Laurence Ruffin : une nouvelle ambition pour Grenoble

Maire de Grenoble et première vice-présidente de Grenoble Alpes Métropole, Laurence Ruffin défend une action locale fondée sur la coopération, la justice sociale et la transition écologique. Forte de son parcours dans l’économie coopérative, elle veut faire de la ville un espace d’expérimentation démocratique.

 

La Fabrique d’Avenir : Laurence Ruffin, vous êtes maire de Grenoble et à ce titre nous aurons eu le plaisir de vous recevoir en mai 2027 à la 21ème Université de la Terre, à la Maison de l’UNESCO, à Paris, sur le thème « Un monde à (Re)faire ».
L’édition 2027 sera marquée par le lancement de « l’Université des territoires », un nouveau parcours consacré aux solutions et aux transformations économiques, sociales, écologiques et politiques portées à l’échelle des villes et des territoires.

Pourriez-vous revenir sur votre parcours avant votre élection à la Mairie de Grenoble en mars dernier. Vous êtes passée par une grande école de commerce l’Essec, et en 2009 la présidence d’une entreprise (une Scop) Alma, un éditeur grenoblois de logiciels détenu à 100% par ses salarié·e.s. À la tête de cette entreprise, vous y faites des choix forts (refus de sous-traiter une partie de l’activité, formations des équipes aux questions environnementale, etc.). Puis vous devenez vice-présidente de la Confédération des Scop et des Scic. Comment en êtes-vous arrivée à faire ce choix de la politique ? Est-ce que ce parcours d’entrepreneuse engagée va teinter votre mandat ?

Laurence Ruffin : Petite-fille de paysans et de commerçants, j’ai grandi dans un environnement marqué par des valeurs de solidarité, de travail et de transmission. Ma mère, généreuse et profondément ouverte aux autres, faisait de l’accueil une évidence. Mon parcours académique m’a conduite en classes préparatoires au lycée Louis-le-Grand, puis à l’ESSEC. Si cette orientation n’était pas initialement une vocation, j’y voyais la possibilité de construire mon autonomie et de conquérir ma liberté, notamment face aux représentations et aux places traditionnellement assignées aux femmes.

En parallèle de mes études, puis de mes premières expériences professionnelles dans le conseil en stratégie, je me suis investie dans plusieurs engagements associatifs et citoyens : accompagnement scolaire d’enfants à Cergy, bénévolat aux Restos du Cœur, engagement au sein d’Attac, ainsi que participation à des missions de coopération au Mali autour des enjeux d’éducation et de développement du microcrédit solidaire. Ces premières expériences ont progressivement dessiné une orientation claire : je souhaitais mettre l’économie et la finance au service de la société, et non l’inverse. En 2003, je rejoins le mouvement coopératif, d’abord à Grenoble, puis en tant que responsable régionale. J’ai alors eu l’occasion d’accompagner de nombreuses équipes dans la création, la transformation ou la reprise d’entreprises sous forme de SCOP ou de SCIC. Ces structures portent un modèle économique singulier : elles associent les salariés aux décisions et aux résultats, privilégient l’ancrage territorial, favorisent la pérennité de l’emploi et contribuent à la préservation des biens communs. Au fil de ces expériences, j’ai acquis la conviction que la coopération constitue un véritable levier de transformation économique et sociale, dans des secteurs aussi divers que l’alimentation, l’énergie, la santé, l’habitat, la petite enfance, la culture ou encore l’industrie.

En 2009, je prends la direction d’Alma, une SCOP grenobloise issue de la recherche universitaire et spécialisée à l’origine dans les logiciels industriels. Pendant quinze ans, j’accompagne son développement et sa diversification, notamment dans le secteur de la santé, avec le déploiement de solutions destinées aux centres hospitaliers universitaires, ainsi que dans son développement international, qui s’est traduit par la création de sept filiales. Alma est aujourd’hui une entreprise de près de 200 salariés, reconnue pour sa solidité économique et figurant parmi les 6 % des entreprises françaises les plus robustes. Durant ces quinze années, j’ai défendu et mis en œuvre une conception de l’entreprise comme espace de démocratie, d’émancipation et de responsabilité sociale et environnementale. Nous avons progressivement construit ce que nous appelons notre « petite République » : une entreprise dotée d’une constitution, dans laquelle chaque salarié est associé et participe à la vie collective en tant que citoyen de l’entreprise.

