TRIBUNE : Un Plan robuste pour faire face aux crises
The Shift Project, groupe de réflexion co-fondé et présidé par Jean-Marc Jancovici, publie le 14 octobre un nouvel ouvrage intitulé « Réussir à l’ère des crises. Un plan robuste pour l’économie française » (éd. Odile Jacob) pour remettre les enjeux énergétiques et climatiques au cœur du débat public avant la présidentielle de 2027.
Grande soirée de publication du livre : Réussir à l’ère des crises – The Shift Project

Les marins le savent : ce n’est pas au milieu de la tempête qu’on fabrique sa boussole. Pour maintenir son cap malgré les turbulences, il faut avoir un plan de navigation solide, des équipements fiables, et un équipage bien rodé. Tout cela se prépare.
Canicules à répétition, sécheresse record, flambée du prix des carburants… Si nous voulons éviter, autant que faire se peut, les tempêtes énergétiques et climatiques qui s’annoncent, et dont nous percevons déjà les premières bourrasques, la France doit se doter d’un plan. Et ce plan doit-être robuste.
Pourquoi robuste ? Parce qu’on ne peut pas tout prévoir. En 2022, nous avons publié Le Plan de transformation de l’économie française, où nous proposions des leviers de décarbonation dans une quinzaine de secteurs pour permettre à la France de baisser ses émissions de 5 % par an afin d’atteindre les objectifs fixés dans l’Accord de Paris. Ce plan supposait implicitement, dans ses chiffrages et propositions, un monde stable et prévisible pour décennies suivantes. Nous avions déjà travaillé sur les risques d’approvisionnement de l’Union européenne en gaz et en pétrole, mais nous n’avions pas prévu que le mandat 2022-2027 nous plongerait dans une telle ère de conflits et d’instabilité, avec l’invasion de l’Ukraine, le blocage du détroit d’Ormuz et l’envolée des prix de l’énergie…
En ingénierie, la robustesse désigne la capacité d’un système à fonctionner en toutes circonstances. Un train à grande vitesse, une centrale nucléaire ou un avion de ligne doivent continuer à marcher « quoi qu’il arrive ». Il en va de même pour l’effort de décarbonation enclenché par la France : il doit être mené avec ambition, coûte que coûte, quelles que soient les perturbations externes ou internes auxquelles nous seront confrontés.
Planifier de façon robuste, c’est atteindre nos objectifs de décarbonation même si certains chantiers sont ralentis, ou d’autres complètement arrêtés. Planifier de façon robuste, c’est anticiper les obstacles, se donner des marges de manœuvre, pour ne pas laisser dérailler le train de la décarbonation. Et si le déploiement des véhicules électriques prenait du retard ? Et si nous manquions de cuivre pour répondre à la demande ? Et si la production agricole était insuffisante pour produire des biocarburants ou des biomatériaux ?… Nous ne pourrons jamais anticiper tous les scénarios possibles, mais quoi qu’il arrive, nous devons continuer à nous libérer des énergies fossiles, et à réduire notre impact sur le changement climatique. Même si rien ne se passe comme prévu.
À six mois de l’élection présidentielle de 2027, nous souhaitons donc donner à la France les moyens de faire face aux crises qui ne manqueront pas d’advenir. Réussir cette transition, ce n’est pas seulement réduire nos émissions : c’est sécuriser notre économie, renforcer notre souveraineté et mettre de plus en plus de Français à l’abri des chocs énergétiques. La France peut encore réussir sa décarbonation à condition d’en faire une priorité absolue dès le prochain quinquennat, et de mener de front tous les chantiers requis.
Quatre consignes pour réussir dans l’incertitude
Pour mener à bien la transformation de notre économie tout en restant agiles, nous proposons quatre principes qui doivent guider toutes nos actions.
Premièrement, il faut réduire le plus rapidement possible notre consommation d’énergies fossiles. L’Union européenne importe aujourd’hui 90 % de son gaz et plus de 95 % de son pétrole. Pour nous fournir en énergie, élément essentiel qui irrigue l’ensemble de notre société, nous sommes à la merci de pays fournisseurs aux intentions parfois franchement inamicales (Russie, États-Unis, etc.). Et, quand bien même ils resteraient bienveillants, leur production d’hydrocarbures est, pour la plupart d’entre eux, déjà en déclin ou sur le point de l’être. Notre dépendance actuelle aux énergies fossiles constitue donc une vulnérabilité bien trop importante.
