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Reconstruire la confiance entre les entreprises

Confidentielle, gratuite et rapide, la médiation inter-entreprises vise à simplifier la vie des entreprises, explique Pierre Pelouzet, médiateur national des relations inter-entreprises depuis novembre 2012.


Quand deux entreprises ont un différend, elles disposent aujourd’hui d’un moyen plus simple de le résoudre que de saisir les tribunaux : la médiation inter-entreprises, créée en 2010, suite aux conclusions des Etats généraux de l’industrie. Ce service affichant de bons résultats, son périmètre d’action a été étendu en avril 2014 à l’ensemble des problématiques entrepreneuriales liées à l’innovation. Pierre Pelouzet qui interviendra en tant que médiateur national des relations inter-entreprises au prochain Parlement des Entrepreneurs d’avenir, décrit les avantages de la médiation pour les entreprises.



En quoi consiste votre fonction de médiateur national des relations inter-entreprises ?

Nous cherchons à reconstruire la confiance entre les entreprises. Celles-ci sont confrontées au quotidien à des problématiques que tous les entrepreneurs ne connaissent malheureusement que trop bien : retards de paiement – un vrai drame dans notre pays, à l’origine de 25 % des faillites d’entreprise, ruptures brutales de contrat, renégociations sauvages, spoliations de propriété intellectuelle, racket au CICE…

De quels outils disposez-vous ?

Nous en avons plusieurs. Le premier outil est purement curatif, c’est la médiation. Nous disposons d’un réseau d’une quinzaine de médiateurs délégués nationaux en poste à Paris et 35 médiateurs délégués régionaux pour offrir un vrai service de proximité sur l’ensemble du territoire. Ils ont des profils très différents : anciens chefs d’entreprise, cadres dirigeants, juges au tribunal de commerce, tous formés aux techniques de la médiation. Les cas les plus simples se traitent d’abord au niveau régional. En fonction, les médiateurs délégués nationaux peuvent s’emparer de sujets plus complexes, notamment les dossiers de médiations collectives ou les médiations de filières par exemple. L’autre outil, qui relève cette fois du préventif, est la Charte Relations fournisseur responsables. Elle se compose de dix bonnes pratiques à respecter pour avoir de bonnes relations entre deux entreprises, parmi lesquelles respecter les délais de paiement, donner de la visibilité à ses fournisseurs sur les quantités à venir, etc.

Concrètement, comment ça marche ?

Une entreprise qui rencontre un conflit avec un client ou un fournisseur, peut nous saisir via notre site internet. C’est simple et rapide, il lui suffit de remplir un formulaire pour expliquer sa problématique en un paragraphe. Le médiateur délégué régional le plus proche la contacte dans un délai de trois jours. Il lui fait d’abord signer un accord de confidentialité, et bâtit avec elle une stratégie. Puis il sollicite l’autre entreprise, qui doit elle aussi signer un accord de confidentialité si elle accepte de rentrer dans le processus de médiation. Dès lors, le travail de médiation peut commencer ; le médiateur n’est ni juge ni arbitre, il amène progressivement les deux parties à trouver un accord commun satisfaisant et signé. Dans 80 % des cas, nous aboutissons à une solution. C’est un service confidentiel, gratuit et rapide, car nous n’entrons pas dans de grandes discussions juridiques. Nous recréons du « bon sens », c’est la magie du système.



Pourquoi avoir mis en place ce système de médiation ? La justice ne suffit plus ?

La justice joue son rôle, mais la majorité des cas que nous traitons n’irait pas en justice. Les petites entreprises n’attaquent pas leurs gros clients au tribunal : ça leur coûte trop cher, et elles risquent de se fâcher et de perdre leur client. En médiation, ça ne coûte rien et on ne se fâche pas. Mais autant commencer par une solution soft, qui maintient le dialogue. Il n’y a rien à perdre mais tout à gagner.
Vous bénéficiez d’un point de vue unique sur la situation économique française.

Comment la jugez-vous ?

Ma vision aujourd’hui est mitigée. Ce que je vois est très encourageant, j’observe un bouillonnement extraordinaire, notamment dans l’innovation, malheureusement encore très mal perçu. Certains secteurs qui ont beaucoup souffert, se stabilisent, et le terreau me semble favorable. Mais beaucoup d’entrepreneurs n’ont pas confiance dans leur carnet de commandes. Or c’est la première chose qu’ils regardent. Donc pour que l’économie française reparte de l’avant, tout dépend de la confiance entre les entreprises.

Dominique Pialot & Pascal de Rauglaudre


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