Ce modèle repose sur des principes exigeants : transparence des rémunérations comme des orientations stratégiques, partage équitable de la valeur créée, gouvernance démocratique et organisation du travail favorisant l’autonomie et la responsabilité.

Notre engagement s’est traduit également dans nos choix industriels et environnementaux : une production réalisée en France, sans sous-traitance, et un statut coopératif qui protège l’entreprise de la logique de revente et de la recherche de plus-value patrimoniale.

Enfin, je considère que la responsabilité de l’entreprise dépasse ses seules activités économiques. Nous nous engageons aux côtés d’associations sur des enjeux sociaux et environnementaux. À titre d’exemple, nous avons choisi de consacrer un terrain de 7 000 m² à la création d’un jardin forestier, en partenariat avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux, plutôt que de le vendre ou d’y construire de nouveaux bâtiments.

Mon parcours, mes engagements associatifs au mouvement coopératif, puis à la direction d’une entreprise industrielle, témoigne d’un fil conducteur : faire de l’économie un outil au service de l’intérêt collectif, de la démocratie et de la transition écologique. C’est cette articulation entre action concrète, transformation des organisations et engagement pour le bien commun qui continue de guider mon parcours.

Ma conscience politique s’est construite au contact des luttes sociales et des engagements de terrain. J’ai notamment accompagné des salariés, des collectifs et des organisations syndicales dans des combats industriels, comme ceux menés chez Ecopla ou Duralex. J’ai également travaillé aux côtés d’acteurs engagés dans la transition écologique, comme Terre Vivante.

Ces expériences ont conforté une conviction qui demeure centrale dans mon engagement : les transformations durables se construisent avec les personnes concernées, au plus près des réalités vécues et par l’action collective.

L’idée d’un engagement dans une candidature municipale s’est construite progressivement : je souhaitais agir à une échelle plus proche des habitantes et des habitants, au contact direct de leurs préoccupations et de leurs réalités quotidiennes.

Ces dernières années, l’aggravation des inégalités, la progression de l’extrême droite, du racisme et des discriminations, l’accélération de la crise écologique ainsi que les fragilisations démocratiques ont renforcé ma conviction que l’échelon local constitue un espace essentiel de résistance et de transformation. Face à ces évolutions, l’engagement municipal représente à mes yeux un levier concret pour préserver les solidarités, renforcer la démocratie et construire des perspectives collectives.

La dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, la mobilisation citoyenne qui l’a suivie, la dynamique du Nouveau Front populaire, ont confirmé cette conviction. Plus récemment, les mobilisations autour de la loi Duplomb ont également illustré la capacité de la société civile à se mobiliser pour défendre des choix de société. Ces moments ont renforcé ma confiance dans la force de l’action collective et dans la capacité des citoyens à reprendre prise sur leur avenir.

Je suis convaincue que la commune constitue un échelon déterminant. C’est à cette échelle que les orientations publiques prennent une dimension concrète et que les décisions peuvent transformer directement les conditions de vie. C’est aussi là que peut se construire une action publique élaborée avec les habitantes et les habitants, attentive aux besoins du territoire et capable de faire émerger des réponses collectives aux défis sociaux, économiques et environnementaux.

Je conçois ainsi l’engagement municipal comme une responsabilité démocratique majeure : celle de faire vivre la participation citoyenne, de renforcer les services et les solidarités, de protéger les biens communs et de favoriser des formes de développement respectueuses des personnes et de leur environnement.

Dans un contexte marqué par les logiques de marchandisation, les replis identitaires et les fragilisations des solidarités collectives, la commune doit être un espace de protection, d’émancipation et d’innovation démocratique. Elle peut constituer un rempart contre les inégalités et les divisions, mais aussi un lieu où se construit, concrètement, une autre manière de faire société.

