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Davos 2012 Un contraste entre plusieurs mondes cherchant vaillamment à construire des ponts entre eux… (Editorial de Tony Meloto du 10/02/12 pour la presse nationale philippine)


Davos 2012

Un contraste entre plusieurs mondes cherchant vaillamment à construire des ponts entre eux…
(Editorial de Tony Meloto du 10/02/12 pour la presse nationale philippine)

A Davos, j’espérais contribuer activement à défendre les pauvres partout dans le monde… mais je me contentais finalement d’être le spectateur des superpuissances cherchant à tâtons des solutions pour maintenir la pauvreté hors de leurs frontières… En tant que nouveau venu, il était sage d’écouter et d’apprendre simplement des succès et des échecs de ceux qui se sont développés avant nous. J’étais présent avec un objectif clair : promouvoir le meilleur intérêt des pauvres et aider à lutter contre la pauvreté, où qu’elle soit.

C’était un événement « euro-centrique ». De Merkel à Lagarde ou Cameron, chacun essayait de trouver des solutions pour résoudre le problème de la dette (emprunts et dépenses excessifs, manque de croissance, montée du chômage) et trouver les moyens de répondre à une menace imminente d’effondrement de l’euro. Nous, orientaux, restions sagement spectateurs d’une bataille entre experts américains et européens mais nous écoutions avec attention néanmoins car nous sommes tous empêtrés dans cette triste situation. Et pourtant, des solutions se trouvaient sans doute dans nos marchés émergents en expansion ! En tant que membres de la famille WEF (Forum économique mondial), nous sommes tous « engagés à améliorer l’état du monde ».

Leçon 1 : l’espoir construit des marchés

De mon point de vue, peu étaient encore prêts à écouter les pauvres. Les conversations étaient top / down, alors que les maux et le blues de la récession exigeaient au contraire d’écouter les voix de la base, pleines d’espoir. C’est l’ironie du spectacle de Davos : les riches dépriment, alors que l’espoir grandit dans le Tiers monde ! L’esprit oublie souvent que le cœur est plus intelligent, passionné et résilient. Le cœur des personnes en grande pénurie ou en situation de survie peut changer leur destin quand le moment est juste.

Pour l’Asie, le moment est juste.
Alors que le Droit constitue souvent la zone de confort de ceux qui ont perdu le pouvoir de l’imaginaire, le désir conduit à l’innovation, à l’invention et à la création : un univers immense de rêves et de possibles est en train de naître chez les pauvres en expansion et chez les jeunes infatigables qui sont maintenant connectés à ce monde bien plus vaste grâce aux médias sociaux et aux téléphones portables !
Le rôle vital de l’entrepreneur social est de construire de l’espoir dans la société.


Leçon 2 : l’avenir appartient aux jeunes

L’Occident voit traditionnellement les pays « jeunes » seulement comme des marchés et non comme des guides, des sources d’inspiration pour leur futur, complexe. Mais la plupart de ceux qui changent la donne sont des jeunes ! Davos était éclairé par les pionniers de la technologie, véritables rockstars, malgré leur conduite ordinaire. Inconsciemment, j’étais moi-même un fan du pouvoir de leur génie et des possibilités de leur innovation pour créer de nouveaux chemins vers le bien de l’humanité. A 62 ans, j’ai encore envie de bouger comme Jagger – qui était présent – sans jamais vouloir perdre l’énergie de la jeunesse qui renouvelle la vie et la rend excitante. Plus je vieillis, plus j’ai envie de travailler avec les jeunes qui m’enseignent comment oser.

J’ai passé la plupart de mes sessions off avec les Young Global Shapers qui réchauffaient et énergisaient mon cœur avec leurs idées originales, leur esprit positif et constructif, dans le froid et la neige des Alpes suisses… En particulier avec les innovateurs sociaux philippins brillants – Bam Aquino, Mayor Carmela Alvarez, Anna Oposa et Lynn Pinugu – qui rendent crédible la 14e place prévue par Goldman Sachs pour les Philippines, dans l’économie globale, en 2050 (ou la 16e place, prévue par HSBC).
J’ai apprécié la session de Bill Gates avec le président mexicain Calderon, mais ce serait passionnant de le voir orchestrer et guider les young global shapers les plus innovants de chaque continent, dans les affaires, en favorisant simultanément très tôt, l’épanouissement de leur cœur. Gates et Buffet seraient écoutés, car ils ont prouvé qu’ils savaient gagner de l’argent et le dépenser pour une meilleure humanité.

Leçon 3 : Le Big Business doit faire grandir le gâteau

Il faut investir davantage dans les entrepreneurs sociaux, en aidant au “passage à l’échelle”, en rendant “durables” toutes les bonnes initiatives et en en faisant un “socle de référence” pour élaborer de bonnes pratiques d’affaires.