Deuxièmement, il ne faut pas que nous mobilisions trop de matériaux pour bâtir notre économie décarbonée. Pour sortir des énergies fossiles, nous devrons remplacer de nombreux équipements et construire de nombreuses infrastructures. L’électrification du transport va, par exemple, nécessiter beaucoup de cuivre. Plus notre transformation sera sobre en matière première, moins nous aurons de risques de ruptures d’approvisionnement, et plus nous aurons de chance de la terminer rapidement.
Troisièmement, il ne faut pas compter sur une trop grande disponibilité de biomasse, c’est-à-dire de production agricole et forestière, pour remplacer les énergies fossiles. Ces ressources sont d’ores et déjà soumises à de nombreuses pressions (pollution, artificialisation…) qui sont aggravées par le changement climatique. Au-delà des services inestimables que nous rend la biodiversité, nous aurons besoin d’une grande quantité de biomasse pour nourrir la population humaine et les animaux d’élevage, mais aussi pour fournir les matières premières essentielles à la décarbonation de certains secteurs, comme le bois et les isolants biosourcés dans la construction. Miser sur une quantité trop importante de biomasse pour produire de l’énergie pourrait engendrer de graves conflits d’usage, et fragiliser encore davantage les sols et la biodiversité.
Enfin, il nous faudra faire face à l’incertitude avec lucidité. Ce que nous savons avec certitude, c’est que les prochaines décennies auront leur lot de crises et de perturbations. Il nous faudra donc sécuriser notre transformation malgré ces chocs : mener tous les chantiers avec des objectifs un peu plus ambitieux que nécessaire, avoir des plans B, C ou même D pour tenir nos objectifs de décarbonation, diversifier les options pour réduire les risques d’échecs, et savoir trancher et arbitrer, mais si cela peut parfois se révéler difficile.
Les chantiers incontournables de la décarbonation
Transformer l’économie est un effort de longue haleine qui va devoir occuper les acteurs français dans les 20 prochaines années. Nous sevrer des énergies fossiles, encore omniprésentes, et réduire nos émissions de gaz à effet de serre nécessite de repenser bon nombre d’activités économiques. En voici un aperçu non exhaustif.
L’énergie
Commençons par le cœur de notre économie : l’énergie. Jean-Marc Jancovici aime le rappeler : tout ce qui nous entoure, c’est de l’énergie, et en particulier de l’énergie fossile. L’ordinateur ou le smartphone via lequel vous lisez cet article a très probablement été fabriqué en Chine, grâce à une électricité produite en partie avec du charbon, puis acheminé jusqu’à vous dans des bateaux puis dans des camions carburant au pétrole. Nous faisons l’hypothèse hardie que vous portez des vêtements, eux-mêmes fabriqués avec de l’énergie fossile, voire avec des fibres synthétiques elles-mêmes issues de pétrole. Le petit-déjeuner que vous avez pris ce matin, que vous aimiez le café, le thé, le chocolat ou les céréales, est arrivé jusqu’à votre cuisine grâce au pétrole. De manière générale, la France dépend à 60 % des énergies fossiles pour le fonctionnement de son économie, voire à 70 % si l’on intègre l’énergie nécessaire à la production et au transport des biens et services que nous importons. C’est ce que nous appelons au Shift Project « l’exposition énergétique ».
Pour sortir des énergies fossiles, nous devons électrifier autant que possible nos activités, que ce soit dans le transport, l’industrie ou encore le chauffage des bâtiments. Nous allons devoir pour cela augmenter nos capacités de production d’électricité bas-carbone, en développant d’une part les énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien sur terre et en mer), en prolongeant le parc nucléaire historique et en lançant de nouveaux réacteurs EPR2. Il faudra aussi, pour les usages qui ne peuvent être électrifiés, comme le transport maritime par exemple, produire davantage de bioénergie, avec les limites évoquées plus haut sur les conflits d’usage de la biomasse et les pressions exercées sur les écosystèmes naturels. Il nous faudra, dans tous les cas, maîtriser notre consommation d’énergie partout où c’est possible : report vers des modes de transport plus efficaces, réduction du trafic aérien, isolation des bâtiments, maîtrise du déploiement des centres de données et de l’usage du numérique, etc.