 

Vous avez été très engagée sur la promotion du modèle coopératif et sur les valeurs de l’économie sociale et solidaire. Modèle économique où l’argent est au service des projets à long terme et ou les écarts de rémunérations sont réduits. Et pourtant ce secteur reste très minoritaire dans l’économie française. Comment expliquez-vous que malgré les crises, les dysfonctionnements du capitalisme financier et les impacts sociaux et écologiques qu’il génère, les entreprises de l’ESS ne pèsent pas plus lourd et qu’il n’y ait pas beaucoup plus d’entreprises sociales ? La motivation purement financière reste-elle la plus attractive pour les entrepreneurs et les dirigeants d’entreprises ? Aurez-vous des actions particulières à Grenoble sur le secteur de l’ESS ?

La France dispose d’un modèle entrepreneurial qui mérite d’être davantage reconnu et soutenu : celui des SCOP et des SCIC. Benoît Hamon, lorsqu’il était ministre délégué à l’Économie sociale et solidaire, avait porté une ambition volontariste pour développer les coopératives, faciliter les reprises d’entreprises par les salariés et faire des SCOP et des SCIC de véritables outils de développement économique et territorial. La loi ESS de 2014 a constitué une étape importante. La loi PACTE a ensuite ouvert de nouvelles perspectives sur la place de l’entreprise dans la société. Mais nous sommes encore loin d’une politique publique donnant au modèle coopératif les moyens de se développer à la hauteur de son potentiel.

Malgré les efforts de la CG Scop, les SCOP et les SCIC restent insuffisamment connues. Les dispositifs publics de financement et d’accompagnement des reprises d’entreprises ne sont pas toujours adaptés à leurs spécificités. Les entreprises classiques bénéficient encore d’une meilleure lisibilité auprès de nombreux financeurs et acteurs institutionnels.

La comparaison avec l’Italie est particulièrement intéressante. L’article 45 de sa Constitution reconnaît explicitement la fonction sociale des coopératives et prévoit que la loi favorise leur développement. L’Italie a également instauré un mécanisme de fonds mutualistes alimentés par 3 % des excédents des coopératives pour financer le développement du mouvement coopératif.

Cette différence traduit une conception plus explicitement affirmée de la place de la coopération dans l’organisation économique du pays.

Si ce modèle séduit les salariés et les collectivités territoriales, il reste encore trop peu utilisé en France.

Le secteur de l’économie sociale et solidaire est absolument central pour moi, à la fois en tant que Maire de Grenoble et en tant que vice-présidente de la Métropole chargée de l’économie. Je suis profondément convaincue de la nécessité de coproduire l’intérêt général, en associant les collectivités, les associations, les coopératives, les entreprises et les habitants.

Les valeurs portées par l’ESS, sa manière d’entreprendre, sa gouvernance démocratique et son ancrage territorial répondent directement aux grands défis de notre époque : la crise sociale, la crise démocratique et la crise environnementale. L’ESS n’est pas une économie périphérique ou simplement complémentaire : elle constitue une autre manière de produire, de travailler, de créer de la richesse et de répondre aux besoins de la population.

Je vois trois grands leviers d’action.

Premièrement, poursuivre et amplifier le soutien municipal au monde associatif et à l’économie sociale et solidaire. À Grenoble, nous avons fait le choix de soutenir fortement le tissu associatif, qui constitue une richesse essentielle pour notre ville. Les chiffres en témoignent : toutes directions confondues, les subventions recensées sont de plus de 18,3 millions d’euros en 2026.

Ce soutien n’est pas une simple dépense de fonctionnement. C’est un investissement dans le lien social, la solidarité, l’accès aux droits, la culture, le sport, l’éducation populaire et la capacité des habitants à agir collectivement. Les associations sont des actrices indispensables de la cohésion sociale et de la vitalité démocratique de notre territoire.

Nous voulons donc préserver et renforcer cette capacité d’action, en reconnaissant pleinement la place des acteurs associatifs et coopératifs dans la construction des politiques publiques.

Deuxièmement, réorienter et mieux conditionner notre stratégie de développement économique à l’échelle métropolitaine.

Nous devons interroger le modèle de développement économique que nous souhaitons pour notre territoire. Notre ambition est de favoriser une économie qui crée des emplois locaux, qui réponde aux besoins du territoire et qui contribue à sa transition écologique et sociale. Cela suppose de porter une attention particulière à l’utilisation de l’argent public. Lorsque la puissance publique soutient des entreprises privées, il est légitime d’attendre des contreparties à la hauteur de cet engagement : en matière de création et de qualité des emplois, d’ancrage territorial, de responsabilité environnementale, de partage de la valeur et d’utilité sociale.

