration de la performance non financière de l’entreprise dans sa stratégie interne. Comment les entreprises identifient, mesurent et gèrent les indices de valeur tangibles ?

Colleen FLETCHER, Directrice des relations membres et parties prenantes de CSR Europe, a mis en avant les conclusions d’une étude sur la valeur marchande de la performance non-financière qui mettent en exergue le manque de confiance au plus haut niveau des entreprises dans la capacité à gérer et mesurer rigoureusement leur performance non financière dans le temps. Afin de répondre à ce besoin, CSR Europe, en partenariat avec EABIS, a lancé le projet Enterprises 2020 pour analyser les pratiques existantes. Ce projet prévoit l’évaluation de la maturité (l’expression claire de la performance non financière) et de l’intégration (de quelles manières les éléments de performance non financière sont intégrés dans la stratégie interne) des entreprises participantes.

Ensuite, Cora OLSEN, Data Manager chez Novo Nordisk (entreprise leader sur le marché de l’insuline et du traitement du diabète) est intervenue afin de présenter l’évolution progressive de leur reporting qui tend désormais vers le reporting intégré pour le rapport 2011. Le rapport à paraître intégrera des éléments de Corporate Finance ainsi que des éléments de ‘Global TPL Management’ (Triple Bottom Line = people, planet, profit). Novo Nordisk a également mis en place des process d’assurances afin de contrôler la qualité de ses données : contrôle interne par questionnaire pour toutes les données, avis d’un groupe d’expert et passage en comité d’audit 2 fois par an). Les difficultés rencontrées relevaient de la disponibilité des données, le temps requis, la gestion des équipes (charge supplémentaire nécessitant une explication), absences de normes déjà existantes et la rigidité du reporting qui « étouffe » les nouvelles idées. Les techniques de calcul de Novo Nordisk ont été adoptées par PwC (cabinet de conseils présents dans 158 pays) pour ses propres besoins.

Pour finir, Michel BANDE (Vice-président du Développement Durable chez Solvay, une entreprise du secteur de la chimie) a présenté les différentes actions de Solvay en DD, notamment un outil permettant d’évaluer le caractère durable d’un produit. Cet outil se présente sous la forme d’un graphique avec sur l’axe vertical la vulnérabilité opérationnelle de l’entreprise et sur l’axe horizontal, le positionnement du produit avec les tendances du marché DD (obstruction, exposé, neutre, aligné, sustainability star). Cet outil permet à l’entreprise de limiter ses risques tout en effectuant une veille des évolutions du marché DD.

3. Conférence plénière : 1 heure avec Vinod KUMAR (CEO Tata Communications)
Intervenant : Vinod KUMAR
Modératrice : Mollie PAINTER MORLAND (Directrice associée, DePaul’s Institute for Business and Professional Ethics)

« Avant chaque décision, demandez-vous si l’impact sur l’entreprise sera durable ». Tel était le conseil de Ratan Tata (PDG du conglomérat Indien Tata) à Vinod Kumar lors de son arrivé en 2004 au sein du groupe Tata, numéro 1 mondial dans le domaine des communications vocales.

Le développement durable est un des éléments centraux de la politique générale du groupe Tata et a d’ailleurs été renforcé en 2006 lors de la modernisation de la Charte du Groupe dans laquelle les notions de participation au développement de la Nation et la contribution à la société ont été ajoutées aux traditionnelles notions de production de bénéfice, développement des activités et développement de l’autonomie. V. KUMAR a d’ailleurs souligné le fait que la participation à la société est contextuelle et s’exprime donc de façon différente selon les pays d’implantation des différentes entreprises du groupe.

Soucieux de participer à un développement responsable, Tata Communications a développé un système de télécommunication via écrans plasma. Ce système de « téléprésence » (bien plus proche d’une conversation réelle que la visioconférence) a permis au groupe de diminuer de 11% les frais de déplacement la 1ère année et de 9% la 2e année, tout en réduisant les émissions dues aux déplacements en avions. Tata Communications a mis en place une quarantaine de pièces de téléprésence, dont une accessible aux entreprises et associations à Lille.

La situation sociale des familles indiennes est quant elle à l’origine du développement de la Tata Nano (petite voiture très bon marché) afin d’éviter que des familles se déplacent à 5 sur un seul vélo, parfois sous la pluie s’exposant ainsi aux maladies qui peuvent s’avérer difficile à soigner dû au manque de moyens (pas de sécurité sociale…). Ainsi, même si cette voiture ne générait qu’un faible bénéfice (entre $50 et $100), le groupe Tata souhaitait démocratiser ce moyen de transport au nom de sa responsabilité éthique et sociale que lui impose sa taille.

Du fait que les fondateurs étaient conscients dès le départ du besoin de durabilité, et de part ses décisions passées et la place prise dans la société indienne, le groupe Tata est devenue une entreprise attrayante ce qui lui permet d’attirer et de retenir les talents et les compétences au sein du groupe. Dans la continuité de sa politique générale, l’institut Tata de recherche fondamentale travaille actuellement sur les thématiques de soins, de distribution d’eau potable, de logement, d’éducation et également concernant la place des femmes dans la société indienne.

