Transition alimentaire et formation : Un parcours d’engagement de Boris Marcel

Après un tour d’Europe dédié aux innovations sociales et environnementales, Boris Marcel fonde Les Cols Verts et Oya, deux initiatives qui relient agriculture urbaine, éducation et transformation des systèmes alimentaires pour répondre aux défis climatiques et sociaux.

La Fabrique d’avenir : Vous avez fondé et co-fondé différentes initiatives au cœur de l’économie sociale et solidaire. Comment est né votre engagement et quelle formation avez-vous suivi ?

Boris Marcel : Je crois que lorsque l’on vit certaines injustices étant jeune, cela donne une empathie et une intolérance particulière envers l’injustice. Puis en école de commerce que j’ai fait sans grande conviction, j’ai très vite été scandalisé par les abus des grandes entreprises et du modèle capitaliste. C’est grâce à une expérience très positive lors de mon alternance que j’ai décidé de passer d’une posture d’indignation passive à celle de l’action constructive. C’est naturellement qu’à la sortie de l’école je ne me voyais pas travailler ailleurs que dans l’ESS qui a été une révélation pour moi. Je n’ai d’ailleurs postulé qu’à deux offres : un programme régional de promotion de l’ESS et un programme national de promotion de l’ESS. Ainsi mon premier travail (et seul travail salarié) hors entrepreneuriat a été au sein de l’Avise dans le programme Jeun’ESS, programme national de promotion de l’ESS pour les jeunes.

 

En 2014, vous entamez « Europe Tomorrow » : un tour de l’Europe, en quête d’innovations de l’économie sociale et solidaire. Qu’y avez-vous appris et quel impact ce voyage a-t-il eu sur vos propres initiatives ?

Tout d’abord sur la manière de voyager : découvrir la diversité des paysages, l’architecture c’est génial. Mais ce qui est chouette également c’est de rencontrer des personnes vivant sur ces territoires en question. En rencontrant des innovateurs, nous avions l’occasion de rencontrer de belles personnes partout où nous allions, et c’est maintenant comme cela que j’essaye de voyager à chaque fois.

Ce voyage nous a permis d’améliorer grandement notre compréhension des enjeux de société et des différentes formes d’innovations sociales et environnementales qui feront l’Europe de demain, que nous avons décliné sous forme de storytelling en 10 étapes :

1- Espagne – Partager les connaissances et penser la production localement
2- Royaume-Uni – Mettre la finance au service de la société
3- Pays-Bas – Rendre les villes intelligentes et développer l’économie circulaire
4- Danemark – Démocratiser les énergies renouvelables et les technologies vertes
5- Scandinavie – Réinventer la confiance et oser les nouvelles formes d’éducations
6- Europe de l’Est – Favoriser l’équité & l’inclusion de chacun
7- Grèce – Créer un climat propice à l’empowerment citoyen et à la démocratie
8- Italie – Inciter à une consommation responsable, durable et désirable
9- Allemagne – Bâtir l’habitat écologique et développer les territoires en transition

10- France – Inventer une agriculture respectueuse de la terre et des hommes

 

Au-delà de l’économie sociale et solidaire et de l’entrepreneuriat social, nous avons également découvert une vingtaine de modèles d’avenir, tel que le social business, l’économie circulaire, l’éco-conception, l’écologie industrielle, réemploi, recyclage, etc, l’économie de la fonctionnalité, symbiotique, positive, collaborative, régénérative ou encore le biomimétisme ou la décroissance.

De retour en France il a fallu commencer par un secteur et chacun s’est orienté en fonction de ses passions. De mon côté, le fait qu’une partie de ma famille soit proche du monde agricole, ma volonté de me reconnecter au vivant et la découverte que notre système alimentaire est le principal responsable des limites planétaires mais aussi vecteur de nombreuses solutions m’a convaincu de m’orienter dans ce secteur.

 

En 2015, vous créez l’association Les Cols Verts, dédiée à l’agriculture urbaine et à la transition alimentaire. Comment a-t-elle été pensée et quelles sont ses évolutions et déclinaisons ?

Commencer par la création de ferme urbaines dans des quartiers prioritaires à l’intersection entre enjeux sociaux et environnementaux. Puis après avoir créé plusieurs fermes à Valenciennes, en Martinique ou encore à Rennes, volonté de monter des programmes nationaux et de changer d’échelle. Création d’un MOOC qui a touché plus de 35 000 personnes, puis d’un incubateur et accompagnement sur une vingtaine de territoire. En 2021 volonté d’aller plus loin que l’agriculture urbaine et création de la formation découverte des métiers de la transition alimentaire, de la fourche à la fourchette. Gros succès qui m’a amené à réfléchir à Oya.

 

Oya, l’entreprise de formations dédiées à la transition alimentaire que vous développez actuellement a reçu le Prix du Jury de l’incubateur pour les innovations à impact Le Perqo, le 5 mars dernier. En parallèle de vos activités vous êtes également enseignant en école d’ingénieur et de commerce. Quelle importance accordez-vous à la transmission et à la formation sur les sujets de transition alimentaire ?

Outre le plaisir de transmettre et la satisfaction de rendre compréhensible des sujets complexes, plusieurs points selon moi m’ont incité à agir dans ce sens :

  • Le système alimentaire est réfléchi en silo alors que c’est sujet terriblement systémique
  • La consommation est liée à la distribution, qui est liée à la transformation et à la production
  • La connaissance et l’influence sont les clés pour déverrouiller les freins qui empêchent notre système de se modifier en profondeur
  • Les solutions sont déjà existantes mais nécessitent des changements de pratiques organisationnelles et structurelles

 

Vous faites partie de la promo 2025-2026 du programme « Les Nouvelles Voix », quel chemin vous y a mené et qu’y cherchez-vous ? Quel est votre message ?

Nous portons 3 messages principaux avec Cols Verts et Oya :

  1. L’alimentation est au cœur de la crise climatique, sociale et de santé. L’ensemble des limites planétaires sont impactées par notre système alimentaire et c’est un moteur majeur de maladies chroniques (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires), ce que rappelle l’OMS et de nombreux travaux de santé publique (niveau de preuve : fort, consensus).
  2. La transition alimentaire, c’est surtout une histoire d’emplois et de compétences.  Les métiers de la production agricole, de l’agroalimentaire, de la restauration, de la distribution et de la logistique sont parmi les métiers les plus en tension en France, avec une part importante de recrutements jugés difficiles selon France Travail/DARES
  3. Cols Verts et Oya s’occupent de l’infrastructure humaine de cette transition.
  • Les Cols Verts : des fermes urbaines et des tiers-lieux qui transforment des friches en lieux de production, de formation et de lien social, avec un fort ancrage dans les quartiers populaires.
  • Oya : une EdTech qui transforme cette expérience de terrain en formations et en parcours certifiants, pour former massivement aux métiers de la transition alimentaire (parcours CAPa, BPREA, modules économie circulaire, transformation, restauration, etc.).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


La période de vérification reCAPTCHA a expiré. Veuillez recharger la page.

Je m'inscris à la newsletter