L’agriculture
Le secteur agricole français doit aujourd’hui résoudre une équation bien ardue : nourrir la population, exporter une partie de sa production, produire des matières premières et de l’énergie en substitution aux énergies fossiles, mais aussi jouer un rôle de puits de carbone pour capter les émissions résiduelles de CO2, réduire sa consommation d’intrants, préserver la biodiversité et s’adapter aux effets du changement climatique. Sans oublier d’améliorer la rémunération et les conditions de travail des agriculteurs. Si elle peut sembler impossible, cette équation est pourtant la clé de notre souveraineté agricole, voire de notre souveraineté tout court.
Alors, par où commencer ? Plusieurs conditions doivent être réunies pour assurer la décarbonation du secteur, sa résilience face aux aléas, et sa prospérité. Tout d’abord, et vous nous pardonnerez pour notre manque d’originalité, il faut planifier. La planification est en effet essentielle pour anticiper les arbitrages sur l’usage de la biomasse entre les (nombreux) secteurs de l’économie qui en réclament pour leur propre décarbonation. Il convient aussi de mener une reconfiguration économique profonde du secteur afin de ne pas laisser les agriculteurs assumer seuls le risque financier de la transition. Lorsque nous avons consulté près de 8 000 agriculteurs, en partenariat avec l’association des Shifters, 87 % des répondants se sont déclaré prêts à accélérer ou à engager leur transition vers des pratiques agroécologiques à condition d’être soutenus financièrement. Il faut aussi s’assurer que la « demande », c’est-à-dire la consommation des produits agricoles mis sur le marché, soit en phase avec l’évolution de la production, en allant vers moins de viande, mais de meilleure qualité, et davantage de protéines végétales et de produits français.
En termes d’actions concrètes, le secteur doit porter ses efforts sur le redéploiement massif des légumineuses (pois, soja, haricots, lentilles…), des plantes ayant le pouvoir de fertiliser naturellement le sol en azote, donc de réduire notre dépendance aux engrais azotés de synthèse, tout en produisant des protéines végétales bas-carbone. Les élevages bovins doivent être transformés en profondeur : avec près de 16 millions de vaches, la filière bovine est responsable de près de la moitié des émissions du secteur, principalement via le méthane issu de la fermentation entérique des ruminants. Il faut donc réduire la taille du cheptel tout en en préservant les élevages à l’herbe, car les prairies sont de beaux réservoirs de biodiversité et de précieux puits de carbone qui favorisent l’autonomie alimentaire des troupeaux et leur adaptation au changement climatique. L’élevage doit aussi être mieux réparti sur le territoire français, afin de fertiliser les cultures avec des déjections animales plutôt qu’avec des engrais importés, et la polyculture-élevage doit être encouragée.
Plus globalement, au-delà des enjeux énergétiques et climatiques, l’adoption de pratiques agroécologiques présente d’innombrables avantages pour les écosystèmes et leurs habitants (y compris humains) : qualité de l’air, de l’eau, préservation des sols, de la biodiversité, et donc meilleure capacité à résister aux aléas climatiques et aux maladies.
Le transport
Certains secteurs travaillent sur leur propre décarbonation depuis longtemps, souvent parce qu’ils sont parmi les plus émissifs. C’est par exemple le cas des transports, qui représentent aujourd’hui 37 % des émissions nationales. La dépendance du secteur aux énergies fossiles est encore immense : 90 % de l’énergie que nous utilisons pour déplacer des personnes ou des marchandises est issue du pétrole. Plusieurs leviers doivent donc impérativement être actionnés ou renforcés lors du prochain mandat présidentiel.
Premier levier fondamental : le report modal, que ce soit pour la mobilité quotidienne, les longues distances ou le fret. Par exemple, 30 à 50 % des trajets quotidiens pourraient être parcourus à vélo, contre seulement 3 à 4 % aujourd’hui. Les transports en commun doivent être déployés partout où ils peuvent être suffisamment remplis, afin de limiter le recours à la voiture individuelle. Dans les zones rurales où ces alternatives sont plus délicates à massifier, le covoiturage doit être encouragé. Et parce que l’envie de voyager ne faiblit pas, nous misons sur un triplement du nombre de voyageurs en train à horizon 2050, qui nécessite d’importants investissements dans le réseau ferroviaire, et le renouvellement des matériels. Le trafic aérien doit baisser d’au moins un tiers pour atteindre les objectifs de décarbonation nationaux.
