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Françoise-Hélène Jourda : « Tout ce qui se construit aujourd’hui doit pouvoir être transformé, démoli, recyclé demain »

Au fil du temps, les enjeux en matière d’architecture durable sont devenus plus globaux et ne concernent plus seulement le bâtiment mais le quartier, voire la ville dans son ensemble. Françoise Hélène Jourda, pionnière de l’architecture durable en France, analyse cette évolution.

Au fil du temps, les enjeux en matière d’architecture durable sont devenus plus globaux et ne concernent plus seulement le bâtiment mais le quartier, voire la ville dans son ensemble. Françoise-Hélène Jourda, pionnière de l’architecture durable en France, analyse cette évolution..

Depuis son diplôme d’architecte obtenu dans les années 1970 en plein choc pétrolier et le concours européen de la maison passive qu’elle remporte à l’époque, Françoise Hélène Jourda n’a cessé de proposer, en France et à l’étranger, une architecture et un urbanisme plus respectueux des hommes et de la planète. Elle a d’abord vu émerger le concept de développement durable, avec une approche plus holistique de la question. Puis, depuis 10 ou 15 ans, avant même le Grenelle de l’Environnement, « on a commencé dans certains milieux à se poser la question de généraliser ce qu’on avait déjà expérimenté au niveau des bâtiments et du quartier, et à se poser des problèmes de fond tels que la mobilité, et d’autres sujets qui intéressent tous les bâtiments. »

La ville durable n’est pas une excroissance du bâtiment durable

« Le passage du bâtiment à la ville durable n’est pas une excroissance », souligne l’architecte et urbaniste. C’est pourquoi, pour imaginer une ville durable, il faut d’abord imaginer un quartier avec le minimum d’impact sur la planète et les ressources à disposition, puis décliner des bâtiments à l’intérieur. Ces morceaux de ville doivent être « relativement denses, pour permettre d’économiser les sites alentours, qui pourront rester dévolus à la végétation. »


Mixité sociale et fonctionnelle avant tout

Sans surprise, Françoise Hélène Jourda souligne l’enjeu majeur que représentent les transports, ce qui implique des quartiers faiblement motorisés, privilégiant les modes de déplacement doux, sans parkings ou alors construits en silo à l’entrée des quartiers.
Mais le plus important, à ses yeux, c’est une ville mixte, à la fois socialement, capable d’intégrer des populations en fragilité grâce à des loyers très modérés, et fonctionnellement. « Il faut avoir partout de quoi se loger, travailler, se nourrir, se cultiver, s’habiller, faire du sport, etc. au centre du quartier. » Et si la mixité sociale ou fonctionnelle est fixée dans le programme, « les bâtiments doivent être conçus par les architectes de sorte à pouvoir accueillir d’autres programmes ».

Réversibilité des aménagements

Point de vue plus iconoclaste encore parmi des architectes qui pensent en général d’abord à la trace qu’ils laisseront, Françoise Hélène Jourda préconise de « veiller à une grande réversibilité des bâtiments et des aménagements ». Tout ce qui se construit aujourd’hui doit pouvoir être transformé, modifié, démoli, recyclé demain, pour reconstruire la ville sur la ville.
A observer la forte réticence rencontrée en France face à l’isolation des bâtiments par l’extérieur, qui exclut le béton brut en façade au profit de parements légers, on peut douter de la capacité de la profession à intégrer ce nouveau principe.

Renoncer aux fantasmes des années 1970

Pourtant, Françoise Hélène Jourda forme le vœu que dans les prochaines années, tous les donneurs d’ordres, les politiques, les bailleurs sociaux, etc. « renoncent à leurs fantasmes des années 1970 à base de construction de tours et d’immeubles plateformes, et qu’ils cessent de rêver une ville qui ne peut plus être aujourd’hui. Nous entrons dans une période de transition, pendant laquelle on va construire des choses beaucoup moins ambitieuses et étonnantes, mais parfaites du point de vue du design architectural, plus calmes, et surtout, répondant à une situation d’urgence pour la planète », veut-elle croire.


Dominique Pialot & Pascal de Rauglaudre

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