BioGée : faire du « savoir vivre » un nouveau fondamental de l’éducation
Lire, écrire, compter… mais aussi comprendre le vivant. Marc-André Selosse, biologiste et président de la Fédération BioGée, appelle à élargir les fondamentaux de l’éducation pour mieux préparer les nouvelles générations aux défis sanitaires et environnementaux. Une réflexion qui se prolongera lors des rencontres « Naturellement ! », organisées à Rouen du 20 au 22 novembre 2026 autour de « La biodiversité, notre avenir ».
Élargir les fondamentaux de l’éducation avec BioGée, à Rouen sur la biodiversité
(20-21 novembre 2026)
Les « fondamentaux » de l’éducation, lire, écrire et compter, régressent parmi les nouvelles générations. Nul ne conteste que lire, écrire et compter sont des outils majeurs pour nos enfants, mais est-ce bien là tout ce qu’il leur faut ? L’Éducation nationale construit-elle des fondamentaux de demain ? Non, hélas.
Les crises environnementales et sanitaires que subissent nos sociétés montrent combien les générations précédentes sont passées à côté des fondamentaux. Elles ont manqué de « savoir vivre », c’est-à-dire vivre en bonne santé mais aussi consommer de façon à protéger notre environnement et, de là, la santé des générations suivantes. Comprendre la logique vivante du monde leur a manqué pour évaluer les implications de leurs choix. Il faut nourrir et protéger les plantes ? Engrais minéraux et pesticides conviennent – mais les effets sur la qualité des eaux, la biodiversité, la santé des agriculteurs et des consommateurs, font une catastrophe. Il faut porter et emballer des objets ? Le plastique convient – mais ce produit non-dégradables (alors qu’on ne l’utilise que peu de temps) fait une catastrophe de microplastiques et de perturbateurs endocriniens, répandus dans notre environnement. Les polluants éternels (les PFAs, comme le Téflon ou le Gore-Tex) sont pratiques – mais, toxiques pour l’homme et contaminants l’environnement pour toujours car non biodégradables, ils coûteront entre 50 et 85 milliards d’euros de frais de santé par an en Europe. Nous avons mal évalué nos techniques pour la santé et l’environnement, car nous ignorons ce qu’implique vivre parmi le vivant et comme vivant : nous avons manqué de « savoir vivre ».
Il y a des jours sans compter, d’autres sans lire, d’autres encore sans écrire. Tous ces jours-là, on respire, on mange, on vit, on consomme, on mène une vie sexuelle, on génère des déchets… Or, pour tout cela, il faut « savoir vivre », c’est-à-dire comprendre notre organisme et notre environnement vivant. Ces fondamentaux qui ont manqués, à nous, hier assureraient à nos enfants de ne pas reproduire les erreurs du passé et de les réparer.
Les fondamentaux ont changé par le passé : hier, c’était le grec et le latin. Demain, la maitrise du vivant et des liens entre les êtres vivants sera fondamentale. Pensez par exemple aux gestes méconnus, pour entretenir notre microbiote, cet écosystème microbien en nous qui maintient notre bonne santé : moins de conservateurs et d’émulsifiants, plus de fibres ou d’aliments fermentés sont des réflexes quotidiens pour améliorer notre vie. La notion de fondamentaux évolue au gré des époques. Mais notre projet éducatif ne l’acte pas.
Les sciences du vivant et de l’environnement ne font l’objet d’aucun programme au primaire ; elles vivotent d’une heure de « SVT » par semaine au collège et en seconde avant de disparaitre du tronc commun en première et en terminale. Cela permettra-t-il à la génération montante d’affronter les défis sanitaires et environnementaux ? D’assurer sa santé et son alimentation ? Économiquement, prépare-t-on la production alimentaire de demain et pourvoira-t-on bien les 600 000 emplois par an de l’agroalimentaire et de la santé ? Non, hélas ! Car nous n’avons pas actualisé nos fondamentaux éducatifs : ils manquent encore de « savoir-vivre ».
Réfléchissons aux fondamentaux modernes, au lieu de reproduire ceux du passé qui ont nourri nos erreurs. Certes, lire, écrire et compter ont une actualité, mais il faut les considérer dans un carquois plus large, largement élargi au « savoir-vivre ». D’ailleurs, il n’y a pas de hiatus avec lire, écrire ou compter. Comprendre le vivant demande des mathématiques et peut développer l’expression écrite et orale. L’étude d’une pomme permet de rédiger pour décrire son apparence et son goût, de compter les pépins en classe pour approcher la notion de moyenne et d’écarts à la moyenne, de comprendre sa fonction biologique – avant d’aborder ses rôles nutritionnels… On a naïvement hiérarchisé les savoir-faire sans tisser de liens efficaces entre eux. Or ces liens donnent du sens à chaque discipline et les justifient. L’interdisciplinarité aiderait les élèves à accéder aux objets du vivant par la discipline qui leur plait plus. Conjuguer « savoir vivre » avec lire, écrire et compter serait donc une solution pour travailler les fondamentaux.
Demain, les fondamentaux ne doivent plus être un solfège venu d’hier qui retarde l’apprentissage de l’instrument majeur de l’humanité : le vivant, la vie. Évitons les erreurs d’une génération qui savait lire, écrire et compter (sans plus) ; cultivons en nos enfants le « savoir vivre », vite et bien mieux qu’en nous.
C’est la mission de la Fédération BioGée (https://www.biogee.org/) : promouvoir les sciences de la vie comme outil d’avenir. Elle vous invite à « Naturellement ! les rencontres de la vie et de la terre », en présentiel à Rouen du 20 au 22 novembre 2026 et en direct et en replay sur sa chaine Youtube. Scientifiques, artistes, décideurs économiques, enseignants et étudiants (journée dédiée le vendredi), acteurs territoriaux et public débattrons autour de « La biodiversité, notre avenir ».
Des tables rondes, des conférences, des balades en ville, des films et des cafés scientifiques pour comprendre la diversité du vivant, les menaces qui pèsent sur elle, mais aussi les possibles pour demain grâce aux liens qui unissent (et pourraient unir) biodiversité avec économie et sociétés humaines.
Présentiel en entrée libre sur réservation, tout public, consultez le programme en ligne et inscrivez-vous !