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Les bâches publicitaires, un gisement de matières premières

Avec Bilum, Hélène de la Moureyre donne une seconde vie aux matières plastiques des bâches publicitaires, qu’elle transforme en produits de consommation à forte valeur ajoutée et haut de gamme.


C’est un gisement méconnu de matières premières : les bâches publicitaires, celles qui recouvrent les échafaudages des immeubles en rénovation, celles des camions ou des kakémonos. Elles sont constituées d’une armature de nylon sur laquelle est étendue une induction en PVC 450 grammes. Une belle matière première épaisse, solide et imperméable. Gros inconvénient : ce mélange de plastique n’est pas recyclable.

Ailleurs dans le monde, des formes de réemploi de bâches existent, par exemple sous forme de sacs, des tuyaux d’arrosage, de selles de vélos, voire de toits dans les favelas. Mais en France, ces toiles prévues pour une utilisation unique ont trop longtemps été mises au rebut ou recyclées après usage alors que le plastique est encore en excellent état.

Ce gaspillage absurde a interpellé Hélène de la Moureyre. « Elles sont solides, et belles en plus, avec leur graphismes et leurs couleurs. À mon ancien poste, dans une agence de communication, j’en vendais des milliers de mètres carrés », se souvient-elle. Elle a donc créé Bilum, en 2004, pour transformer ces bâches en produits de consommation à forte valeur ajoutée, sacs à main, carnets, porte-documents, cabas, etc. Ce concept a beaucoup plu à la Mairie de Paris, qui l’a invitée à inaugurer les derniers États Généraux de l’économie circulaire.

Laisser la part belle à la matière


Elle a d’abord constitué une équipe de stylistes et de designers indépendants. Son style reste très sobre, « pour laisser la part belle à la matière ». Puis quand les modèles sont prêts, elle les fait réaliser par des ateliers spécialisés, maroquiniers, selliers, ateliers textiles, travail du cuivre, toujours « en local », précise-t-elle. Particularité de ses fournisseurs : quatre sont des ESAT (Etablissements et services d’aide par le travail), dont les employés sont handicapés.

Puis elle a ouvert Bilum à d’autres matières, pour leur donner une seconde vie. « Les annonceurs, les agences de publicité nous appellent quand ils ont des toiles à mettre au rebut. Des entreprises nous préviennent aussi pour d’autres types de toiles qui s’inscrivent dans leur patrimoine, comme les rideaux de l’hôtel Prince de Galles en toile de Jouy et les voiles de catamarans des grandes courses nautiques. » Bilum a même récupéré des ceintures de sécurité, qui deviennent des anses, et des gilets de sauvetage d’Air France, qui doivent être remplacés au bout de quelques années, pour en faire des cabas et trousses.

Les produits Bilum satisfont les codes du luxe. En 2012, Guerlain a confié à Bilum une gigantesque toile de 140 m2, tendue Place Blanche, qui a été transformée en une série limitée de 120 It-Bags par un ESAT spécialisé en sellerie et en maroquinerie. LVMH a invité Hélène de la Moureyre à expliquer sa démarche auprès de tous ses directeurs du développement durable. L’horloger Blancpain, l’Hôtel de Crillon lui ont aussi confié la récupération de bâches qui sont devenues des sacs de voyage réservés à leurs meilleurs clients et à des VIP.

Visionner la transformation de la bâche Guerlain par Bilum

BILUM

Credit Photo Jeanne-Rose/Thomas Rusch


Texte Pascal de Rauglaudre

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