Réenchanter la transition écologique : le pari de la narration augmentée

Face aux limites des discours traditionnels, Loïc Hamon propose une nouvelle manière de raconter l’écologie, mêlant texte, images et son. Une approche immersive pour reconnecter savoirs, émotions et passage à l’action. Et redonner envie d’imaginer un bonheur à faibles émissions.

 

La Fabrique d’avenir : « Transition écologique : en quête du bonheur à faibles émissions », votre ouvrage, vous le qualifiez de narration augmentée. En lettres et en images et avec des podcasts. Il se regarde, se lit et s’écoute. Pourquoi et comment êtes-vous arrivé à ce format ?

Loïc Hamon : Ce format est né d’un constat.
Alors même que la crise écologique devient de plus en plus perceptible dans nos vies, et que les connaissances scientifiques n’ont jamais été aussi solides, le passage à l’action reste en deçà des enjeux. Les sciences humaines et sociales éclairent ce paradoxe. C’est d’ailleurs un point que j’aborde dans le livre : savoir ne suffit pas. On peut comprendre et adhérer sans pour autant changer.

Au fond, c’est aussi une question de facteur humain : la transition ne peut pas se réduire à des réponses technologiques ou réglementaires.

Pour déclencher l’action, l’information doit s’inscrire dans une expérience vécue, mobiliser des émotions et redonner un sentiment de capacité à agir.

Dans un environnement saturé d’informations, où les réseaux sociaux favorisent la réaction plus que la réflexion, le besoin de recul devient essentiel.

C’est précisément ce qui m’a poussé à choisir le livre pour porter ce projet. Un espace pour prendre le temps de comprendre, relier savoirs et expériences, et déplacer son regard.

Mais ce n’est pas un livre de solutions toutes faites. C’est un livre d’inspiration, pensé comme une expérience de lecture, qui ouvre des pistes et donne envie d’explorer.

Et je ne voulais pas m’arrêter à une approche uniquement textuelle.

L’idée de “narration augmentée” est née de cette envie d’explorer d’autres manières de raconter, en associant le texte pour comprendre et prendre du recul, l’image (photographique ou illustrée) pour donner à voir, et le son pour faire ressentir.

Les podcasts, intégrés directement dans le livre, prolongent la lecture par des expériences d’écoute et d’immersion dans le vivant.

Au fond, l’enjeu est peut-être simplement de redonner une place à l’expérience et à l’émerveillement : reprendre le temps d’observer, d’écouter, de ressentir le vivant… et, à partir de là, retrouver l’envie d’agir.

 

Ce livre est ancré en Bretagne, dans sa fabrication et vous avez fondé, « Slow Saint-Malo », mais il porte délibérément un message universel par les questions et réponses qu’il propose. Il tente de renouer le lien entre écologie, émotions et quotidien. Comment transmettre cette envie d’écologie sans l’enfermer dans des cases ?

La question de l’échelle est essentielle.

Les enjeux écologiques sont globaux, mais ils deviennent réellement compréhensibles à des échelles plus locales, dans des lieux, des paysages, des modes de vie.

Le philosophe Baptiste Morizot invite à « trouver un lieu vivant à aimer personnellement et à défendre collectivement ». Cette idée de réancrer notre rapport au monde dans des territoires vécus m’a beaucoup accompagné dans le choix de partir de Saint-Malo, mon lieu de vie, comme point de départ pour construire ce projet.

J’ai aussi voulu changer d’approche.

Aujourd’hui, la manière dont on parle d’écologie, souvent sous le prisme de l’urgence ou de la culpabilité, génère davantage d’angoisse qu’elle ne suscite d’engagement. Comme le montre Thierry Libaert dans le livre, une communication uniquement centrée sur l’alerte ne suffit pas à mobiliser durablement.
Pour faire entrer la transition écologique dans nos vies, il s’agit aussi de donner envie, en proposant des récits plus positifs et plus inclusifs.

Repenser la transition écologique, c’est la relier concrètement à notre quotidien, mais aussi nous inviter à questionner nos modes de vie, nos attachements et notre rapport au vivant.