Autre levier absolument central pour décarboner la mobilité : l’électrification des véhicules. Il est ici important de rappeler que sur l’ensemble de son cycle de vie, en comptant donc l’extraction des matières premières et la fabrication des batteries, une voiture électrique émet trois à cinq fois moins de CO2 que son équivalent thermique. Les freins techniques étant levés les uns après les autres, il s’agit désormais de développer des véhicules électriques abordables, légers et made in Europe. Dans le transport de marchandises, le report modal du fret routier vers le fret ferroviaire, et l’électrification des camions sont aussi deux leviers incontournables.
Enfin, il est nécessaire de former les professionnels de l’automobile qui conseillent les clients sur le choix de leur véhicule (commerciaux, moniteurs d’autoécole, etc.) pour renforcer un discours positif sur le véhicule électrique. Avis aux intéressés : le Shift Project et les Shifters lancent une grande consultation à destination de ces professionnels de l’automobile, pour mieux comprendre leur perception de la transition, leurs freins, et leur motivation pour aller plus loin.
L’emploi et la formation : anticiper pour mieux répondre aux besoins
Dans nos travaux, nous nous intéressons davantage aux données physiques (kilomètres, tonnes, térawatt-heures…) qu’aux euros. Et parmi ces données physiques, il en est une qui est particulièrement délicate à manipuler : l’être humain ! Pourtant, c’est une donnée cruciale pour la décarbonation : s’il n’y a pas suffisamment de personnes avec les bonnes compétences, au bon endroit, au bon moment, la transformation profonde de notre économie ne pourra avoir lieu.
C’est pourquoi le Shift Project travaille depuis longtemps sur la question de l’emploi et de la formation, d’autant que la décarbonation pourrait créer des centaines de milliers d’emplois dans les secteurs clés : électricité bas-carbone, transports en commun, rénovation des bâtiments… À l’inverse, certaines activités comme le transport aérien ou le fret routier vont voir leurs effectifs se contracter. Il faut donc anticiper dès maintenant ces profondes mutations du monde du travail, donner de la visibilité aux acteurs économiques pour qu’ils identifient leurs besoins en emploi et en compétences, prévoir les formations adaptées, et faciliter les reconversions.
Au-delà des secteurs clés de la décarbonation, tous les métiers sont concernés. Dans certains cas, ce n’est pas le cœur de métier qui évolue, mais la finalité qu’il sert : une soudeuse peut consacrer ses talents à une plateforme pétrolière, ou à la fabrication d’éoliennes. Un chef de chantier peut construire une autoroute… ou une piste cyclable ! Dans les bureaux aussi, les fonctions devront évoluer : un responsable des achats devra ainsi tenir compte du bilan carbone de ses approvisionnements, et discuter avec ses fournisseurs d’alternatives moins carbonées. Les acteurs de la formation devront eux-mêmes s’adapter pour intégrer la transition à l’ensemble des programmes.
Des transformations à mener dans l’ensemble des secteurs
Notre plan robuste concerne aussi des secteurs moins habitués à se préoccuper de leur décarbonation, soit parce que leur part d’émissions nationales est minime, soit parce que leur priorité est ailleurs, ou encore parce qu’ils accélèrent déjà la transition d’autres secteurs. S’ils bénéficient presque mécaniquement des transformations décrites précédemment, ils doivent pourtant eux aussi revoir en profondeur leur mode de fonctionnement pour faire face aux crises actuelles et à venir.
La santé
Le fonctionnement actuel du secteur de la santé ressemble fort à un cercle vicieux : le changement climatique dégrade la santé de la population, ce qui augmente les besoins de soin, donc la consommation d’énergie, donc les émissions de gaz à effet de serre, aggravant in fine le changement climatique.