Interrogé sur la compétition avec le géant Chinois, V. KUMAR a mis en avant les principaux avantages compétitifs de l’Inde tels que le haut potentiel des ingénieurs Indiens, une protection de la propriété intellectuelle plus développée qu’en Chine et une jeune génération diplômée et orientée vers le service. L’Inde ne concurrencera jamais la Chine en termes de productions low-cost. Les deux pays ont pris des directions très différentes dans leur choix de développement.

4. Présentation flash: Sensibiliser à l’environnement les populations défavorisées grâce à un programme énergétique efficace.
Intervenant : Sergio ARAUJO (CSR manager – Coelce, Group ENDESA – production/ distribution d’électricité)

Sergio ARAUJO, CSR manager de Coelce – filiale brésilienne du groupe ENDESA, a présenté en quelques minutes le programme Ecoelce lancé en 2006. Dans le but de trouver une solution au défaut de paiement et au vol d’électricité se produisant dans les collectivités à faible revenu (représentant 64% de ses clients), Coelce s’est orienté vers la gestion des déchets dont la plupart sont jetés de manière anarchique dans la nature. Ecoelce est un programme de valorisation des déchets dans lequel la population locale est rétribuée pour sa gestion responsable des déchets. L’entreprise a ouvert des points de collecte où les populations locales viennent porter leurs déchets en échange de réduction de leur facture énergétique (proportionnelle au poids et au type de déchets apportés). L’entreprise redirige ensuite les déchets vers les filières de traitement adaptées. Ce programme a eu pour effet une diminution du nombre d’impayés, une augmentation du nombre de clients, une augmentation de l’énergie facturée et une réduction des connexions illégales. Depuis sa création, le programme a permis la collecte de 10 977 tonnes de déchets recyclables, il a créé 52 emplois directs et 200 indirects et a permis la diminution de certaines maladies liées au ramassage sauvage des déchets comme la dengue. Un des freins majeurs au développement du projet est la filière de collecte informelle des ‘catadores’, qui ne donnent pas toujours la meilleure destination aux déchets collectés.

5. Richesse en boucle : comment l’économie circulaire permet-elle de repenser les cycles de production industrielle ?
Intervenants : Mart & Rob DRAKE-KNIGHT – Fondateurs RAPANUI clothing (UK)
Arthuro PASQUEL – Directeur R&D chez Vestas (Danemark)
Modérateur : Jocelyn BLERIOT – Fondation Ellen MacArthur

Dans un premier temps, Jocelyn BLERIOT de la Fondation Ellen MacArthur a décrit le caractère linéaire de l’économie actuelle : les entreprises extraient des ressources naturelles, les transforment en produits qui sont ensuite utilisés par les consommateurs qui finissent par s’en défaire et dont la plupart sont détruits (ex : incinération). Chacune de ces étapes requiert de l’énergie (énergie fossile généralement), de l’eau et produits des déchets. Ce mode de fabrication/consommation est un héritage de la révolution industrielle, période à laquelle le monde était vu comme une machine et non comme un système biologique. Ce système est également basé sur l’accessibilité économique des énergies fossiles comme le pétrole. Fait intéressant : le pétrole n’a jamais augmenté sans qu’un « accident » ne se produise (les 2 Guerres Mondiales, le choc pétrolier) sauf aujourd’hui…
J. BLERIOT a ensuite décrit les principes de l’économie circulaire illustrés par le schéma ci-dessous et décris comme la relation entre la biosphère et la techno-sphère. Les modèles existants d’économie circulaire sont basés sur les notions de cradle-to-cradle, performance economy (by Walter Stahel), l’économie bleue…

Dans un second temps, Mart & Rob DRAKE-KNIGHT ont présenté leur entreprise de conception de vêtements, RAPANUI, fondée en 2008. Le cœur de la stratégie de cette start-up est la traçabilité des vêtements de la graine au magasin, réduisant les impacts sociaux et environnementaux de la filière traditionnelle de fabrication de vêtements (pollution chimique dans les pays à bas couts, travail mal rémunéré, travail des enfants etc…). RAPANUI achète directement son coton aux producteurs basés en Inde (pas de revendeur et production bio) et se passe de distributeur en ayant sa propre boutique, ce qui lui permet d’afficher des prix similaires aux prix du marché. Le look des vêtements est également un élément majeur de la stratégie pour sortit de la vision caricaturale des vêtements bio (vêtement bio = poncho à franges). Ils ont mis en place un système d’écolabels pour leurs vêtements (classe A à G). Leur prochain projet est de mettre en place un système de consigne pour faciliter la récupération du textile et mettre en place une véritable économie circulaire.

Arthuro PASQUEL a clôturé cette conférence en exposant les actions de VESTAS en matière de DD/RSE : production de turbines éoliennes recyclables à 80%, les turbines deviennent « carbon neutral » après 7 mois d’exploitation (sur une durée de vie de 30 ans).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *