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Nouveau dispositif de soutien pour les épiceries solidaires

Les épiceries solidaires négocient avec le gouvernement une subvention qui leur permettrait de poursuivre leur activité sans l’aide européenne, dont les nouvelles modalités sont contraires à leur mode de fonctionnement.

Dans le cadre du nouveau Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD), avec une dotation équivalente de 3,5 millions d’euros mais pour des pays éligibles plus nombreux, les nouvelles règles européennes en matière d’aide alimentaire, en vigueur depuis le 31 décembre, imposent la gratuité des produits distribués.

Mais les épiceries solidaires françaises, dont le modèle repose sur une participation modeste des bénéficiaires, devraient pouvoir poursuivre leur activité grâce à une subvention du gouvernement français dont le montant est actuellement en cours de négociation.


Aide alimentaire et réinsertion


Apparues en France à la fin des années 1990, les épiceries sociales et solidaires ont d’abord été portées par des Centres communaux d’action sociale (CCAS), puis par des collectifs d’associations ou des initiatives citoyennes.

Fondée en 2000 par Guillaume Bapst qui en avait ouvert une dès 1996 à Nevers, l’Association nationale des épiceries solidaires (ANDES) regroupe quelque 300 épiceries. Elle est depuis 2010 membre du Conseil national de l’alimentation et depuis février 2013, habilitée par l’Etat en tant qu’association nationale d’aide alimentaire.

Approvisionnée en partie par les banques alimentaires, l’association s’est également positionnée très tôt sur d’autres circuits, en développant des chantiers de réinsertion autour de filières telles que les produits laitiers, les fruits et légumes, le poisson, produits en déficit accru chez les personnes démunies. Ces filières permettent par ailleurs à ANDES d’approvisionner d’autres structures telles que les Restos du cœur ou le Samu social.


L’évolution du dispositif européen

Autrefois, la politique agricole commune (PAC) permettait que les excédents agricoles de production soient transformés aux frais de la Commission européenne avant d’être distribués dans les Etats membres au titre de l’aide alimentaire. Les structures chargées de la distribution, dont les épiceries solidaires, recevaient en prime une aide correspondant à 5 % de la valeur faciale des marchandises.

Puis, les excédents agricoles s’étant peu à peu taris, l’enveloppe communautaire correspondante a été utilisée pour acheter directement des produits en grandes surfaces. Mais cette situation a été dénoncée par l’Allemagne, qui y a vu un dévoiement de l’aide alimentaire et a obtenu gain de cause. Le moratoire imposé à la France a pris fin le 31 décembre dernier.

Le principe du « don contre-don » au cœur de la démarche

Or la gratuité imposée par le nouveau dispositif est contraire au fondement même des épiceries solidaires, qui prévoient une participation des bénéficiaires d’environ 20 % de la valeur des produits. Cette participation minime permet l’exercice du « don contre-don », jugé essentiel dans la démarche de l’ANDES. Ce mode de fonctionnement, qui évite une forme d’assistanat stérile du point de vue de Guillaume Bapst, correspond aussi à une évolution du public ayant recours à l’aide alimentaire, qui n’est plus exclusivement composé de personnes en grande précarité mais aussi de seniors, de travailleurs éprouvant des difficultés de fins de mois, d’étudiants… « Les bénéficiaires ont accès aux épiceries solidaires pour une durée déterminée en fonction de leur situation, détaille Guillaume Bapst. Pendant cette période, ils s’engagent contractuellement à consacrer les économies ainsi réalisées à un projet personnel (remboursement de prêt, renouvellement d’équipement ménager, travaux, etc.) et bénéficient de l’accompagnement d’un travailleur social. »

La gratuité imposée par le nouveau dispositif européen mettrait donc un terme au fonctionnement actuel des épiceries solidaires, et sur le plan économique, les rendrait plus dépendantes des collectivités locales, qui, selon les cas, les financent déjà à hauteur de 5 % à 60 %.


Soutenir l’agriculture de proximité

D’où l’interpellation du gouvernement par l’ANDES en fin d’année 2013, appuyée par une pétition et relayée par de nombreux députés, de sortir les épiceries solidaires du nouveau dispositif communautaire et de bénéficier en remplacement d’une aide gouvernementale. En parallèle, l’approvisionnement par les banques alimentaires cesserait, au profit d’un dispositif à deux volets : des achats à marge négociée en grandes surfaces « pour des produits diversifiés de qualité et de marque », et des achats en circuits courts « pour soutenir une agriculture de proximité », sur un modèle proche de celui des AMAP.

L’ANDES a évalué ses besoins à 5 M€. Mais en ces temps de rareté de la ressource publique, il est plus probable que le montant de l’aide gouvernementale avoisine 4 M€, correspondant à une enveloppe de 1,3 M€ qui existait depuis quelques années, complétée du montant correspondant à l’approvisionnement des banques alimentaires, estimé à 2,6 M€.

En dépit de cette négociation serrée, Guillaume Bapst se réjouit de l’écoute et du soutien dont a bénéficié le mouvement auprès du gouvernement.

ANDES

Dominique Pialot & Pascal de Rauglaudre

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