Il ne s’agit pas d’opposer les différents modèles d’entreprise, mais de faire évoluer nos critères d’intervention économique. Nous devons mieux reconnaître les entreprises qui contribuent réellement à la résilience du territoire, à la relocalisation de certaines activités, à la transition écologique et à la satisfaction des besoins collectifs.

L’économie sociale et solidaire et le modèle coopératif ont toute leur place dans cette stratégie. Ils doivent être considérés comme des acteurs économiques à part entière, capables de créer de l’activité, de l’emploi et de l’innovation.

Troisièmement, faire de l’ESS et du modèle coopératif des leviers pour répondre à la raréfaction des ressources financières et à l’augmentation des besoins sociaux.

C’est un enjeu particulièrement important dans le contexte actuel. Les collectivités doivent faire face simultanément au vieillissement de la population, à l’augmentation des besoins liés à la santé et à la dépendance, au coût de la transition écologique, à la hausse des dépenses énergétiques et des matières premières, ainsi qu’à la contraction des ressources publiques.

Face à ces contraintes, nous ne pouvons pas nous résoudre à une logique d’austérité qui consisterait à réduire les services publics ou à transférer toujours davantage de missions au marché.

Nous devons explorer une autre voie : mieux mobiliser les ressources collectives déjà présentes sur notre territoire. Cela signifie s’appuyer davantage sur les associations, les habitants, les entreprises locales, les coopératives, les établissements publics, les compétences professionnelles, l’engagement bénévole et, lorsque cela est possible, l’épargne citoyenne.

C’est tout le sens de politiques publiques à haute intensité humaine : dans un contexte de ressources financières contraintes, la qualité et la densité des liens sociaux, la coopération et la capacité à agir ensemble deviennent de véritables ressources pour le territoire.

Des expériences comme celles de Preston, en Angleterre, ou de Bologne et Turin, en Italie, montrent que les collectivités peuvent agir autrement. En mobilisant leur commande publique, leur patrimoine, leurs investissements et leurs partenariats, elles peuvent renforcer les entreprises locales, soutenir les coopératives et développer les capacités économiques du territoire. Il ne s’agit plus seulement d’acheter des prestations sur un marché, mais de construire des écosystèmes économiques locaux qui répondent aux besoins des habitants.

C’est précisément ce que nous appelons le municipalisme coopératif : faire de la collectivité non seulement un financeur ou un organisateur de services, mais aussi un acteur qui met en relation, facilite, mutualise et permet aux forces du territoire de produire ensemble des réponses aux besoins collectifs.

La coopération ne doit donc pas être considérée comme une solution de substitution au service public, ni comme un moyen de faire reposer sur les citoyens des responsabilités qui relèvent des collectivités. Elle doit au contraire permettre de renforcer l’action publique, de démultiplier ses capacités et de construire des réponses plus durables.

Notre ambition est de faire de Grenoble et de son territoire métropolitain un territoire où l’économie est davantage au service des besoins humains, où la richesse créée bénéficie au plus grand nombre et où la coopération devient un véritable moteur de transformation écologique, sociale et démocratique.

 

Grenoble est de très longue date confrontée à des questions de délinquance majeure et de sécurité qui affectent la vie de ses habitantes et habitants et vous avez annoncé cet été la création d’un Comité Ethique et Scientifique dédié :  quelle est votre ambition et vos moyens d’action pour apaiser la ville ?

La sécurité est un sujet majeur, un droit pour toutes et tous et un service public essentiel au vivre-ensemble. Nous voulons lutter contre toutes les formes de violence, en portant une attention particulière aux personnes les plus vulnérables : les enfants victimes de harcèlement, les familles confrontées aux trafics de stupéfiants, les femmes victimes de violences conjugales, mais aussi les habitants confrontés aux conflits de voisinage et aux incivilités du quotidien.

