Santé mentale : Lyynk, l’application pour recréer du lien entre adolescents et adultes de confiance

Née d’une expérience personnelle de harcèlement scolaire, l’application Lyynk s’est imposée comme un outil innovant dédié au bien-être des jeunes par la créatrice de contenu Miel Abitbol. Son père, cofondateur, revient sur la genèse du projet, sa démarche de co-construction avec des experts en santé mentale et son ambition : offrir un espace sécurisé pour libérer la parole et renforcer le dialogue entre générations.

 

La Fabrique d’avenir : Miel, qui rappelons le, est très suivie sur les réseaux sociaux à propos de la santé mentale des jeunes, a évoqué très régulièrement que le projet Lyynk était né de sa propre expérience difficile, marquée par le harcèlement scolaire et des conséquences pour sa santé mentale. Guirchaume, en tant que père, comment avez-vous vécu cette période et qu’est-ce qui vous a convaincu de vous engager à ses côtés dans ce projet d’application Lyynk ? Comment votre expérience dans la tech a-t-elle inspiré la conception de l’application ?

Guirchaume Abitbol : On est forcément très surpris, choqué, car jamais on imagine vivre ce genre de situation au sein de sa propre famille. Ensuite est venu le temps de la prise en charge afin de l’accompagner de la meilleure manière dans son combat pour sa santé mentale, en acceptant
que ce soit un parcours long. C’est une période très marquante de ma vie, mais qui a également beaucoup fait évoluer ma propre personne, et qui nous a rapprochés avec ma fille. Alors quand elle est venue me voir avec son idée d’application, ça a tout de suite raisonné en moi, en particulier sur l’importance de développer et de maintenir un lien solide avec ses adolescents. Utiliser notre expérience personnelle et mes compétences dans la tech était une évidence. Outre le fait que nous soyons entièrement autofinancés, nous avons pu éviter les écueils que beaucoup d’entrepreneurs rencontrent quand ils lancent un projet. Mon expérience dans le domaine a généré de gros gains de temps sans aucun doute.

 

Lyynk se présente comme un « espace sécurisé » pour renforcer le dialogue entre les jeunes et leurs adultes de confiance. Pouvez-vous nous expliquer en quoi cette application se distingue des autres outils dédiés à la santé mentale des jeunes ? Quels sont les éléments clés qui, selon vous, en ont fait un succès immédiat ?

Lyynk ne se limite pas à une application de suivi de bien-être classique. Ce qui la rend unique, c’est qu’elle crée un véritable espace sécurisé où les jeunes peuvent exprimer leurs émotions tout en renforçant la confiance avec leurs adultes de référence. L’application offre des outils simples mais efficaces, comme un journal intime ou un calendrier émotionnel, qui aident les jeunes à mieux se comprendre et à partager ce qu’ils vivent à leur rythme. Ce qui distingue Lyynk des autres applications, c’est aussi l’accompagnement proposé aux adultes, souvent démunis face aux difficultés des jeunes, avec des ressources concrètes et un forum animé par des professionnels. En résumé, Lyynk crée un lien authentique entre jeunes et adultes, ce qui est essentiel pour soutenir la santé mentale. De plus, l’application est entièrement gratuite pour les jeunes, ce qui permet à tous d’accéder à un soutien sans barrière financière.

Le succès rapide de Lyynk s’explique surtout par le fait qu’elle répond à un besoin réel et urgent chez les jeunes : leur détresse psychologique et le besoin de trouver un refuge sûr. L’application ne se contente pas d’offrir un espace d’écoute, elle propose aussi des solutions concrètes et accessibles au quotidien, ce qui fait toute la différence. Ce succès est aussi dû à l’histoire inspirante de Miel, qui a su toucher et engager les utilisateurs dès le lancement. Les jeunes et les adultes se sont attachés à cette initiative, ce qui a permis à Lyynk de décoller rapidement et de devenir une référence dans le domaine.

 

Vous travaillez en étroite collaboration avec une ou des psychiatres pour valider les contenus de Lyynk. Comment s’organise cette collaboration ? Comment garantissez-vous que les ressources proposées répondent aux besoins réels des jeunes, tout en restant accessibles et rassurantes pour les parents ?

Nous travaillons avec des psychiatres, neuropsychologues et autres experts pour concevoir et valider tous les contenus de l’application. Par exemple, le Dr Claire Morin, psychiatre spécialisée dans la santé mentale des jeunes, supervise et valide chaque ressource pour garantir leur exactitude médicale et leur accessibilité. Nous veillons aussi à ce que les informations soient présentées de manière claire et accessible pour les jeunes et leurs parents.

 

Lyynk a été saluée comme une réussite de la French Tech en 2024, avec une forte adoption et une reconnaissance institutionnelle (audition à l’Assemblée nationale, dans des ministères etc..). quel est le modèle économique ? Quels sont vos objectifs pour les mois et années à venir ? Quels défis anticipez-vous ?

Lyynk est un projet que j’ai entièrement financé par engagement pour notre jeunesse. Proposer un outil entièrement gratuit et sans publicité était un choix de départ, car la santé mentale des jeunes doit être accessible à tous, et les personnes en situation de précarité sont les plus touchées. Pour être honnête, définir un modèle économique n’a pas été notre priorité. Il s’avère pourtant que c’est indispensable afin de pérenniser le projet et de développer de nouvelles fonctionnalités, et c’est la raison pour laquelle nous avons développé un programme à destination des établissements scolaires et d’enseignement supérieur. L’idée est de faire du bien-être un sujet central dans les établissements. Nous développons aussi une offre à destination des mutuelles afin qu’elles prennent en charge les accès à destination des adultes de confiance, et une application pour les professionnels de santé mentale qui pourront dorénavant garder le lien avec leurs patients entre les séances. Nous déplorons cependant l’absence totale de soutien financier des pouvoirs publics, alors que nous considérons que nos actions relèvent d’une mission de service public.

 

Miel a participé au Parlement des jeunes au CESE récemment. La rencontre avec les jeunes, les échanges avec eux font ils aussi partie de votre démarche ?

Ces rencontres sont au coeur de notre démarche, car nous croyons que le dialogue avec les jeunes est essentiel pour comprendre leurs besoins réels. C’est en prêtant attention à ce qu’ils vivent, à leurs difficultés mais aussi à leurs espoirs, que l’on peut construire un accompagnement qui fait sens. La communication est la base essentielle de tout soutien efficace.

C’est pourquoi Miel multiplie les rencontres dans les écoles et d’autres lieux de vie des jeunes : ces échanges directs permettent de mieux comprendre leurs besoins, de leur donner la parole, et surtout, de leur insuffler de l’espoir. Parce que nous pensons qu’entendre un jeune, c’est aussi lui montrer qu’il n’est pas seul, et que des solutions existent.

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