Davos reste la meilleure plateforme au monde pour faire converger et pour converser entre une multitude d’intérêts acquis. Ce qui me semblait manquer : plus de transcendance et d’audace de la part de ceux qui avaient les enjeux les plus globaux. Peut-être est-ce encore trop tôt pour que le Nord considère le Sud comme un partenaire avec qui créer un marché équitable et durable pour le bien de l’humanité, mais il n’y a pas d’autre ni de meilleur moyen. Bien sûr, le désir d’œuvrer “pour le bien” est général et croissant : beaucoup de leaders corporate savent qu’aider les gens à sortir de la pauvreté est bon pour le cœur, le porte-monnaie et la planète. La création de valeur partagée était au centre de la plupart des sessions.

Avec un vieil ami, le patron de Nestlé, Nandu Nankashore, nous avons décidé, en passant, d’étudier la possibilité de contribuer ensemble à faire des Philippines un exportateur net de café en 2020, puisque nous cultivons les meilleurs grains en Asie. Et le marché local (100 millions) préfère le café au thé et privilégie le café philippin.

Dr Harry Hendriks, PDG de Philips Electronics Benelux, veut que ses directeurs dans les pays asiatiques soient attentifs aux entrepreneurs sociaux qui façonneront le marché de la prochaine décennie, lors du WEF de Bangkok, en mai prochain. Il est inévitable que la nouvelle génération de consommateurs exigera des produits plus éthiques et l’affectation des bénéfices à un meilleur environnement.

Je n’ai pas réussi à joindre le PDG de Shell, Peter Voser, afin de le remercier personnellement des six ans de partenariat productif pour créer des communautés durables avec les victimes de catastrophes naturelles et de conflits, dans nos régions vulnérables, et de son aide à créer la première de nos 24 universités GK pour l’innovation sociale, aux Philippines.

Les leaders visionnaires investissent concrètement dans notre rêve pour mettre un terme à la pauvreté de 5 millions de familles philippines en 2024, et ne voient pas notre cause comme un simple “n-ième” projet de RSE. En donnant le meilleur aux plus démunis, ils agissent simplement dans le sens d’une humanité partagée et d’un business avisé.

Au milieu d’une constellation de belles étoiles, Muhammad Yunus brillait particulièrement avec son idée réussie de duplication massive et de viabilité financière pour les pauvres. Lors des deux conversations que nous eûmes, il m’écoutait paisiblement. Les grands hommes savent écouter.


Leçon 4 : le grand pouvoir appartient aux petites gens

A la session d’ouverture, le 25 janvier, j’avais du mal à me concentrer, quand Angela Merkel parlait des difficultés de l’Europe. Je pensais à mon président, Benigno S. Aquino III, qui était en train de construire de l’espoir à Mindanao, avec nos bénévoles de Gawad Kalinga – concrètement 10 000 maisons pour 50 000 victimes d’inondations – en utilisant les fonds du plus grand projet RSE du pays en provenance du conglomérat agro-alimentaire de la San Miguel Corporation.

Ironie du contraste… J’avais froid à Davos dans le luxe, en écoutant une grande puissance se plaindre de sa dépression, tandis que mon Président était sous le soleil chez nous et avec les pauvres, leur offrant le visage de l’espoir après une tragédie… Je suppose que l’énergie de mon président était encore accrue par le récent sondage montrant qu’aux Philippines, 95% de la population avaient de l’espoir et 83% approuvaient ses efforts pour débarrasser l’Administration de la corruption, y compris au sein de la Cour suprême.

Aujourd’hui, notre gouvernement soutient fortement les entrepreneurs sociaux car ils sont un pont crédible et efficace pour aider les pauvres à devenir non-pauvres. Dans notre vision inversée du développement, la création de richesse à la base de la pyramide est la meilleure plateforme économique pour éclairer un capitalisme où personne n’est laissé pour compte. Cela constitue le vrai pouvoir du peuple aux Philippines. C’est notre chemin pour le progrès.


Leçon 5 : L’Asie n’est pas que la Chine

Il y a aussi « l’incroyable Inde », la « Malaisie vraiment asiatique » et beaucoup d’autres. « Il y a plus de plaisir aux Philippines », maintenant, en sauvant la mer et en servant les pauvres, dans cette saison qui s’ouvre au tourisme social.
Ces slogans pour attirer les voyageurs ne reflètent pas seulement l’autopromotion mais une aspiration de cette région à construire des nations. La solidarité et l’harmonie peuvent se gagner par des aspirations partagées, sans mentalité de super puissance.

Aujourd’hui, je suis chez moi, à Manille, avec mes petits capuccinos (le père de trois de mes sept petits-enfants est anglais et a créé son entreprise sociale aux Philippines), heureux de les voir en sécurité et en bonne santé. Demain, je serai avec les pères de leurs “playmates”, en train de construire le système d’irrigation de leur village fermier qui sert maintenant de maisons à d’anciennes victimes d’inondations et de rebelles, à l’abri des inondations et des pillages.

Davos est pour eux.


Tony Meloto

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Traduit par Christine Bisch du réseau “Les Entreprises Humaines”

Sur le blog EA

Rencontre avec Antonio Meloto : un entrepreneur social innovant venu des Philippines

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