Il faut d’abord rappeler clairement les responsabilités de chacun. L’État, au titre de ses compétences régaliennes, est le premier responsable de la sécurité. Le démantèlement des réseaux criminels, les enquêtes, le renseignement et la lutte contre l’enrichissement issu du trafic relèvent de la Police nationale et de la Justice. Sans une présence forte et structurée de l’État, aucun territoire ne peut durablement faire face à des organisations criminelles aussi structurées.

Pour autant, la municipalité a un rôle essentiel à jouer. La Ville dispose de responsabilités importantes en matière de sécurité, de tranquillité publique et de prévention de la délinquance. La Ville doit donc agir en étroite coordination avec la Police nationale, la Justice, le Parquet et les associations de terrain.

De Bonnemaison à Dubedout, jusqu’aux travaux parlementaires les plus récents, une conviction traverse les politiques de prévention et de sécurité : on ne construit pas une politique efficace en opposant prévention et sécurité, humanité et fermeté. Il faut agir sur ces deux dimensions, avec une articulation cohérente entre prévention, intervention, sanction et réparation.

C’est le fondement de notre projet, qui repose sur trois piliers complémentaires.

  • Le renforcement les moyens de la police municipale et sa présence dans les quartiers.
  • Mettre en place une coopération renforcée avec l’État et la Justice.

La lutte contre les trafics de stupéfiants et les réseaux criminels nécessite des moyens d’enquête et d’intervention qui relèvent de l’État. Nous porterons donc une demande d’affectation de 100 policiers nationaux judiciaires supplémentaires sur la circonscription de Grenoble.

Nous avons mis en place d’un Pacte républicain de sécurité locale associant l’État, la Justice, la Ville et les autres collectivités concernées. Nous souhaitons construire des coopérations avec les communes de la métropole et les autres collectivités de gauche, afin de coordonner les actions contre le narcotrafic et de porter collectivement les besoins de nos territoires.

  • Enfin faire de la prévention et de la médiation un véritable axe de la politique municipale de sécurité.

Nous souhaitons créer un pôle municipal de la sécurité et du vivre-ensemble, qui réunira les médiateurs, les associations, les acteurs socio-éducatifs, les universitaires et les services municipaux. Sa mission sera de développer des actions de prévention, de médiation et d’accompagnement des victimes, en complémentarité avec la police municipale et les services de l’État. Cela se traduira notamment par le recrutement de médiateurs de jour et de nuit, présents dans l’espace public et les équipements municipaux, selon une démarche d’aller-vers. Nous voulons également développer les actions de prévention auprès des jeunes, dans le périscolaire, les équipements de quartier et les clubs sportifs, en travaillant sur le respect, la gestion des conflits et la désescalade de la violence.

Il faut aussi mieux repérer et accompagner les situations de vulnérabilité, notamment les violences intrafamiliales et les violences faites aux femmes. Nous voulons renforcer les partenariats avec les associations spécialisées et étudier la création d’un lieu sanctuaire permettant d’accueillir et d’orienter les personnes victimes ou exposées aux violences.

Enfin, nous agirons sur l’environnement urbain et la tranquillité publique : amélioration de l’éclairage, aménagement des espaces publics, adaptation de l’implantation des caméras, renforcement de la brigade de l’espace public et lutte contre les incivilités et l’insécurité routière.

Nous voulons également mettre en place un comité éthique et scientifique associant chercheurs, policiers, magistrats, associations et représentants des institutions concernées, afin d’évaluer notre politique de sécurité et de garantir le respect des libertés publiques.

Notre ambition est claire : construire une politique de sécurité complète, cohérente et efficace. Nous ne voulons opposer ni prévention et sanction, ni police et médiation. La sécurité nécessite de l’autorité, des moyens, une présence humaine sur le terrain et un travail collectif de long terme.

C’est en associant pleinement l’État, la municipalité et la société civile, en conjuguant fermeté et prévention, que nous pourrons améliorer durablement la tranquillité publique et garantir à chacune et chacun le droit de vivre sereinement dans son quartier.

Spécifiquement le comité éthique et scientifique que nous proposons a précisément pour objectif de dépasser les positions dogmatiques sur la vidéoprotection, qu’elles soient favorables ou défavorables par principe. Il s’agit de disposer d’un regard indépendant et objectif sur son utilisation, en conciliant deux exigences : la garantie des libertés fondamentales et l’efficacité des dispositifs au regard des objectifs de sécurité.