La décarbonation du système de soin peut à l’inverse renforcer notre souveraineté sanitaire, en relocalisant en Europe la production de médicaments et de dispositifs médicaux essentiels. Elle peut aussi réduire la vulnérabilité du secteur aux chocs externes, et garantir à la population une santé aussi bonne, sinon meilleure qu’aujourd’hui. D’autant que ce sont les plus fragiles qui subissent les conséquences les plus graves du changement climatique : la mortalité des personnes en situation de handicap peut ainsi être multipliée par quatre lors d’événements climatiques extrêmes. Concrètement, les priorités du prochain quinquennat doivent être de réduire la dépendance du secteur aux énergies fossiles pour les transports comme pour le chauffage, de rénover les cabinets médicaux, hôpitaux et autres établissements de soin, et d’équiper les professionnels de santé intervenant à domicile avec des voitures électriques.
Plus globalement, notre bonne santé dépend de notre mode de vie, et la décarbonation génère à ce titre des bénéfices importants. Une étude de l’École normale supérieure et du Conservatoire national des arts et métiers a ainsi évalué que les politiques de neutralité carbone pourraient éviter jusqu’à 100 000 décès par an notamment grâce à une alimentation plus saine, à une activité physique accrue et à un air de meilleure qualité.
Le numérique
Contrairement à ce que l’on entend souvent, la numérisation n’a pas permis de réduire les émissions de l’économie mondiale. Bien au contraire : le numérique possède une empreinte matérielle et énergétique importante et en constante augmentation. Le développement effréné des usages numériques, en particulier liés à l’IA et à la multiplication des objets connectés, menace doublement l’atteinte des objectifs de décarbonation : ils nécessitent tant d’électricité qu’ils entraînent l’ouverture de centrales à gaz à travers le monde, y compris en Europe, et ils accaparent les capacités électriques nécessaires à la décarbonation d’autres secteurs très émissifs, en particulier les transports, le bâtiment et l’industrie. Et au-delà de ses impacts physiques, le numérique agit aussi comme un catalyseur qui accélère toutes les activités, y compris les moins soutenables comme par exemple l’ultra fast-fashion.
Comment agir face à cet emballement ? La transition vers un numérique compatible avec les limites planétaires ne peut pas se réduire à des démarches de sobriété individuelles, aussi vertueuses soient-elles. Elle doit s’inscrire dans une réorganisation collective vers la sobriété, avec une trajectoire de référence pour les émissions et la consommation énergétique du numérique en France et en Europe. Plus globalement, les outils numériques ont pris une telle place dans nos quotidiens qu’il est urgent de définir collectivement les conditions d’un numérique souhaitable.
Rediriger le numérique, ce n’est pas refuser l’innovation, il s’agit de rééquilibrer notre consommation et de réorienter les évolutions technologiques. Le numérique aura une place dans un monde bas-carbone, mais elle sera construite et réfléchie, plutôt qu’imposée par défaut ou par prédation.
Un livre, des milliers de contributeurs
Puits de carbone, cuivre, bâtiment, sport, défense, culture, territoires… au-delà des thématiques évoquées dans cet article, le livre Réussir à l’ère des crises aborde de nombreux autres secteurs, et chaque chapitre synthétise à lui seul des centaines de pages de rapports accessibles gratuitement sur notre site. Ce livre est justement conçu pour vulgariser nos travaux, à travers des textes accessibles, des récits fictifs pour se projeter dans une France décarbonée, des infographies et des illustrations inédites de Christophe Blain, co-auteur avec Jean-Marc Jancovici de la bande-dessinée Le Monde sans fin.
Au total, ce sont des milliers de professionnels et de bénévoles Shifters qui ont contribué à l’ensemble des travaux résumés dans cet ouvrage, et plus de 36 000 donateurs et donatrices qui nous ont soutenus dans le cadre d’une campagne de financement participatif record. Cette campagne a aussi permis au Shift Project de mener une série de consultations auprès des acteurs directement concernés par la décarbonation : agriculteurs, élus, soignants, professionnels du sport et de la distribution et de la réparation automobile. Cette approche vise à confronter nos analyses aux réalités du terrain et à co-construire des trajectoires avec celles et ceux qui auront à les mettre en œuvre.
Car relever le défi de la décarbonation appellera une mobilisation collective : pouvoirs publics, entreprises, collectivités, citoyens… Nous avons toutes et tous un rôle à jouer. Des infrastructures aux normes techniques, de la haute couture aux innovations industrielles, la France a souvent montré sa capacité à créer, à inventer et à entraîner. Nous avons su le faire dans un monde d’abondance. Il s’agit désormais de le faire dans un monde aux ressources contraintes !