César, 13 ans : Les mots et le rap pour le Climat
À seulement 13 ans, César transforme son inquiétude face au dérèglement climatique en créations artistiques. Entre rap, cinéma et écriture, il raconte comment l'art peut sensibiliser, rassembler et donner envie d'agir, sans renoncer à l'optimisme.
La Fabrique d’avenir : César, tu as 13 ans et c’est à 7 ans que tu as pris ta claque climatique. tu expliques cela dans ce livre édité à la mer salée : « Le Futur ? Même pas peur ». Peux tu nous raconter cette prise de conscience et tes premiers actes ?
César : En 2020 pendant le confinement, avec mes parents, on a commencé à se renseigner sur le sujet du dérèglement climatique. On savait déjà que le changement climatique existait. On faisait déjà des petits gestes comme tirer la chasse avec l’eau de la douche mais on n’avait pas conscience de l’urgence. Puis on s’est mis à écouter des podcasts, lire des articles, s’intéresser aux auteurs du GIEC « Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat »,… Et là on a pris notre claque climatique, c’est à dire conscience de l’impact du dérèglement. On a commencé par faire des petites actions qui n’ont pas beaucoup d’impact mais sont bien pour commencer et ne pas être éco-anxieux. Car oui, il faut se bouger pour ne pas être éco-anxieux ! Après s’être sensibilisés on a entendu, sur un chat des Shifters, le IPCC rap de Baba Brinkman qui veut dire le rap du GIEC en anglais. IPCC Rap était en anglais et résumait les rapports du GIEC. Les personnes sur le chat disaient que c’était dommage qu’il n’y ait pas de version française. Alors avec mes parents pour rigoler on a traduit IPCC, fait en sorte que ça rime et demandé à Baba s’il serait d’accord pour qu’on fasse une vraie version en français. Baba était trop content ! On a aussi contacté une association qui s’occupe de la protection des jeunes sur les réseaux parce que j’avais 9 ans, alors poster un clip de rap climatique sur YouTube… mes parents étaient pas super chauds. On a suivi leurs conseils, comme désactiver les commentaires. Mon père m’a fait rencontrer d’autres jeunes, on est allés rencontrer les Youth For Climate. C’était top de voir tous ces lycées et étudiants parler des actions. GIEC Rap a bien plu mais nos amis nous on dit que le rap était triste. Le refrain c’est : guerre, famine, maladie… C ‘est vrai qu’il y a plus fun. Pour faire un rap plus joyeux j’ai repris “La Quête” d’Orelsan et on a fait “Ma journée”. Orelsan parle de sa vie, moi à 9 ans ma journée c’était déjà pas mal. Les paroles sont sur le sujet de l’urgence climatique. Puis les Youth For Climate, dont faisait partie Esther Lecordier, une des activistes qui m’inspire le plus, m’ont proposé de rapper à la fin d’une manifestation mondiale du climat. Il y avait là-bas aussi Adam l’ancien, un rappeur nantais qui y chante pour plus de justice sociale. Il m’a proposé de venir rapper avec lui dans un parc et un bar le lendemain. Grâce à lui j’ai fait mon premier open mic, qui m’a amené à faire plus de rap et à continuer de parler du climat avec cet art.
Tu te définis comme Artiviste. Peut-tu nous parler de ton artivisme ? Écris-tu toi-même tes textes ?
Comme définition je dirais ça :
Artiviste (nom f/m) : est une personne qui s’aide de son art pour lutter. Ex : Planète Boum Boum est un groupe artiviste car ils chantent contre le dérèglement climatique et pour la justice sociale. Par exemple je m’aide du rap, du cinéma et la littérature pour défendre la biodiversité avec plus de justice sociale et climatique.
J’écris les paroles de rap avec mon père et on a pas mal d’inspiration sur le vélo car le cerveau peut réfléchir à autre chose en même temps que pédaler. Enfin, sur les pistes cyclables, sinon c’est trop dangereux. Comme on passe beaucoup de temps à vélo on a plein d’inspi !
Un jour on m’a proposé de passer un casting pour un court métrage de fin d’étude d’une école de cinéma à Nantes, Ciné-Sup. C’est un autre rappeur nantais qui connaissait les étudiants qui a pensé à me passer l’info. J’ai été pris et j’ai adoré les deux semaines de tournage. Le film s’appelle Poisson-Lune, c’est de Stella-Marie Laurent. Après ça, j’ai demandé à mon père de trouver d’autres castings car j’adore jouer, c’est comme quand tu joues dans ta chambre à un monde imaginaire sauf qu’il y a une caméra en plus. Et le cinéma peut faire passer beaucoup de messages et peut changer le monde, la façon dont on vit. Alors j’ai très envie de continuer le rap et les films pour changer nos modes de vie et mieux respecter la nature et les générations futures !
Et si il ne fallait retenir qu’un ou deux de tes sons, lesquels nous conseilles-tu ?