Et si, au fond, elle nous aidait à redonner du sens à nos vies, à apprendre à être plutôt qu’à avoir, et à nous interroger sur ce que pourrait être un bonheur à faibles émissions ?

Pour moi, transmettre l’envie d’écologie, c’est ouvrir cet espace-là, sans dogmatisme, en reliant savoirs, expériences et émotions.

 


Vous avez récolté de nombreux témoignages, d’une grande diversité (océanographe, intellectuels, entrepreneurs, artistes, activistes…).
Qu’est ce qu’ils partagent et que nous disent-ils sur la direction à prendre à un moment où la mobilisation s’essouffle et les vents contraires sont à l’œuvre ?

Effectivement, j’ai voulu embarquer une grande diversité de voix, une vingtaine de contributeurs et de grands témoins, parce que la transition écologique ne peut pas se comprendre avec une seule grille de lecture.

Ils sont chercheurs, artistes, entrepreneurs, acteurs de terrain, passeurs de savoirs… et tous cherchent, à leur manière, à comprendre, expérimenter et faire évoluer nos façons de vivre, de produire et d’agir.

Ce qui les relie, c’est le passage à l’action : ils ne se contentent pas du diagnostic, ils protègent, réparent, inventent et expérimentent, et ouvrent des chemins.

On part ainsi en mer avec Catherine Chabaud pour évoquer la préservation des océans, on marche aux côtés de David Le Breton pour questionner notre rapport au temps et au numérique, on découvre avec Alain Freytet combien le paysage est d’abord une relation sensible. Avec Jean-Noël Rieffel, on réapprend à ouvrir les yeux sur le monde vivant qui nous entoure.

On rencontre aussi des entrepreneurs comme Jacques Barreau et Olivier Barreau, fondateurs de Grain de Sail, qui réinventent le transport maritime à la voile, ou des acteurs publics comme Valérie Martin, à l’ADEME, qui mobilise de nouveaux imaginaires pour faire émerger des modes de vie plus sobres et plus justes.

À travers ces trajectoires, la transition apparaît concrète, déjà à l’œuvre, avec des solutions qui existent, qui fonctionnent et qui ont un impact.

Il ne s’agit pas de nier la gravité des crises, mais de rappeler que l’inaction n’est pas une fatalité.
Nous avons besoin de nuance, d’expériences concrètes et de récits incarnés pour rouvrir des possibles. Ensemble, ils dessinent une transition qui redonne de la confiance et de l’horizon, et la possibilité d’imaginer d’autres formes de bonheur.

 

Comment allez-vous faire vivre ce bel ouvrage ?

Ce livre est un point de départ.
Il est le fruit de plus de deux années de travail, pour imaginer à la fois son contenu et la manière de le concevoir et de le porter.

Avec Slow Saint-Malo, l’ambition est d’en faire un projet à impact, en alignant le fond et la forme, les récits et les pratiques : un ouvrage éco-conçu, fabriqué localement en Bretagne et engagé dans une démarche 1% for the Planet.

Dans un secteur de l’édition marqué par la surproduction et la concentration, où la durée de vie d’un livre en librairie dépasse rarement quelques semaines, un projet comme le mien, inscrit dans le temps long, attentif à sa cohérence écologique et porteur d’autres imaginaires ne pouvait sans doute voir le jour que dans une démarche indépendante.

En matière de diffusion, je fais aussi le choix de l’expérimentation, en privilégiant des circuits courts, notamment via le site slowsaintmalo.fr.
Ce lien direct avec les lectrices et les lecteurs change la relation et fait du livre un objet vivant.

Les idées et les projets ne manquent pas pour le faire vivre dans les mois à venir.
Mais, dans l’immédiat, l’enjeu est de le faire exister. Et, comme souvent dans ce type d’aventure, le bouche-à-oreille est essentiel.


Retrouvez Transition écologique – En quête du bonheur à faibles émissions aux Editions Slow Saint-Malo

 

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