Ce comité aura notamment pour mission d’étudier l’utilisation effective des images, leur contribution aux enquêtes de police et de justice, ainsi que leur utilité dans la résolution des affaires. Il devra également permettre d’évaluer objectivement les résultats obtenus au regard des moyens financiers mobilisés par la collectivité.

Sa composition pluridisciplinaire associera notamment des représentants associatifs, des juristes, des professeurs de droit et des personnalités qualifiées. L’objectif est de garantir une analyse indépendante, documentée et fondée sur des éléments scientifiques, afin d’éclairer les décisions de la municipalité et de faire évoluer la politique de vidéoprotection en fonction de son efficacité réelle, dans le respect des libertés publiques.

 

Coopérer, protéger et inventer : ces trois verbes d’actions ont rythmé les premiers mois de votre mandat : quelles sont les actions qui à vos yeux peuvent contribuer le plus au « faire société » à l’échelle de la ville ?

Coopérer, d’abord, parce qu’une ville ne se construit jamais seule ni depuis un bureau. Elle se construit avec celles et ceux qui y vivent, y travaillent et la font vivre au quotidien. Nous voulons redonner toute leur place aux habitantes et aux habitants, aux associations, aux commerçants, aux entreprises et aux acteurs de terrain. Cela signifie faire vivre les conseils de quartier, créer de nouveaux espaces de dialogue, soutenir les initiatives citoyennes et mieux associer les Grenobloises et les Grenoblois aux décisions qui les concernent. Nous voulons une ville qui écoute, qui rassemble et qui fait confiance à l’intelligence collective.

Protéger, ensuite, parce que chacune et chacun doit pouvoir vivre dignement et sereinement dans son quartier. Cela passe par la tranquillité publique, la sécurité, des espaces publics propres et bien entretenus, mais aussi par des services publics accessibles et des solidarités concrètes. Protéger, c’est être présent auprès des personnes les plus fragiles, accompagner les familles, permettre aux enfants de grandir dans de bonnes conditions, lutter contre toutes les formes de violence et veiller à ce que personne ne soit laissé de côté. C’est aussi garantir à chacune et chacun l’accès aux services essentiels, quels que soient son âge, ses ressources ou son lieu de vie.

Inventer, enfin, parce que nous devons préparer Grenoble aux transformations sociales, écologiques et économiques qui sont déjà à l’œuvre. Inventer, c’est trouver de nouvelles réponses aux problèmes du quotidien : mieux se loger, se déplacer plus facilement, accéder à une alimentation de qualité, adapter nos quartiers aux fortes chaleurs, préserver la nature en ville, développer les services publics et faciliter la vie des familles. C’est aussi s’appuyer sur les savoir-faire grenoblois, les associations, les acteurs économiques et les initiatives citoyennes pour expérimenter de nouvelles solutions et les faire grandir lorsqu’elles fonctionnent. Nous voulons une ville qui ose, qui anticipe et qui donne à chacun les moyens de prendre part aux changements.

Nous portons l’action et de la proximité : écouter, décider, agir et rendre compte. Nous voulons obtenir des résultats concrets, visibles dans la vie quotidienne, tout en inscrivant chaque décision dans une vision de long terme. Ce mandat doit être celui d’une ville qui fait davantage avec ses habitants, qui protège mieux et qui ne renonce jamais à inventer son avenir. Une ville plus juste, plus solidaire et plus écologique.

 

Quelle est votre vision de l’articulation entre Grenoble et Grenoble Alpes Métropole et quel rôle entendez-vous voir jouer par Grenoble à l’échelle du territoire d’attractivité élargi ?

Grenoble est le cœur battant de notre territoire. Ville-centre, ville de passage et de destination, elle est un lieu où l’on travaille, où l’on étudie, où l’on se rencontre et où l’on vient se divertir. Elle occupe une place singulière au sein de la Métropole et contribue pleinement à son dynamisme.

Devenir première vice-présidente a été une manière de faire reconnaître cette place et de lui donner toute sa dimension institutionnelle et politique.

