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Pour Ÿnsect, le scarabée est l’avenir de la protéine

Ÿnsect, startup fondée il y a neuf ans, a réalisé l’une des plus belles levées de fonds en 2019. Son but : produire une alimentation durable en valorisant les insectes. Jean-Gabriel Levon, son vice-président, a participé au Parlement en janvier dernier. L’occasion de revenir sur cette formidable réussite.

 

Le monde a faim de protéines animales. Le marché explose, avec une augmentation prévue de 52 % entre 2007 et 2030. Mais comment satisfaire cette demande insatiable sans émettre du dioxyde de carbone ni abîmer l’environnement ?

La startup Ÿnsect a une solution : produire des protéines à base d’insectes. Depuis 2011 elle élève des scarabées pour les transformer en ingrédients destinés à la nutrition animale et à l’aquaculture. « Notre idée, c’est de lancer une nouvelle industrie autour de l’élevage d’insectes, et de fournir une alimentation durable en les valorisant », explique Jean-Gabriel Levon, vice-président d’Ÿnsect.

Pour élever des insectes à grande échelle, Ÿnsect a innové en automatisant les procédés de transformation des insectes en matières premières de haute qualité. « Nous avons développé un savoir-faire unique au monde, très apprécié de nos partenaires, qu’il s’agisse des professionnels de l’agroalimentaire, des laboratoires de recherche ou encore des institutions publiques. »

Coléoculture

En huit ans d’existence, Ÿnsect a déjà déposé 25 brevets dans le secteur de l’entomoculture, c’est-à-dire la culture des insectes. La startup s’est même offert le luxe d’inventer le concept plus pointu de coléoculture, qui signifie l’élevage de scarabées, l’une des espèces d’insectes les plus abondantes. « La famille des scarabées présente les caractéristiques nutritionnelles les plus intéressantes pour la qualité que nous visons. »

Parmi cette vaste famille, une variété s’est révélée plus intéressante à élever que les autres, le Tenebrio Molitor, plus connu sous le nom de ver de farine et bien étudié par les scientifiques. Sa teneur en protéines qualitatives est très élevée, et il contient aussi des nutriments essentiels à la santé humaine et animale.

Autres avantages du Molitor : cette espèce grégaire et nocturne ne vole pas, ce qui facilite son élevage. Il est facile à nourrir, avec des coproduits de grandes cultures comme le son de blé, qui présentent l’avantage de valoriser les circuits courts en s’approvisionnant auprès des agriculteurs locaux.
Les Molitors sont élevés dans des Fermilières, des fermes verticales imaginées par Ÿnsect et ventilées par des systèmes qui s’inspirent des fourmilières. La première Fermilière, Ÿnsite, a été aménagée en 2015 à Dôle dans le Jura. La deuxième, Ÿnfarm#1, devrait ouvrir en 2021 près d’Amiens.

Scarabées à l’étuve

Quant au processus de production des protéines, il comprend plusieurs étapes. Les jeunes larves grandissent pendant plusieurs semaines. Arrivées à maturité, celles qui sont destinées à l’alimentation sont triées, étuvées, stérilisées et transformées, « sans aucun ajout de produit chimique », insiste Jean-Gabriel Levon.

Les produits finis sont ensachés et embouteillés avant d’être stockés et envoyés dans les circuits de distribution. Enfin 5 % des larves sont conservées pour assurer la reproduction des générations suivantes. Et comme rien ne se perd, les déjections, qu’on appelle les frass, sont recyclées en engrais.

À la fin, la gamme de produits proposée par Ÿnsect se répartit en trois catégories : ŸnMeal, son produit phare, une protéine premium qui se présente sous la forme de poudre ou de pâte ; ŸnOil, une huile adaptée à l’aquaculture ; et ŸnFrass, un engrais biologique en granulés issu des frass.
Aujourd’hui, Ÿnsect emploie 120 personnes, et prévoit d’en embaucher quelques dizaines de plus dans l’année qui vient. En 2019 la startup a réalisé l’une des plus grosses levées de fonds de l’année, 110 millions d’euros, pour financer le projet Farmÿng, qui sera la plus importante unité industrielle spécialisée dans la production de protéines d’insectes.

Et pourquoi pas des insectes pour nourrir les hommes ? C’est tout à fait envisageable, répond Jean-Gabriel Levon, mais l’obstacle aujourd’hui est surtout réglementaire et doit être débattu au niveau européen. « Nous y travaillons avec l’IPIFF, une organisation interprofessionnelle qui fait la promotion des insectes dans la consommation. »
Vous reprendrez bien un peu de scarabée dans votre salade ?

Tout savoir sur l’alimentation à base de scarabées Molitor

 

Pascal de Rauglaudre

 

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