Je fais deux types de chansons, le premier ce sont des chansons sur le climat qui ont pour but de d’ambiancer et de sensibiliser : Slow Life, Amer, GIEC rap, Éco-Héros, Ma journée, Pour le climat… Le deuxième ce sont des chansons qui parlent d’un thème précis : A69, 8 puits de pétrole, Mon petit média, Océan, Carnage Total, Omnibus, THT, Le père Noël n’existe pas (avec Sammy B)… Je pense que tout les chansons se complètent.
Si je ne dois en donner que deux, c’est dur, hum, je dirais : Éco-héros pour le message et Slow Life pour l’ambiance !
Dans ce livre tu nous présentes ta vision du monde en 2050. Peux-tu nous faire part de quelques-unes de ces positions qui sont finalement assez positives ?
En 2050 les personnes auront toutes pris conscience de l’urgence climatique et émettront maximum 2 tonnes de CO2 équivalent par an. Comme il y aura moins d’énergie fossile, l’agriculture occupera une place importante dans notre société. On s’aidera des chevaux, des bœuf. Il y aura plus de potagers et de vélos. D’ailleurs les voitures seront réservées aux prioritaires (personnes à mobilité réduite, pompiers, urgences,…). Le kérosène sera taxé et l’argent de la taxation sera réinjecté dans les réseaux ferroviaires car le voyage fait partie de l’aventure. Les rues seront aménagées pour les piétons et les vélos. Et puis les personnes iront plus dans les campagnes vivre leur slow life. On ne surconsommera plus du tout et on fera beaucoup plus de fêtes entre amis parce que seul on va plus vite, ensemble on va plus loin !
Dans ce livre, tu te dis favorable au vote des enfants. Dès que les enfants se sentent prêts. Tu te dis enfantiste. Peux-tu nous présenter ces positions ?
Enfantisme : L’enfantisme est un mouvement de défense des droits des enfants et de lutte contre la domination adulte.
Misopédie / infantisme : est défini comme une discrimination systémique et collective envers les enfants, allant au-delà des interactions familiales. Cela concerne non seulement les comportements individuels, comme les relations entre parents et enfants, mais aussi des choix politiques et économiques qui ne prennent pas suffisamment en compte les intérêts des enfants.
Pour le droit de vote des enfants d’abord ce seraient les parents qui voteraient pour l’enfant, dès la naissance, et quand l’enfant se sentirait prêt, qu’il aurait par exemple compris qu’il faut regarder ce que les partis votent à l’Assemblée nationale plutôt que de faire confiance aveuglément à leur programme, c’était un exemple parmi plein d’autres, eh bien il pourrait voter. Vous allez me dire que les enfants c’est influençable, mais si les entreprises dépensent autant dans la pub, que les milliardaires rachètent des instituts de sondage ou des médias c’est que les adultes sont eux aussi influençables ! Et les arguments contre le droit de vote des enfants sont les mêmes que ceux qui étaient contre le droit de vote des femmes : pas capables, influençables, comprennent rien… Mais on comprend tout je vous dis !
Tu as joué récemment dans un film, On était des loups, réalisé par François Busnel, animateur très connu de la Grande Librairie. Comment as-tu vécu cette expérience ?
Jouer dans un film a été une expérience très enrichissante, l’équipe était géniale et ça m’a donné envie d’en faire d’autres. L’histoire est tirée du roman de Sandrine Colette « On était des loups » pour l’adapter en film. Ça se passe énormément dans la nature, les décors sont magnifiques. Il y a aussi une grande partie à cheval. Je fais de l’équitation car je trouve que c’est un moyen de déplacement futuriste mais qui réunit aussi le passé. Les palefreniers étaient trop drôles, les chevaux, Tank et César, trop gentils.
François m’a super bien dirigé et je n’ai pas vu le temps passer sur le tournage. C’est du travail, mais c’est comme pour la musique, on joue, on s’éclate.
Et tu aimes grimper dans les arbres. Quels conseils nous donnes-tu pour grimper dans les arbres ?
Tout le guide pour grimper dans les arbres est dans mon livre. Il y a même un QRCode vers une vidéo pour mieux comprendre.
On peut grimper dans les arbres pour les défendre comme le font les écureuils, surnom donné aux activistes qui défendent les arbres en montant dedans. En gros, pour défendre une forêt il faut grimper dans les arbres avant que les travaux de coupe commencent, attacher les arbres entre eux avec des cordes, comme ça ils ne peuvent pas les couper sans faire un effet domino et mettre en danger la vie des grimpeurs qui sont quelque part dans un ou des arbres. Et surtout, il faut tout filmer pour assurer sa sécurité, quand y’a une vidéo ils font plus attention à ne pas blesser les écureuils. Mais si tu veux plus d’infos il faut contacter les pro du GNSA et d’Extinction Rébellion qui utilisent souvent ces techniques.
Enfin, mon plus grand conseil, c’est de s’éclater avec ses amis en montant dans les arbres. Il faut s’entraîner beaucoup afin d’être prêt le jour ou une forêt est en danger près de chez soi. Attention à toujours respecter les arbres, les règles de sécurité et les notices des équipements !