Avec Guillaume Lissy, président de la Métropole, nous avons souhaité ouvrir une nouvelle page dans les relations entre Grenoble et les communes du territoire : celle d’une coopération renforcée entre nos institutions. Les relations entre une ville-centre et les autres communes ne sont jamais simples. Notre ambition est de mieux prendre en compte les spécificités grenobloises, sans pour autant négliger celles des autres communes. C’est aussi faire le choix de décisions partagées avec le président et d’une représentation du territoire que nous assumons ensemble, en binôme.

Notre Métropole rassemble 49 communes aux réalités économiques, géographiques et humaines très diverses. Cette diversité est une richesse, mais elle suppose également une forte solidarité, à l’intérieur de la Métropole comme avec les territoires voisins.

Je suis convaincue que Grenoble doit être un véritable moteur pour l’ensemble du territoire : une ville qui donne de l’élan, qui entraîne et qui contribue au rayonnement métropolitain.

Cette nouvelle articulation entre la Ville et la Métropole était d’autant plus nécessaire que de nombreux projets grenoblois sont portés conjointement par nos deux collectivités. Nous avions besoin de cet alignement pour adresser un message clair aux acteurs du territoire, mais surtout pour être au rendez-vous des attentes des habitants et apporter des réponses concrètes à leurs préoccupations.

L’eau, le logement, les mobilités sont autant de compétences métropolitaines qui nécessitent une coopération étroite avec les communes et qui nous donnent des leviers d’action directs sur le quotidien et le pouvoir d’achat des ménages.

Notre ambition ne doit pas être de rendre Grenoble attractive, mais de lui permettre de rayonner et d’inspirer. Nous devons faire de notre territoire un espace d’expérimentation et d’invention, capable d’oser des solutions nouvelles, de démontrer leur efficacité et de les faire essaimer au-delà de nos frontières métropolitaines.

Notre histoire nous y encourage. La municipalisation de l’eau ou encore les mutuelles de gantiers témoignent de cette capacité à être pionniers et à inventer des réponses qui peuvent ensuite inspirer d’autres territoires.

Enfin, en tant que vice-présidente chargée de l’économie, je souhaite contribuer à engager une véritable bifurcation des politiques économiques de la Métropole. Il s’agit de repenser nos priorités, d’accompagner les transformations économiques et de faire converger davantage notre développement économique avec les enjeux sociaux et écologiques. C’est aussi une manière de mettre l’économie au service du territoire, de ses habitants et de son avenir.

 

Comment voyez-vous l’élection présidentielle ? vous engagerez vous dans cette campagne et auprès de qui ?

J’aimerai parler de l’élection présidentielle depuis Grenoble, de Grenoble à la France nous devons construire une autre voie. C’est aussi le rôle que Grenoble peut jouer dans le débat national : faire connaître des expériences locales qui peuvent inspirer des politiques à l’échelle du pays.

Notre expérience montre que les politiques écologiques peuvent répondre à des enjeux sociaux très concrets. Développer les transports en commun et les mobilités douces, c’est faciliter l’accès à l’emploi et renforcer l’autonomie de chacun. Rénover les écoles, c’est réduire les consommations d’énergie, lutter contre la précarité énergétique et mieux protéger les enfants face aux fortes chaleurs. Végétaliser les espaces publics, c’est améliorer le cadre de vie tout en préparant la ville aux conséquences du changement climatique. Renforcer les services publics, c’est garantir l’égalité et faire vivre les principes républicains. Soutenir les coopératives et l’économie sociale et solidaire, c’est également démontrer qu’un autre modèle économique est possible.

Cette approche doit être au cœur des débats de 2027 : une écologie qui améliore concrètement les conditions de vie, qui accompagne les transformations nécessaires et qui veille à ne pas faire peser leur coût sur les ménages les plus modestes.

Cela suppose de faire des choix politiques clairs et de donner des moyens à nos ambitions. Nous devons investir dans les transports publics, le logement, la rénovation énergétique, l’école, l’hôpital, la petite enfance, l’agriculture et l’industrie. Nous devons également mieux accompagner les territoires et soutenir les activités qui créent des emplois durables. L’objectif est simple : améliorer le quotidien, réduire les dépenses contraintes et redonner du pouvoir d’achat à celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Cette ambition est d’autant plus importante que l’extrême droite continue de progresser en s’appuyant sur les difficultés sociales, le sentiment d’abandon et la défiance envers les institutions. Elle trouve un terrain favorable là où les services publics reculent, où les territoires se sentent délaissés et où les classes populaires ont le sentiment de ne plus être entendues.

Nous ne pourrons pas combattre efficacement l’extrême droite par la seule dénonciation de ses idées. Nous devons apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par nos concitoyens. Cela passe par le renforcement des services publics, la défense du pouvoir d’achat, la protection des travailleurs, une politique ambitieuse du logement et la transformation de notre modèle économique.

C’est dans cette perspective que Grenoble peut contribuer au débat national. Notre expérience ne constitue pas un modèle à reproduire à l’identique, mais elle montre que des politiques différentes peuvent être mises en œuvre, qu’elles peuvent produire des résultats et qu’elles peuvent être adaptées à d’autres réalités territoriales.

Nous avons expérimenté, obtenu des avancées, rencontré des difficultés et parfois dû revoir nos choix. Cette expérience nous permet aujourd’hui de défendre une conviction : la transformation écologique et sociale est possible, à condition de s’appuyer sur les réalités du quotidien et de construire des politiques publiques dans la durée.

À l’approche de 2027, notre responsabilité ne peut donc pas se limiter à présenter un programme électoral. Nous devons proposer un véritable projet de société. Un projet pour une France qui protège davantage ses enfants, développe les transports collectifs, rénove les logements, soutient les initiatives coopératives, donne les moyens nécessaires à ses services publics et associe plus étroitement les citoyens aux décisions qui les concernent. Nous devons défendre une conception de l’économie dans laquelle la richesse produite contribue davantage à l’intérêt général et au bien commun.

Ces transformations doivent être exigeantes, mais aussi être rassembleuses. Il ne s’agit pas de multiplier les déclarations ou les postures, mais de démontrer notre capacité à agir, à obtenir des résultats et à construire des majorités autour d’un projet commun.

Il est également essentiel de porter une vision positive de la transition écologique. Nous devons expliquer ce qu’elle permet d’améliorer dans la vie de chacun : une ville plus agréable à vivre, des espaces publics plus accueillants, des logements mieux isolés, des transports accessibles, des emplois utiles, des quartiers dynamiques et des services publics de qualité.

La transition écologique ne doit pas être présentée uniquement comme une succession d’efforts ou de contraintes. Elle doit aussi être synonyme de progrès social, de qualité de vie, de solidarité et de nouvelles perspectives.

Grenoble nous donne, à cet égard, une responsabilité particulière. Notre ville ne doit pas seulement être un territoire d’expérimentation. Elle peut devenir un point d’appui pour la gauche, pour les écologistes et pour toutes celles et ceux qui souhaitent engager une transformation profonde du pays.

Nous avons la possibilité de faire entendre une conviction simple : les réponses aux grands enjeux nationaux peuvent aussi se construire à partir des expériences locales.

C’est cette démarche que nous devons privilégier pour 2027. Une démarche qui ne consiste pas seulement à s’adresser aux Françaises et aux Français, mais à construire avec eux un projet collectif. Une démarche qui redonne toute sa place à la participation citoyenne et qui permette de renouer avec la confiance dans l’action politique.

Nous devons montrer qu’il existe une alternative au macronisme et à l’extrême droite. Elle repose sur la volonté de ne pas considérer les difficultés actuelles comme une fatalité et de toujours rechercher de nouvelles réponses collectives.

À l’approche de 2027, je crois donc que nous devons commencer par nous poser la bonne question. Avant de débattre des candidatures et des échéances électorales, nous devons définir ensemble la société que nous voulons construire et les priorités que nous souhaitons défendre.

Je souhaite prendre ma part à cette réflexion et à cette construction collective. Avec Grenoble comme point d’appui, l’écologie comme ligne directrice, la justice sociale comme exigence, la démocratie comme méthode et le rassemblement comme objectif.

Je suis convaincue qu’une autre politique est possible et qu’une autre France peut être construite. Nous en avons déjà engagé certaines étapes ici, à Grenoble.

 

 

Des propos recueillis par Coryne Nicq- octobre 2026

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